Encore et toujours sur l'avenir de la Révolution

Publié le par Henri LOURDOU

Je m'aperçois, sur une interrogation d'Anne-Yes, que je n'avais pas mis en ligne cet article de mars 2016...

Encore et toujours sur l'avenir de la Révolution.

 

En 2010, je rendais compte du livre posthume de Martin MALIA "Histoire des révolutions" sous le titre "Vie et mort de la révolution" :

http://vert-social-demo.over-blog.com/article-vie-et-mort-de-la-revolution-55597817.html

Sans conclure définitivement sur le caractère définitivement daté de l'idée révolutionnaire, je renvoyais en conclusion à différentes voies de renouvellement de cette idée, toutes axées sur l'abandon de la violence autoritaire et sur la promotion du Droit.

Les violences en cours dans le monde tendent toutes à prouver; s'il en était besoin, que la perspective d'une société plus juste recule avec la montée des affrontements violents. Le destin des "printemps arabes" en est la triste illustration.

Cela incite à revenir sur les épisodes historiques révolutionnaires passés pour en approfondir le déroulement.

Et à poser, à partir de là, et à la lumière des évolutions présentes, la question d'une possible révolution non-violente et de ses conditions.

 

Je réunirai donc ci-dessous deux compte-rendus de lecture sur la Révolution française (1789-1852) et sur la Révolution allemande (1918-1923).

 

Puis je reviendrai sur l'actualité de l'idée révolutionnaire à travers le dernier livre d'Alain Touraine "La fin des sociétés" (2013), utilement complété par le dernier grand ouvrage théorique de Gérard Mendel "L'acte est une aventure" (1998) et par l'actualité récente (crise en Grèce, crise des migrants et Cop 21).

 

Deux Révolutions du passé : France 1789, Allemagne 1918.

 

"La Révolution" de Robert MARGERIT (1963 et 1967, 4 volumes, réédition 2005, Phébus Libretto n° 185, 186, 189 et 196; 578, 830, 592 et 492 pages).

 

Ce "roman vrai" où l'auteur "au rebours des habitudes du roman historique, n'invente des personnages de fiction (fort peu au total) que pour leur faire vivre la stricte réalité de l'Histoire", est une passionante reconstitution des vrais débats rencontrés par ses acteurs.

Dépassant le sociologisme sommaire comme l'anecdote invertébrée, il pose bien les enjeux et la complexité des événements. Et les dilemmes, parfois insolubles, rencontrés par leurs acteurs.

On y voit bien en particulier, comment les choix faits par un petit nombre d'acteurs ont pu provoquer des bifurcations de l'Histoire, au-delà de la "force des choses" exprimant les fameux "intérêts de classe".

Ces choix concernent essentiellement le recours à la violence ou le risque pris de la susciter.

Or, celle-ci est particulièrement difficile à maîtriser : que ce soit dans son déchaînement ou dans ses résultats.

Concernant le déchaînement, on voit bien l'ambivalence de la violence des masses : tantôt excessive et indiscriminée (massacres de septembre 1792), tantôt trop timide face à des adversaires plus cyniques et calculateurs (journées de floréal 1795).

Concernant les résultats, si l'on peut évoquer l'expression bien connue "la fortune des armes" qui donne toute sa part au hasard, la description très détaillée de diverses batailles montre bien l'importance de la qualité des chefs, de l'intendance (on dirait aujourd'hui la logisitique) , ...et de la motivation des troupes, pour ce qui ne dépend pas des 2 premiers facteurs.

Ainsi les révolutionnaires français, c'est bien connu, ont-ils vaincu contre toute attente des armées professionnelles, alors qu'ils mobilisaient une majorité d' "amateurs". Et c'est de ce fameux élan de l'an II que sont sortis de nouveaux chefs de qualité et une logistique renouvelée qui ont amené les armées françaises à conquérir la moitié de l'Europe.

Qu'on se souvienne des première lignes de "La Chartreuse de Parme" sur "Milan en 1796".: "Un peuple tout entier s'aperçut, le 15 mai 1796, que tout ce qu'il avait respecté jusque-là était souverainement ridicule et quelquefois odieux."(Stendhal Oeuvres romanesques complètes, III, Pléiade, p143-144).Etc...(Les stendhaliens me comprendront).

 

Sans revenir sur les détails de l'histoire, on notera que cette somme fut écrite en deux temps. Les trois premiers tomes (rédigés de 1957 à 1963) s'arrêtent au 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), avec la chute de Robespierre. Et ils marquent en effet la marche en avant de la Révolution dans une radicalisation toujours plus poussée, et de plus en plus contestée. Ce sont ces 3 tomes, parus en 1963, qui ont obtenu le prix du roman de l'Académie française.

