TCE 2005 : l'artillerie lourde du "non"

Publié le par Henri LOURDOU

 

Révélations !

La loi Fillon sur l’Ecole est une annexe du TCE !


Je ne lis pas habituellement la presse à scandale, mais je n’ai pu résister –les vacances aidant- à la manchette alléchante de « Politis » du 17 février : « Ecole : une réforme d’inspiration européenne ».

Je m’attendais au pire : je n’ai pas été déçu.

Sous la rubrique « Gros plan » pas moins de 2 pages développent l’argumentaire suivant : Dans la loi Fillon, l’essentiel est l’adaptation de l’Ecole aux commandements ultralibéraux de la Commission européenne. Parmi lesquels figureraient donc (sic) le « socle de connaissances et de compétences indispensables » que chaque élève devra avoir acquis au terme de sa scolarité obligatoire, le développement de l’enseignement des langues étrangères, l’accroissement du nombre d’étudiants suivant une formation supérieure scientifique et leur féminisation, la promotion et la revalorisation de l’enseignement professionnel, l’augmentation du nombre d’apprentis, le soutien individuel aux élèves en difficulté, la multiplication et la revalorisation des « bourses au mérite » pour les bons élèves en difficulté sociale. Enfin, et surtout (tout de même !) une gestion comptable du système éducatif installée « à tous les niveaux ».

Je vous jure que je n’invente rien et je vous engage à vérifier !

Ce jugement global est ensuite argumenté en faisant appel au contenu du TCE : et l’auteur de l’article doit reconnaître qu’il n’y a rien trouvé de probant. En effet, dit-il, (après nous avoir pourtant assuré que « le résultat de cette recherche en paternité est éloquent ») « l’éducation comme la formation professionnelle ne font pas partie de ce que l’on appelle les compétences communautaires ».

Mais cela ne saurait décourager notre homme : « en multipliant les échanges d’informations et d’expériences sur les questions communes aux systèmes d’éducation (…) la Commission et le Conseil européens sont parvenus à dégager une ligne commune de réforme des systèmes éducatifs. Mobilité, flexibilité, employabilité, productivité en constituent les maîtres mots . » Voilà en effet qui est éloquent !

Mais trêve de persiflage : vous n’êtes pas encore convaincus ? Voici des arguments factuels en béton :

  • La Commission européenne a mis en place des indicateurs pour parvenir aux objectifs définis par le Conseil lors du sommet de Lisbonne de mars 2000 visant à faire de l’UE d’ici à 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale » (vous noterez au passage le caractère ultralibéral et intolérable de tels objectifs –qu’on pourrait pourtant se contenter de trouver incantatoires- car le rédacteur n’a visiblement pas envisagé une seconde que le lecteur pourrait les trouver acceptables et non scandaleux).

  • Hé bien figurez-vous (mais si !) que la loi Fillon reprend « à la décimale près » l’objectif de tels indicateurs de faire progresser le nombre total de diplômés de l’enseignement supérieur en math, sciences et technologie de 15% pour 2010.

  • Vous n’êtes pas encore convaincu ? Un rapport intermédiaire du Conseil et de la Commission daté du 3-3-04 suggère « d’améliorer l’image et le prestige de la filière professionnelle ». Or la loi Fillon reprend cet objectif.

  • Le même rapport demande de « développer des services recourant aux TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) dans les méthodes et l’organisation pédagogiques ». Or la loi Fillon souhaite qu’à chaque niveau (école, collège, lycée) 80% des élèves soient titulaires d’un brevet attestant de leurs compétences en ce domaine (le fameux B2I).

  • Mais « plus troublant encore » (re-sic), le « socle de connaissances et de compétences indispensables » de la loi Fillon « se présente comme un décalque du « bagage de compétences clés » que la Commission et le Conseil estiment nécessaire « au développement et (à) l’épanouissement personnels des individus, (à) leur intégration sociale et dans le monde du travail » (notez toujours le caractère ultralibéral de tels objectifs…). Ceci « à un détail près : les textes européens y ajoutent « l’esprit d’entreprise », notion qui aura été jugée invendable par le ministère de la rue de Grenelle » (re-re-sic).

Ainsi, voyez comme la logique est imparable : lorsque le ministère reprend les textes européens c’est bien qu’il a abdiqué toute indépendance ; mais lorsqu’il ne les reprend pas, ce n’est pas une manifestation d’indépendance, non, ce n’est qu’une hypocrisie.

De sorte que, quoi qu’il fasse et dans tous les cas, il est prouvé d’avance que l’accusé est coupable.

Et les élèves dans tout cela ? La question ne sera pas posée.


Mais arrêtons-là . Il suffit de lire l’ensemble de ce n° de « Politis » pour comprendre l’objectif poursuivi : il s’agit de convaincre les malpensants qu’il faut absolument voter « non » au référendum sur le TCE . Ainsi sur 18 « brèves » des p 8 et 9, on en relève 10 s’attaquant aux partisans du « oui » (une véritable obsession !).

Il paraît que la « pensée unique » est mal en point : pas partout visiblement ! Mais ce n’est pas la même. Comme disait je ne sais plus qui : « Gardez-moi de mes amis ». Les Gribouille de l’extrême-gauche ne doivent plus bénéficier de notre indulgence libérale : il faut dire et répéter qu’ils envoient toute la Gauche dans le mur, et répondre systématiquement à leurs attaques contre les réformistes que nous sommes et qui portons, j’en suis persuadé, les intérêts réels des salariés.

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