Finkielkraut ou Meirieu ?

Publié le par Henri LOURDOU

Le 27-5-00.

A propos de la démission de Philippe Meirieu

 

J’apprends (“Le Monde” du 27-5) la démission de Philippe Meirieu de la direction de l’INRP. J’avais lu (“Le Monde” du 12-5) sa réponse aux attaques d’Alain Finkielkraut, et je m’étais dit, avec le haussement d’épaules requis : “Tout ce qui est excessif est insignifiant”. J’avais tort : la preuve. Il faut donc parler de M.Finkielkraut. J’avais apprécié ses premiers livres. Je ne le lis plus depuis longtemps : depuis qu’il a endossé la posture du défenseur de la Culture contre l’inculture du temps. Il se trouve que je suis professeur, donc a priori sur son segment de marché. Je sais que certains collègues l’apprécient : surtout des collègues de philo, notamment ceux en fin de carrière. Je constate qu’il a un certain succès de librairie. Cela ne suffit pas à mes yeux pour valider son discours.

Il est certes facile, quand on manie bien le verbe, de forger des expressions qui font mouche comme la “cuculture”. Il est plus difficile de s’affronter à la réalité. Péguy est devenu à la mode chez nos intellectuels. Je ne l’ai pas lu, seulement le beau livre que lui a consacré Daniel Halévy. Ce que j’en retiens, c’est qu’il constitue le nouvel alibi de l’intolérance propre à nos intellectuels français : car derrière l’intransigeance morale, façade noble de nos néo-péguystes, il y a la vieille tradition cléricalo-stalinienne, réchauffée après 68 dans le gauchisme (je me souviens que M Finkielkraut en fut, même si lui-même feint de l’avoir oublié).

La réalité, quelle est-elle ? C’est que l’enseignement du 2d degré est devenu un enseignement de masse, et doit affronter le terrible défi de transmettre la Culture universelle (qui n’est pas la propriété de M.Finkielkraut et de ses affidés) à un public nouveau, non gagné d’avance, dans des conditions non pensées pour cette tâche.

Qu’un tel défi suscite des réactions proches de la panique, quoi d’étonnant à cela ?

Cela explique bien des attitudes irrationnelles de tout côté. Cela ne justifie pas les croisades médiatiques de nouveaux inquisiteurs : au lieu de nous agiter le spectre de la “révolution culturelle”, M.Finkielkraut ferait mieux d’avancer ne serait-ce qu’une esquisse de réponse rationnelle et pragmatique à ce défi.

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