Marie DIDIER Dans la nuit de Bicêtre

Publié le par Henri LOURDOU

Marie DIDIER "Dans la nuit de Bicêtre",

Gallimard, coll "L'un et l'autre", 2006, 184 p.

 

 

Anne-Yes me fait découvrir ce petit livre consacré à la vie de Jean-Baptiste PUSSIN, le véritable initiateur de la "libération des aliénés", généralement attribuée à Philippe PINEL.

Marie DIDIER, médecin (pourquoi ce mot résiste-t-il à sa féminisation ?) toulousaine, compagne de route de l'extrême-gauche post-soixante huit, qui s'est mise à la littérature à partir du témoignage sur sa vie professionnelle, dans les années 80, s'est penchée avec empathie, attention et persévérance sur ce personnage étonnant et exceptionnel.

Car PUSSIN n'était au départ qu'un prisonnier comme les autres de cet asile de Bicêtre où l'on enfermait littéralement tous les pauvres en errance et en incapacité de gagner leur vie.

On a appris à connaître, depuis les travaux fondateurs de Michel Foucault, qui cependant n'est pas entré tout-à-fait dans le vif du sujet et a commis quelques erreurs factuelles comme la déformation du nom de PUSSIN (transformé en PIERSIN), le caractère systématique de ce "grand enfermement" des marginaux initié en Occident au XVIIe siècle.

Mais on n'en a pas entièrement cerné le caractère éminemment contradictoire et évolutif.

Ce livre nous permet, à travers l'histoire de JB PUSSIN, de comprendre la rupture qu' a été sa décision de rendre à ces fous leur dignité d'êtres humains en organisant des conditions d'existence un tant soit peu "normales" au sein de ce vaste cloaque qu'était Bicêtre.

Le contexte de la Révolution française n'a pas été pour rien dans cette évolution radicale. Et ceci malgré un épisode particulièrement douloureux, où PUSSIN lui-même échappe de peu à la mort : l'exécution de 166 pensionnaires de Bicêtre (dont 33 enfants) lors des "massacres de septembre" en 1792.

C'est à ce moment que Philippe PINEL intervient : nommé comme médecin à Bicêtre , il y prend ses fonctions le 11 septembre 1793. C'est la collaboration entre PUSSIN, le praticien autodidacte, et PINEL, l'intellectuel des Lumières, qui va donner cette "découverte révolutionnaire, formidable : le fou n'est jamais totalement fou et c'est avec ce reste de raison que la guérison est possible " (p 137)

 

Et le résultat c'est cet événement plus tard célébré comme historique : la décision de "libérer les aliénés", jusque-là enchaînés à vie.

Décision dont PINEL lui-même rend l'initiative à PUSSIN dans son traité médico-philosophique de 1809 (p 166).

Mais plus tard, le plébéien PUSSIN sera relégué dans l'oubli au profit du notable PINEL, notamment dans le "fameux tableau commandé au peintre Charles MULLER en 1842, tableau qui trône désormais dans la salle de spas perdus de l'Académie de Médecine de Paris." (p 167)

Publié dans Histoire

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