Contribution au débat pour l'union des gauches et des écologistes

Publié le par Henri LOURDOU

Contribution au débat pour l'union des gauches et des écologistes

 

Dans un texte précédent ("Union de la gauche : un éternel débat,

une constante nécessité !"), écrit en décembre 2016, j'écrivais notamment ce qui suit :

 

"Recomposition ?

 

Dans l'immédiat, deux scénarios s'offrent à nous : celui d'une dispersion et d'une défaite historique des gauches aux présidentielles, puis aux législatives de 2017; celui d'une candidature sinon commune du moins rassembleuse aux présidentielles, créant une dynamique mobilisatrice pour les législatives.

 

Le premier scénario est le plus probable. Il ouvrirait une période plus ou moins longue d'introspection (qui a déjà commencé depuis longtemps pour certains) des gauches, marquée par un débat ouvert sur les causes des défaites et les conditions d'un rassemblement efficace et suffisamment crédible pour devenir majoritaire.

Ce débat comporte notamment la question de la restauration du lien entre les élus et les électeurs, la prise en compte du malaise social et de son détournement identitaire, la prise en compte de l'enjeu écologique et donc des questions internationales à l'aune des valeurs de gauche, la remise en débat du réformisme comme méthode de prise en compte de tous ces enjeux : à savoir débat démocratique et pratique du compromis pour faire évoluer la société sans violence.

Ce débat implique impérativement la fin de la "guerre des gauches" cultivée à la fois par les nostalgiques de la radicalité (version Mélenchon) et les obsédés de l'ordre et de l'autorité (version Valls). Il faudra donc pour le mener expérimenter, peut-être longuement, l'impasse politique où nous conduisent ces deux postures symétriques."

 

Depuis le 29 janvier, avec la victoire imprévue de Benoît Hamon à la "primaire" de la "Belle Alliance Populaire", on a un peu avancé dans la bonne direction.

En particulier, le retrait négocié du candidat des écologistes, Yannick Jadot, a acté cette inflexion de la donne politique vers un possible rassemblement des gauches et des écologistes.

Parallèlement, la marginalisation du candidat de Droite, François Fillon, et la progression de la candidate d'Extrême-droite, Marine Le Pen, ont poussé en avant le "vote utile" en faveur du candidat de l'Extrême-centre, Emmanuel Macron.

L'hystérisation des enjeux ne favorise pas le débat de fond.

Aussi faut-il rappeler quelques fondamentaux pour imposer magré tout ce débat.

 

Sur quoi se fonde le clivage Gauche/Droite ?

 

Ainsi que je le rappelais lors d'un débat récent, la Gauche et la Droite sont une invention française, et celle-ci a plus de 200 ans.

"La gauche est née de la rencontre de deux grandes idées, l'idée de progrès, l'idée de justice". (Jacques JULLIARD,"Les gauches françaises. 1762-2012 : Histoire, politique et imaginaire", Flammarion, 2012, p 29)

Cette première affirmation ne signifie pas bien sûr que la Droite soit contre l'idée de progrès , ni contre l'idée de justice. Mais qu'elle ne leur donne pas la priorité par rapport aux deux idées qui la fondent dans son opposition à la gauche : l'idée de tradition, et l'idée d'ordre. Deux idées que la gauche subordonne pour sa part au progrès et à la justice.

C'est cette hiérarchie différente des valeurs qui est à la source de l'opposition gauche/droite.

Il faut cependant y ajouter deux autres valeurs ou principes, dont l'oubli a parfois fait dégénérer la gauche en son contraire : les idées de liberté et de vérité.

Là aussi, elles ne sont pas le monopole d'un camp : leur sens est cependant différent selon qu'elles sont articulées à la priorité donnée au progrès et à la justice, ou bien à la tradition et à l'ordre.

Une gauche cohérente doit assurer le progrès et la justice dans le sens de la liberté et du respect de la vérité. C'est un point capital qui explique l'échec dramatique de l'expérience bolchévik de 1917 et de ses suites.

 

Revenir à ces fondamentaux permet de se situer clairement dans le débat démocratique français.

 

Reconstruire une Gauche majoritaire

 

C'est d'abord aujourd'hui prendre en compte le fait que le progrès a changé de nature.

Aujourd'hui le progrès ce n'est plus la "croissance des forces productives", ni celle des sciences et des techniques vues comme une accumulation neutre de découvertes désintéressées.

La logique accélérationniste du capitalisme en ces ceux domaines nous mène droit dans le mur : pollutions, épuisement des ressources naturelles et de la biodiversité, réchauffement global et dérèglement climatique, concentrations démographiques et désertifications sont les résultats de mieux en mieux perçus du "développement capitaliste". Par ailleurs la concentration intrusive des géants du numérique, couplée à la logique sécuritaire des Etats fait peser sur nos libertés des dangers inédits, auxquels s'ajoutent l'émergence du cyberpiratage. Le progrès technologique sous emprise des pouvoirs économique et politiques nous expose à des catastrophes sanitaires : amiante, perturbateurs endocriniens, nucléaire, nanoparticules, OGM, rayons électromagnétiques... La liste s'allonge chaque jour au point de jeter la suspicion systématique sur toute nouveauté.

Maîtriser le progrès est un nouvel enjeu : il passe par la réduction du pouvoir sans contrôle des firmes et des Etats, à travers des contre-pouvoirs citoyens et juridictionnels transnationaux. Mais aussi par la promotion de progrès scientifiques et technologiques qui soient au service du bien vivre de tous. Autrement dit par une prise de distance entre la recherche et les intérêts commerciaux des multinationales.

 

Qu'est-ce aujourd'hui que la justice ? C'est l'assurance de droits égaux pour tous-tes, quelle que soit leur statut social, leur nationalité, leur origine ou leur orientation sexuelle.

La question de l'égalité des droits est clairement posée par les turpitudes de responsables politiques arguant de leur statut d'élu-e ou de candidat-e pour échapper au respect des lois. Par la criminalisation des actions syndicales des uns, et le silence complice sur celles des autres. Mais aussi par la persistance des contrôles au faciès et des bavures policières ou gendarmesques touchant des populations particulières. Et celle des pratiques discriminatoires touchant les personnes différentes de genre, transgenres ou intersexuées, et la persistance des discours normalisateurs justifiant ces discriminations en pathologisant ces différences.

C'est également le cas pour les populations d'exilé-e-s arrivant en France. Outre la maltraitance de trop nombreux demandeurs d'asile, systématiquement traités en suspects, le cas des jeunes mineurs isolés est emblématique d'un déni. Celui d'une France refusant de voir le monde tel qu'il est. Un monde où la jeunesse se concentre au "Sud", dans des pays touchés trop souvent par la misère et la guerre, où tout avenir est refusé à ceux qui souhaitent réussir leur vie dans la paix et le respect des droits.

Une gauche digne de ce nom défend l'égalité des droits pour tous-tes.

 

C'est donc à travers ces deux axes rénovés du progrès et de la justice que nous refonderons sa vocation majoritaire dans ce pays.

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