Deux films récents sur l'origine et les méfaits de la violence politique : (1) La voix d'Aïda

Publié le par Henri LOURDOU

Deux films récents sur l'origine et les méfaits de la violence politique : (1) La voix d'Aïda

Deux films récents sur l'origine et les méfaits

de la violence politique :

(1)La voix d'Aida.

 

Ce film bosniaque revient sur l'épisode le plus terrible de la guerre civile yougoslave de 1991-95 : le massacre par les troupes serbes du général MLADIC de plus de 8000 hommes "musulmans". Ces guillemets pour rappeler que dans l'ex-Yougoslavie ce terme ne désignait pas une appartenance religieuse, mais ethnique : les "musulmans" étaient les Bosniaques qui ne se déclaraient ni Serbes ni Croates... Comme pour les Juifs de l'Allemagne nazie, la propagande et les persécutions des nationalistes serbes ont fini par pousser bien de ces "musulmans" à redécouvrir l'Islam et à le revendiquer. Ce n'est pas le cas de l'héroïne de ce film, professeure d'anglais devenue interprète des troupes de l'ONU stationnées à Srebrenica.

Le film montre une population civile prise en otage par des combats qui la dépassent, et apeurée par la spirale de violence et de haine qui s'est déchaînée depuis quatre ans.

On voit également une ONU paralysée et incapable de protéger ces civils. L'impression donnée est celle d'un abandon des gens sur le terrain (militaires hollandais porteurs du casque bleu) par des bureaucrates lointains qui refusent de prendre leurs responsabilités. Or cette impression doit être éclairée par la réalité politique de l'ONU : organisation composée d'Etats souverains, avec un fonctionnement entravé par le fameux droit de veto des 5 membres permanents de son Conseil de Sécurité, elle est soumise à des rapports de force politiques qui ne sont jamais évoqués dans le film.

Il faut pourtant le dire et le répéter, la "faillite de l'Onu", à laquelle on se réfère sans cesse, est en fait le blocage politique de certains Etats qu'il faut nommer, la Russie et la Chine, exerçant leur droit de veto à toute intervention mettant en cause les "pays amis" (ici en l'occurrence la Serbie pour la Russie). Avec en plus , ici, si l'on se réfère à l'article de wikipédia sur ces massacres, un refus du gouvernement hollandais d'une intervention aérienne de l'Otan : "En juin 2017, les Pays-Bas furent d'ailleurs jugés partiellement responsables car ils avaient fait le partage entre hommes et femmes, avant que les hommes ne soient fusillés et les femmes expulsées et refusé l'appui aérien de l'OTAN en raison des risques pour leurs troupes." https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Srebrenica

Plus précisément, il faut contextualiser le "siège de Srebrenica" et convoquer ici un personnage totalement absent du film :

"Naser Orić est né à Potočari dans la région de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine alors dans la République fédérale socialiste de Yougoslavie.

 

Il quitta son service militaire (1985-1986) dans l'ancienne Armée populaire yougoslave avec le grade de caporal. Il devint policier et travailla au ministère de l'Intérieur de la république de Serbie, et fut garde du corps de Slobodan Milošević en 1991-1992.

 

Le chef d'état-major de l'Armée de Bosnie-Herzégovine (AbiH) le nomma commandant en chef des forces bosniaques dans l'enclave de Srebrenica de 1992 à 1995 (appelée 8e groupe opérationnel en 1994, rebaptisée ensuite 28e division du 2e corps de l’ABiH).

 

Le jeune commandant est originaire d'un village de la région, Potočari. Avant guerre, policier à Belgrade où il occupe un moment la fonction de garde du corps du président yougoslave Milošević, il dirige en 1992 la police locale de son village. Dès le début du conflit, il est nommé chef de la défense territoriale de Srebrenica. À la différence des autres villes de l'est de la Bosnie qui toutes tombent aux mains des Serbes en avril et mai 1992, Srebrenica tient bon. Les réfugiés musulmans du nettoyage ethnique s'y amassent. La région est encerclée, sans communication avec Sarajevo. À l'écart des grandes routes, elle manque de nourriture. Le premier convoi de vivres du Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU n'y pénétrera qu'en novembre 1992. Beaucoup de Serbes des régions périphériques et de la ville ont rejoint l'armée serbe au début du conflit, aidés par la population serbe de la région qui leur a fourni des armes et des munitions telles que des obus de mortier, participant même parfois aux attaques pour piller et détruire les maisons bosniaques. Pour briser l'enclavement, Naser Orić passe à l'offensive, étend son territoire. C'est pendant ces opérations que se produisent les crimes qui lui sont reprochés. Les forces bosniaques de l'ABiH, commandées par Naser Orić, conservaient, malgré la démilitarisation officielle, certaines de leurs armes et plusieurs tranchées derrière la zone sûre. Ainsi, le général français Morillon, qui commandait les forces de l'ONU sur place, accuse : « Dans la nuit du Noël orthodoxe, nuit sacrée de janvier 1993, Naser Orić a mené des raids sur des villages serbes... Il y a eu des têtes coupées, des massacres abominables commis par les forces de Naser Orić dans tous les villages avoisinants ».

