Les Verts : une histoire récente mais mouvementée

Publié le par Henri LOURDOU

 

Le parti des Verts : une Histoire récente mais mouvementée

 

Le parti politique « Les Verts » est né officiellement en France en 1984. Il a conquis aujourd’hui l’image de principal parti écologiste, mais au terme d’une histoire fort mouvementée, qui s’est aussi traduite localement.

 

En résumé : l’écologie politique en France est le produit de la convergence de différents courants de pensée et d’action qui se sont développés depuis la fin des années 1960, et singulièrement après Mai 68.

Un courant environnementaliste de défense de la nature et de l’environnement contre « les dégâts du progrès », qui s’est structuré dans différentes associations, dont la principale fédération (créée en 1969 sous le nom de Fédération Nationale des Sociétés de Protection de la Nature) est France Nature Environnement. Celle-ci a pour correspondant local la fédération Uminate (Union midi-pyrénées nature environnement) qui est structurée au double niveau régional et départemental (Uminate 65).

Un courant communautaire et néo-rural très actif dans une partie de la jeunesse contestataire d’après 68, et dont l’héritage est incarné par le syndicat agricole de la Confédération paysanne.

Mais aussi le mouvement coopératif autour de l’émergence d’une production et d’une consommation alternatives : c’est notamment la gestation et la naissance du réseau Biocoop (né en 1986 à partir de coop bio locales), mais aussi la structuration du secteur de l’agriculture biologique, la naissance et le développement du commerce équitable (Artisans du monde, émanation du mouvement Emmaüs) et de l’économie solidaire, avec la création entre autres des Sel (Systèmes d’échanges locaux) ou des Cigales (Coopératives d’investissement pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire).

Un courant tiers-mondiste, antimilitariste, non-violent, autogestionnaire et féministe qui s’est rassemblé autour de la lutte des paysans du Larzac contre le projet d’extension d’un camp militaire entre 1971 et 1981, et antinucléaire dont les 2 luttes-phares dans les années 70 furent contre le projet Superphénix à Creys-Malville (projet de centrale nucléaire expérimentale à surgénérateur abandonné en 1997) et contre le projet de centrale nucléaire « classique » à Plogoff dans le Finistère (abandonné en 1981).

 

Ces différents courants ont convergé dans la critique d’un mode de développement qualifié de productiviste en construisant une idée de développement alternatif qui ménagerait à la fois les hommes et la planète. Et c’est ici que les choses se compliquent : comment porter politiquement cette alternative ?

 

Les grands débats de l’écologie politique depuis 1974

 

La première apparition de l’écologie politique en France se fait autour de la candidature aux élections présidentielles de René DUMONT en 1974.

Cette candidature n’est portée par aucun parti mais par une nébuleuse militante, dans laquelle les différents courant évoqués plus haut sont représentés.

Avec 338 000 voix et 1,32% , cette entrée en scène n’a rien de fracassant. Et pourtant, tout ou presque est parti de là.

Car dès 1977 des listes à tonalité écologiste se présentent aux élections municipales dans la plupart des grandes villes et certaines villes moyennes. C’est le cas à Tarbes avec la liste « Vivre autrement et décider ensemble » dont nos amis Arlette Dubalen et Michel Geoffre furent partie prenantes…et qui n’eut aucun élu.

La structuration du mouvement au niveau national reste cependant très lâche.

Le premier débat est donc : faut-il une structure nationale afin d’accéder à une visibilité médiatique, ou doit-on rester ancré sur le local ?

Il faudra près de 10 ans, et de laborieuses négociations sur les statuts, afin de préserver les autonomies locales et les minorités, pour trancher ce débat par la création de « Les Verts, confédération écologiste-parti écologiste », dont l’appellation alambiquée montre qu’il est issu de 2 composantes. Et dont les statuts favorisent la multiplication des courants, grâce à la « proportionnelle à tous les étages ».

Le deuxième débat, qui va lui aussi durer près de 10 ans, est celui des alliances : Les Verts doivent-ils refuser la polarisation Droite/Gauche ou s’inscrire clairement dans l’un des 2 pôles ?

Débat plus compliqué car il peut se traiter à plusieurs niveaux :

-S’agit-il seulement de tactique électorale, afin d’avoir des élus Verts gardant leur indépendance de pensée et d’action ?

-Ou bien s’agit-il de convergences programmatiques permettant de faire porter une partie de nos propositions par une majorité (ce qui pose la question difficile des compromis… et la question plus difficile encore de la gestion des compromis) ?

