Eloge de la vérité et de la modération : contre Mélenchon

Publié le par Henri LOURDOU

Eloge de la vérité et de la modération

A l'ère de la post-vérité et de l'extrèmisme démagogique

 

J'écoute Dominique SCHNAPPER sur France-Culture ("La Grande Table" du 6-1-17). C'est un baume sur nos plaies démocratiques.

Surtout après avoir lu ce matin l'interview de Jean-Luc MÉLENCHON dans "Le Monde".

Elle remet bien quelques idées en place.

D'abord sur l'importance de la vérité en démocratie. Ce qui distingue le totalitarisme de la démocratie, est bien le statut de la vérité.

Dans le premier, celle-ci n'a aucune place. Dans le second elle constitue un objectif et une référence.

Ensuite sur la nécessité de la modération : la démocratie est contre-intuitive en ce qu'elle implique d'admettre des opinions et des idées différentes des siennes, et de passer des compromis pour constituer une majorité.

Quand ni la vérité, ni la modération n'ont plus la cote, la démocratie est en danger.

Et c'est bien le problème aujourd'hui.

 

 

Prenons JL Mélenchon. En apparence, nous avons un homme politique gagné récemment aux enjeux écologiques : il est devenu anti-nucléaire, partisan des protéines végétales au lieu des protéines animales, partisan d'une "règle verte" selon laquelle il ne faudrait plus dépenser davantage de ressources naturelles que la planète n'en produit.

Il est partisan inconditionnel des droits humains ("L'humain d'abord !"), et donc animé d'une fibre sociale indéniable.

Mais quand on lit ce qu'il dit, on a du mal à retrouver tout cela.

On trouve au contraire un personnage sectaire et arrogant, animé d'un mépris souverain pour ceux qui ne pensent pas comme lui et désireux d'écraser toute dissidence par rapport à sa façon de penser, présentée sous le visage de la trahison. Pour lui les convergences ne peuvent visiblement se concevoir que sous la forme du ralliement à sa personne (malgré une fausse modestie affichée). Il n'hésite pas, au prix du sacrifice de la vérité, à déformer les positions de ses concurrents de gauche, et à justifier l'injustifiable en politique internationale. A dessiner en creux un souverainisme appuyé sur le nationalisme français....donc, quoi qu'il en dise, sur le même ressort que le lepénisme.

Démonstration. Tout d'abord son incroyable obstination à tuer le PS, avec sa fausse question "à quoi bon un candidat du PS ?" Ainsi, s'appuyant sur les sondages, fort utiles quand ils disent ce qu'on veut, il déduit du fait qu'en ce moment ils placeraient le candidat potentiel du PS en 3e position à gauche derrière Macron et lui-même, que le PS n'aurait plus sa place... C'est prendre ses désirs pour des réalités. Donnons-lui rendez-vous au premier tour de la primaire du 22 janvier ! Et à ses suites...

Ensuite la déformation éhontée d'une proposition de Benoît Hamon (qu'il partage d'ailleurs avec Yannick Jadot) : le revenu de base universel. Il fait comme si ce revenu bénéficierait "à MM.Bolloré et Dassault". "Absurde !" s'indigne-t-il faussement.

Il est pourtant évident que ce revenu ne sera pas effectif pour ceux qui dépassent le seuil d'imposition. Une imposition à la source leur en retirera l'intégralité avant qu'ils l'aient touché.

L'intérêt de ce revenu est en effet son universalité qui permettra d'éviter la stigmatisation des pauvres, aujourd'hui obligés d'effectuer démarches et de produire justificatifs à leurs droits sociaux.

Il fait mine de s'indigner de son bas niveau (535 € mensuels, prétend-il...), mais ne daigne pas nous indiquer comment il financerait, lui l'omniscient, un revenu au-dessus du seuil de pauvreté.

Pour le reste, dénonciation des traités européens (débouchant sur quoi ?), soutien inconditionnel à Poutine et dissociation avec les autres pays de l'OTAN, on en revient à un nationalisme franco-français éculé de la France seule, éclairant le monde...A peu près la position de Marine Le Pen, qu'il accuse bizarrement de le copier...On comprendrait plutôt l'inverse. Et on verra d'ailleurs ce que font ses électeurs en cas de duel Fillon-Le Pen au 2d tour...

 

Au total, un positionnement social-nationaliste qui abandonne tous les fondamentaux internationalistes de la gauche, et reste étrangement discret sur la question des libertés et des exilé-e-s. Les exilé-e-s syriens étant gentiment invités à rentrer chez eux pour aller voter sous l'égide bienveillante du démocrate Bachar Al-Assad !

C'est peu dire que ces positionnements nous semblent éloignés de la vérité et de la modération prônés à juste titre par Dominique SCHNAPPER. Qui développe par ailleurs les autres conditions nécessaires à l'exercice d'une vraie démocratie :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/dominique-schnapper-rien-nest-moins-naturel-que-lapprentissage

 

 

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