 

Pour le procureur, Naser Oric est à ce moment-là, « l'autorité régnante et le seigneur de guerre de Srebrenica ». Auréolé de la gloire d'avoir empêché Srebrenica de tomber aux mains des Serbes, qui avaient lancé une brutale offensive pour s'emparer de la Bosnie orientale, Naser Orić « devient ivre de pouvoir » et ne s'embarrasse pas de faire respecter les lois et coutumes de la guerre. Ses hommes attaquent, pillent et brûlent une cinquantaine de villages et hameaux serbes des alentours. À Kravica et dans d'autres villages, Orić « commande et prend part personnellement » à ces attaques, selon son acte d'accusation.

 

John Jones propose un autre portrait de l'accusé. Aux yeux de la défense, Naser Orić n'a fait que défendre « son peuple » contre « la faim et les attaques » des Serbes de Bosnie qui assiégeaient la ville. Recourant à de nombreuses images vidéo, l'avocat rappelle la situation déplorable des milliers de personnes réfugiés à Srebrenica, « un véritable camp de concentration à ciel ouvert ». Il soutient que les attaques reprochées à Naser Orić n'étaient en fait que des opérations défensives destinées à arrêter les violences serbes et à alléger la famine. Et s'étonne de voir Naser Orić, un musulman accusé devant le TPI. « Était-ce un crime de vouloir résister au nettoyage ethnique ? », s'interroge-t-il. « Je pense que Naser est un honnête homme, un homme d'honneur qui essayait juste de défendre son peuple », confiait Munira Subasic, une des femmes rescapées du massacre de Srebrenica, peu avant le début du procès. Emir Suljagic, lui aussi survivant du massacre, donnait une image plus contrastée : « je sais combien c'était difficile, combien nous avions faim et combien nous étions exposés à la torture et à la destruction quotidiennement. Mais si c'était de nourriture dont nous avions besoin, il n'y avait pas de raisons de brûler des maisons serbes ». Il rappelait malgré tout, dans un autre article, avoir « du respect » pour Naser Orić : « C'est son courage et sa volonté de fer qui ont empêché la chute de Srebrenica dès 1992 ».

 

Il fut évacué de Srebrenica avec le 8e groupe opérationnel avant la prise de l'enclave par l'armée des Serbes de Bosnie, en juillet 1995, échappant en particulier aux massacres qui y eurent lieu.

 

Orić ouvrit un club de sport à Tuzla après les accords de Dayton.

 

Le 28 mars 2003, il fut accusé par le TPIY de cas de responsabilité individuelle et quatre cas de responsabilité de commandement pour des violations des lois ou coutumes de la guerre et fut arrêté à son club par la SFOR le 10 avril 2003. Il fut condamné à 2 ans de prison en première instance puis acquitté en appel le 2 juillet 2008. "https://fr.wikipedia.org/wiki/Naser_Ori%C4%87

 

C'est donc bien dans un contexte de guerre que se déroulent les massacres de Srebrenica. Une guerre marquée par la pratique de la "purification ethnique" ou "nettoyage ethnique" par les nationalistes serbes. Ce délire nationaliste d'une "Grande Serbie" ethniquement pure est la clé du conflit, entamé en 1989 au Kossovo par Slobodan Milosevic...et qui va en fait perdurer jusqu'à l'invasion serbe du Kossovo en 1999 et l'exode massif de sa population albanaise.

L'expansion des différents nationalismes vient de là et a créé dans toute la région un climat obsidional de méfiances réciproques qui sera long à modifier... Aussi faut-il saluer et soutenir tous ceux qui s'y opposent ou s'y sont opposé, à l'instar de Jovan DIVJAK.

 

 

 

Ratko MLADIC : le dernier mot est revenu à la Justice.

"Le 26 mai 2011, après quinze ans de cavale, il est arrêté à Lazarevo (Voïvodine, Serbie), par la police serbe. Il est extradé vers La Haye cinq jours plus tard, le 31 mai, afin de comparaître devant le Tribunal pénal international pour l'ex Yougoslavie (TPIY). Son arrestation était une condition sine qua non pour l'intégration de la Serbie dans l'Union européenne.

 

Il est condamné à la prison à perpétuité par le TPIY le 22 novembre 2017, reconnu alors coupable de génocide, crimes contre l'humanité et violations des lois ou coutumes de la guerre. En tant que commandant en chef, Mladić est condamné par la juridiction pour avoir notamment dirigé le siège de Sarajevo de 1992 à 1995, le massacre de Srebrenica, considéré comme le plus grand massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, ainsi que pour l'entreprise de nettoyage ethnique menée dans toute la Bosnie durant la guerre. Le verdict et la peine deviennent définitifs en juin 2021 . " https://fr.wikipedia.org/wiki/Ratko_Mladi%C4%87

 

Jovan DIVJAK : l'anti-MLADIC

 

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