 

La réponse du « ni-ni » : le « moment Waechter » (1986-92) :

Suite aux échecs électoraux de 1986 (élections régionales et législatives) qui suivent celui des élections européennes de 1984 (3,37% aucun élu Vert au Parlement européen) ; les Verts désavouent leur direction qui a choisi un positionnement clairement à gauche en lançant des appels du pied aux autogestionnaires du PSU et aux non-violents du MAN . En élisant Antoine Waechter comme principal dirigeant, ils choisissent la voie du « ni Droite-ni Gauche » : c’est le sens qu’il donne à sa candidature aux présidentielles de 1988, face à un candidat dissident du PC, Pierre Juquin qui tente une convergence écolo-autogestionnaire. Il le distance nettement, avec 3,8% des voix. Cette stratégie du « ni-ni » semble confortée par le brillant succès aux municipales et aux européennes de 1989 : 600 élus Verts aux municipales sur des listes autonomes, 9 députés européens grâce aux 10,6% obtenus à ce scrutin de liste à la proportionnelle nationale.

Mais très rapidement se pose la question de « quoi faire de ces élus ? »

Et c’est ici que se pose clairement la question des convergences programmatiques pour participer à des majorités.

L’écologie à gauche : union des écologistes et « gauche plurielle » (1992-2002) :

Certains, à l’extérieur des Verts, avaient déjà tranché le débat en créant « Génération Ecologie »(GE) . Brice Lalonde et Noël Mamère (qui avant d’être connu comme écologiste l’avait d’abord été comme journaliste « neutre » de télévision, puis comme l’animateur de l’émission de défense des droits de l’homme « Résistances », créée par Bernard Langlois), ses 2 principaux fondateurs, ont rejoint la majorité de gauche dès 1988, le premier comme secrétaire d’Etat à l’environnement du gouvernement Rocard.

Localement un « collectif Génération Ecologie » se crée autour d’Arlette Dubalen et de militants du PSU comme Guy Baqué, tous 2 élus municipaux à Tarbes depuis 1983. Il existera jusqu’en décembre 1996, date à laquelle il se séparera de GE (qui, sous l’impulsion de Brice Lalonde, a abandonné l’alliance à Gauche, suite à la défaite de celle-ci en 1993). Ces dissidents vont adhérer à Convergence Ecologie Solidarité, créée par Noël Mamère.

Mais revenons en 1992 : les élections régionales sont l’occasion pour certains militants des Verts de se démarquer du « ni-ni » en faisant alliance avec Génération Ecologie au nom de l’unité des écologistes.

C’est le cas dans les Hautes-Pyrénées, où la liste « Verts-Génération écologie » menée par Michel Geoffre et Arlette Dubalen obtient 10 461 voix, 9,16% et 1 élu.

Nationalement, les écologistes maintiennent leur bon niveau de 1989 aux européennes, avec des élus dans toutes les régions sauf en Corse…mais le partage des voix et des élus se fait 50/50 entre les Verts et GE ; la conclusion est claire : l’électorat écologiste est à recomposer ! C’est ce que confirme l’échec de la liste des Verts aux européennes de 1994 : moins de 3% et aucun élu.

Mais le débat interne aux Verts est très vif : dans les Hautes-Pyrénées, une partie des Verts menée par Christian Agius, de Lourdes, demande et obtient l’exclusion de Michel Geoffre des Verts pour s’être allié à Génération Ecologie.

Cet épisode pèsera lourdement sur l’histoire ultérieure des Verts dans le département puisque, Michel Geoffre une fois réintégré, et les ex-adhérents de GE ayant rejoint les Verts en 1998, il existera, jusqu’en 2002, 2 groupes locaux des Verts : celui de Lourdes (C.Agius) et celui de Tarbes (M.Geoffre et A.Dubalen). Ce qui se soldera par le départ des Verts de C.Agius et ses amis en 2003.

Nationalement, l’AG de 1993 marque la défaite d’A.Waechter et la victoire des partisans d’une alliance avec la Gauche, menés par Dominique Voynet.

Malgré l’échec relatif de la candidature Voynet aux présidentielles de 1995 (3,3%), la conclusion de nombreuses listes d’union à gauche aux municipales (à Tarbes : fusion au 2d tour après 9,13% au 1er tour) et d’un accord programmatique avec le PS en 1997 permettent aux Verts d’augmenter le nombre de leurs élus et d’avoir, pour la première fois des députés à l’Assemblée nationale (N.Mamère, D.Voynet, MH Aubert, Y Cochet, G Hascoët, auxquels il faut joindre 3 écologistes non encartés aux Verts : JM Marchand, M Rivasi et A Aschiéri) grâce à des « circonscriptions réservées »  par le PS.

Localement , les candidats soutenus par les Verts aux législatives obtiennent :

Dans la 1e circonscription (Bagnères-Lannemezan) : G.Cohn-Bendit (suppléant M.Geoffre) : 1701 voix et 4,58% (en 1993, M.Geoffre avait obtenu 2457 voix et 6,47%) ;

Dans la 2e circonscription (Lourdes-Tarbes) : C.Agius : 1719 voix et 4,13% (en 1993, A.Danjau avait obtenu 2003 voix et 4,83% : il se présente en 97 sous l’étiquette MEI, le mouvement créé par A.Waechter, et obtient 695 voix et 1,67%) ;

Dans la 3e circonscription (Tarbes-Vic) : A.Dubalen (suppléant M.Adisson) obtient 1825 voix et 5,53% (en 1993, elle avait obtenu 1997 voix et 5,95%).

