Hypocrisie, simplisme et responsabilité politique

Publié le par Henri LOURDOU

 

Hypocrisie, simplisme et responsabilité politique

Qu'est-ce qui nous sépare de Mélenchon et de ses amis du Front de Gauche ?

Cela se résume au fond très bien à partir de l'interview de celui-ci au « Monde » à la veille du 1er tour des présidentielles (« Le Monde » du 20 avril, p17).

A la question : « François Hollande est-il un allié ou un adversaire ? » il répond : « Dans cette élection, il est un concurrent, pas un adversaire. Ensuite, supposons qu'il soit élu président de la République. Les choses changent, nous sommes en relation non pas avec lui, mais avec le pays. Et dans le pays, que va-t-il se passer ? La mobilisation sociale. »  « Vous appellerez à des manifestations ? » « Non, ça c'est le rôle des syndicats. Mais à chaque fois qu'il faudra choisir entre le mouvement social et le gouvernement, nous choisirons le mouvement social. » « Irez-vous au gouvernement si François Hollande gagne ? » « Non, nous n'y serons pas. En tout cas, pas moi. Et je ne conseille pas d'y aller. » « Parce qu'il n'y a que des coups à prendre ? » « Non, c'est que notre programme n'a rien à voir. »

Quelques remarques sur ces réponses :

-François Hollande est un concurrent, pas un adversaire » et « supposons qu'il soit élu » : avec quelles voix le sera-t-il ? Sinon avec celles qui se sont portées sur Mélenchon au 1er tour ? On pointe déjà ici une forme d'hypocrisie. Que l'on retrouve à propos de la mobilisation sociale : « Non, ça c'est le rôle des syndicats », mais tu y appelles ou pas ?

« nous sommes en relation non pas avec lui, mais avec le pays ». Le vote du 2d tour ne crée-t-il pas par le fait-même une relation avec lui ? (toujours la même hypocrisie) Quant à la relation du « Front de Gauche » avec le pays, de quelle nature est-elle ? De quel « pays » s'agit-il ? En a-t-il l'exclusivité ?

Toutes ces questions pour souligner le simplisme binaire de la pensée mélenchonienne, que l'on va retrouver sur la question du gouvernement, avec encore une petite dose d'hypocrisie.

« chaque fois qu'il faudra choisir entre le mouvement social et le gouvernement, nous choisirons le mouvement social. » Comme c'est simple ! Qui décide qu'une contestation d'une décision gouvernementale relève du « mouvement social » ? Sur quels critères ? Avec quels effets ? (Par exemple : Vaut-il mieux provoquer un échec électoral de la majorité avec retour de la droite aux affaires ou accepter un compromis sur son propre programme, et jusqu'où, par exemple sur les retraites : départ à 60 ans si on a 41,5 annuités ou départ à 60 avec 37,5 annuités, sinon rien ?)

Pratiquement chaque décision gouvernementale sera un cas de conscience : si elle suscite un « mouvement social », ce sera quitte ou double en fonction de l'état majoritaire de l'opinion, qui ne se mesure pas forcément à la longueur des cortèges dans les rues... Les mesures écologiques par exemple seront-elles majoritairement comprises et acceptées d'emblée ? S'il y a des manifestations contre, le Front de Gauche les soutiendra-t-il ?

Gouvernement : « nous n'y serons pas. En tout cas, pas moi. Et je ne conseille pas d'y aller » Magnifique aveu subliminal : nous n'y serons pas, puisque moi JLM je n'irai pas, mais en tout cas je ne conseille pas d'y aller. Que comprenez-vous ? Qu'il y aura certainement des ministres issus du Front de Gauche au gouvernement, mais qu'on a honte de l'avouer. Hypocrisie toujours.

Face à ce simplisme et cette hypocrisie, nous défendons l'idée compliquée mais sincère qu'il faut combiner participation gouvernementale et prise de responsabilité (JLM a les mains blanches car il n'a pas de mains) avec mobilisation citoyenne pour conquérir la majorité dans les têtes sur nos idées;

Idées qui ont quelque chose à voir avec celles du PS contrairement à ce que prétend Mélenchon, et c'est pour cela que nous avons choisi de nous allier avec lui.... avec un contrat de mandature pour 2012-2017.

Cela n'avait pas bien marché entre 1997 et 2002, mais ce n'est pas une raison pour ne pas essayer encore. Ce n'est pas en tout cas en se réfugiant dans la posture protestataire et irresponsable que l'on fera avancer la Gauche. Telle est notre conviction à Europe Ecologie Les Verts.

PS (Post Scriptum) : Après lecture de la presse de ces derniers jours (Canard enchaïné du 18-4, Monde du 21-4) il semble bien que le Front de Gauche n'ira pas au gouvernement...du moins pas avant les législatives de juin.

L'hypocrisie ici réside en fait dans la non-explicitation d'un réel débat interne sur cette question, débat que JLM souhaite visiblement éviter...mais qui est inévitable.

Nous l'aurons aussi à EELV, et dès avant le 2d tour des présidentielles.

 

Par ailleurs, je souhaite revenir sur la question du “mouvement social”. JLM a visiblement en tête 1936 : la victoire électorale du Front Populaire qui avait entraîné (sans mot d'ordre des syndicats d'ailleurs) un vaste mouvement de grève générale “sur le tas”. Le problème est que nous ne sommes plus en 1936 : on connaît la suite de l'Histoire, et les données ne sont plus les mêmes. Si mouvement social il y a, il sera plus diffus et aura différents objets. Ses cibles ne seront pas seulement nationales, mais européennes au moins (le traité de stabilité et de convergence, alias TSCG), voire mondiales (sommet de Rio+20, réforme de l'ONU, ainsi que le rappelle opportunément Daniel Cohn-Bendit dans sa chronique d'un cosmopolite du Nouvel Obs du 19-4) : cela appelle des coordinations à ces deux niveaux entre toutes les forces tirant dans le même sens pour construire des majorités d'idées. Dans ces combats, la social-démocratie n'est pas un ennemi, mais un allié précieux à gagner et à conserver.

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