D'Europe Ecologie à EELV : une irrésistible dérive ?

Publié le par Henri LOURDOU

 

D'Europe Ecologie à EELV : une irrésistible dérive ?

 

Je viens de constater que ma "Petite histoire des Verts", rédigée en 2008, est consultée par un nombre significatif de visiteurs.

Alors que se posent à nouveau, mais dans un contexte forcément différent, les mêmes questions qu'en 1997-2002, je me suis dit qu'il n'était pas inutile de faire le bilan de ces 4 dernières années si riches en événements.

Mais reposons tout d'abord ces questions :

-Quelle est la hiérarchie de nos priorités ?

-Quelle communication entre nos ministres et nos adhérents et sympathisants ?

-Comment articuler présence au gouvernement et pressions sur ce gouvernement ?

A ces 3 questions, commençons par répondre à la lumière du présent en ce 26 décembre 2013, un an et demi après l'entrée de ministres EELV au gouvernement.

 

-La hiérarchie de nos priorités est selon moi :

  1. De gagner la majorité de la population à la conscience des enjeux de la crise écologique

  2. De faire évoluer nos partenaires politiques en conséquences dans leurs choix gouvernementaux.

     

-La question de la communication entre nos ministres, nos adhérents et nos sympathisants est aujourd'hui très secondaire : ces ministres sont des envoyés en terre étrangère, avec qui nous n'avons pas vocation à entretenir une correspondance constante. Nous n'avons pas à être leurs faire-valoirs, ils n'ont pas actuellement les moyens (on a pu le vérifier) de porter nos préoccupations et nos demandes.

 

-L'articulation entre présence au gouvernement et pressions sur ce gouvernement : c'est ce que nous expérimentons depuis un an et demi à Notre Dame Des Landes. Nous sommes sur le terrain avec les opposants, et nous y serons jusqu'au bout. Au Premier ministre et au Président d'en tirer les conclusions qu'ils voudront.

 

En un mot il s'agit de garder la cohérence et la lisibilité du projet écologiste, sans s'ôter la possibilité, si elle existe, de participer à des exécutifs où nous pouvons mettre en oeuvre une partie, si minime soit-elle, de ce projet.

 

Cela étant, j'ai bien conscience que notre parti a changé depuis 2008.

Notre camarade Olivier CLEMENT-BOLLEE, qui fut le seul membre de notre groupe local EELV 65 à participer au dernier congrès national de La Rochelle en novembre dernier, nous a bien résumé la mutation socio-générationnelle à l'oeuvre : les soixante-huitards blanchissants, vieux militants de tous les combats associatifs (nous quoi), sont de plus en plus remplacés par des quadragénaires élus ou collaborateurs d'élus locaux ou régionaux, souvent très diplômés.

Faut-il en tirer des conclusions définitives à partir d'une grille de lecture marxiste classique ("C'est l'être social qui détermine la conscience") ?

Ce serait aller trop vite en besogne.

Peut-on parler d'une PRGisation d'EELV ?

Cependant, certains faits vont bien dans le sens d'une tendance à la PRGisation d'EELV : la transformation (non accomplie à ce jour, je vous rassure, comme l'a montré notre dernier congrès justement) de ce parti en parti d'élus sans principe gérant une clientèle, et lié par nature au grand parti dominant de la Gauche, le PS.

Le vocable de PRGisation n'est pas pris au hasard, puisque le maître d'oeuvre de cette dérive est un ancien assistant parlementaire du député-maire PRG de La Rochelle, Michel Crépeau.

Mais il s'applique moins à l'état actuel du poids électoral d'EELV qu'à son poids futur si cette funeste évolution allait à son terme.

Ce qui rassure à cet égard est le score réalisé par la motion "Pour un cap écologiste" portée par le courant dit majoritaire : 33%. Ce qui inquiète est le profil des dirigeants de la motion qui s'est alliée à eux pour former une majorité, "Via ecologica", et pour laquelle j'ai eu la faiblesse de voter en raison de certaines amitiés personnelles. Motif d'inquiétude que je retrouve pour la première.

Dans les deux cas en effet on trouve un maximum de grands élus (députés, sénateurs, conseillers régionaux, généraux, et municipaux de grandes villes).

Cette sainte alliance des nouveaux notables écolos deviendrait francheusement dangereuse si elle venait à s'opposer bloc contre bloc aux autres sensibilités dans lesquelle se sont reconnus plus de 45% des adhérents qui ont pris la peine de voter (seulement 50% de participation...il faut le rappeler).

Heureusement ce n'est pas encore le cas, comme l'a montré le vote pour les têtes de liste aux Européennes de 2014 lors de notre Conseil fédéral de décembre : les listes sorties des urnes ne sont pas celles préparées par les 2 courants majoritaires.

Pour préserver les chances d'un parti écologiste autonome mais inscrit dans les institutions

Il me semble plus que jamais nécessaire de préserver ce qui fut la visée initiale des Verts en restant à EELV. Enracinés dans le mouvement associatif, nous ne devons pas faire l'impasse sur la présence dans les instances de la démocratie représentative. Pour cela, il convient de passer des alliances pour avoir des élu-e-s. Ce travail est aussi respectable que celui de militant associatif : encore faut-il ne pas opposer les deux, mais trouver la synergie qui leur permet de se renforcer mutuellement.

 

Publié dans Verts et EELV

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