L’entrée au gouvernement de D.Voynet offre enfin aux Verts une forme de crédibilité qui permet de doubler en quelques années le nombre de leurs adhérents de 4000 à 8000 ; localement, l’adhésion collective des ex-GE permet de constituer un groupe local à Tarbes qui va passer de 33 adhérents en 1998 à 38 en 1999, 43 en 2000, 45 en 2001… mais malgré la fusion (sur le papier) avec le groupe de Lourdes en 2002, le nombre d’adhérents va commencer, comme nationalement d’ailleurs, à chuter à partir de cette date :

En 2003, on ne compte plus que 42 adhérents + les 17 du groupe de Lourdes.

 

La tentation du « pôle de radicalité » (2002-2007) :

Le dramatique échec de L.Jospin aux présidentielles a pour effet de pousser la majorité des Verts dans une logique de surenchère en « brûlant ce qu’ils ont adoré » : la participation gouvernementale est chargée de tous les maux, ce qui dispense d’en tirer un bilan posé et circonstancié.

Ainsi est évité le problème des compromis et de leur gestion, au profit d’une stérile opposition entre ceux qui estiment :

-d’un côté qu’il faut savoir rompre une majorité ;

-de l’autre qu’il faut savoir « avaler des couleuvres ».

Mais dans les 2 cas ne sont pas traitées les questions :

-Quelle est la hiérarchie de nos priorités ?

-Quelle communication entre nos ministres et nos adhérents et sympathisants ?

-Comment articuler présence au gouvernement et pressions sur ce gouvernement ?

 

Fin 2002, une AG nationale expiatoire met D.Voynet et ses amis en minorité au profit d’une alliance entre « radicaux » et ex-Waechtériens.

Localement, une division se met en place.

D’un côté ceux qui vont soutenir cette majorité et vont expérimenter le « pôle de radicalité » à travers une liste « Alternative » aux élections régionales de 2004 (7,39% dans le département et aucun élu régional) : Guy Baqué, Pierre Noël et Yves Ortega seront les leaders de cette tendance majoritaire.

De l’autre ceux qui vont refuser cette stratégie et défendre l’idée d’une continuité dans l’identité écologiste et dans la conclusion de pactes à vocation majoritaire avec les partis de Gauche : Arlette Dubalen, Michel Geoffre, Henri Lourdou (arrivé dans les Hautes-Pyrénées en septembre 2002, il est adhérent des Verts depuis 1990 et militant depuis 1971 : comités Larzac).

Fin 2004, la majorité des Verts est infléchie dans un sens plus « identitaire » et modéré, coupant court à l’autodissolution dans le « pôle alternatif » et renouant avec la responsabilité politique…ce dont témoigne le référendum interne sur le Traité Constitutionnel Européen : à plus de 50% les Verts décident de soutenir le « oui ».

Mais localement la coupure s’accentue : alors que les tenants du « pôle de radicalité » (représentants officiels des Verts locaux) vont faire campagne pour le « non » (en violation de nos statuts, qui ne prévoient qu’un « droit à l’abstention des minorités »), ce sont les militants localement minoritaires qui vont faire la campagne officielle des Verts pour le « oui »…

Cette coupure va se conclure par un changement local de majorité : lors de l’AG statutaire d’octobre 2006, le bureau départemental change de têtes…et les minoritaires décident de ne plus réadhérer aux Verts et soutenir la candidature Bové aux présidentielles de 2007 contre celle de D.Voynet.

 

2008 : un nouveau départ ?

Alors que le projet de candidature de Nicolas Hulot en 2007, puis le « Grenelle de l’environnement » (dont elle est en grande partie le fruit) ont montré la sensibilité nouvelle de nombre de nos concitoyens aux thèses écologistes, l’écologie politique hésite encore à trouver sa place par manque d’approfondissement de sa stratégie.

 

Les Verts se sont enfin décidés à réformer les statuts qui paralysaient leur fonctionnement ou le rendaient illisible, mais de façon encore trop timide.

Il leur reste à montrer que les places qu’ils ont acquises aux dernières municipales, le plus souvent dans une alliance à Gauche dès le 1er tour, sont utiles à la mise en place des nouvelles politiques répondant à l’urgence environnementale et sociale de notre temps.

Post scriptum janvier 2009 :
Par un de ces petits miracles qui arrivent parfois en politique, les Verts se sont investi à l'été 2008 dans l'aventure d'un rassemblement des écologistes autour des figures tutélaires de Daniel Cohn-Bendit (Vert réformiste et réaliste), José Bové (altermondialiste revenu du mythe de la "gauche antilibérale rassemblée") et Nicolas Hulot (associatif conscient des limites du travail de lobbying). Ce rassemblement se fera autour de la constitution de listes "Europe écologie" affiliées au Parti Vert Européen pour l'élection des eurodéputés de juin 2009. Les bases d'un nouveau départ ?

Publié dans Verts et EELV

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