Le personnage principal, fictif, est un Jacobin, député de la Haute-Vienne (le département de Margerit) aux Etats généraux, puis à la Convention, et membre du Comité de Salut public. Issu de la moyenne bourgeoisie (son père est industriel et il est avocat), il épouse les idées montagnardes, mais récuse les extrêmes. Il finit par rompre avec Robespierre, en raison de sa fermeture sur lui-même et de son incapacité à transiger sur ses idées.

Ce schéma, très consensuel, explique en partie le succès du livre.

Cependant, l'auteur éprouve le besoin, deux ans après, de donner une suite. Rédigée de 1965 à 1967, c'est le tome 4, intitulé "Les hommes perdus", qui déroule le destin des "tombeurs de Robespierre" jusqu'à la Restauration de 1815, et au-delà.

Cette histoire de la "réaction thermidorienne" et de ses suites est moins connue que ce qui la précède. Et j'avoue que j'avais commencé ma lecture par là.

 

Que ressort-il de ces quelques 2 500 pages ?

 

Le sentiment d'un dépassement des individus pris par l'action : leur incapacité à saisir et orienter le cours des événements dans le sens souhaité.

Et donc les regrets, la nostalgie qui habitent le héros, Jacobin pacifiste attaché aux trois grandes idées de liberté, d'égalité et de fraternité, dont aucune des trois ne sort véritablement incarnée du résultat des événements.

La liberté donne tour à tour l'anarchie thermidorienne puis la dictature napoléonienne, l'égalité est sacrifiée sur l'autel de la restauration de l'ordre bourgeois, puis de la Restauration monarchiste, la fraternité enfin ne vit que fugitivement lors de la Fête de la Fédération de 1790, pour disparaître rapidement dans la guerre civile prolongée qui ne s'achève que très progressivement et laisse de profondes traces.

 

Cette absence de prise des acteurs sur l'événement, on la retrouve dans tous les épisodes révolutionnaires, et notamment dans la révolution allemande de 1918-1923.

 

"La révolution allemande -1918-1923" de Chris HARMAN (1997, titre original "The Lost Revolution: Germany 1918-23" (London) , traduction française de Jean-Marie Guerlin, La Fabrique, 2015, 410 pages)

 

Ici pas de roman : le récit est historique et militant (l'auteur est un révolutionnaire marxiste anglais, membre du Socialist Workers' Party, groupe issu du trotskysme), mais salué par les historiens professionnels comme un travail remarquable et honnête sur les faits.

Le point de vue est bien sûr celui d'un affrontement violent inévitable entre le prolétariat et la bourgeoisie, mais comme le déroulement des faits est très détaillé, on peut aisément s'en affranchir avec un peu de recul critique.

 

Ici aussi, la question posée est celle d'une maîtrise sur les événements, dont le défaut est imputé par Harman à l'absence d'un parti révolutionnaire assez structuré et cohérent pour y faire face.

Le contre-exemple positif est bien sûr celui du parti bolchévik en Russie, qui à la même époque sort victorieux de trois années de guerre civile (1918-1921) grâce à une direction soudée autour de Lénine et une discipline de fer imposée à l'Armée rouge par Trotsky.

 

On peut faire crédit à Harman de la véracité du climat d'affrontement régnant dans le pays durant ces cinq années.

Egalement doit-on concéder la totale trahison des intérêts ouvriers par la direction du SPD, Parti social-démocrate, dont la bureaucratisation et la timidité avaient déjà été dénoncés avant et pendant la guerre par Rosa Luxemburg et quelques dissidents.

La radicalisation de la base social-démocrate par la guerre, la défaite, puis la crise économique ne sont également pas niables.

Par contre, ce qui pose problème est bien l'incapacité de cette base à construire une vraie alternative politique majoritaire en conquérant l'ensemble des classes populaires à un rassemblement basé sur ses intérêts.

Le même problème fut posé dans la Révolution française, où le peuple fut pareillement divisé en deux blocs d'égale force sur une question (la question religieuse) étrangère à ses intérêts communs.

Ici la religion est remplacée par la Nation, en tant que principe transcendant justifiant la militarisation de la société. D'où le phénomène des Corps francs, d'abord utilisé par la direction social-démocrate, puis acquis à la mystique nationaliste et revancharde au nom de la théorie du "coup de poignard dans le dos" qu'aurait constitué l'armistice signé par le gouvernement social-démocrate.

 

 

Dans ces deux cas, on a finalement au bout du compte, un mouvement populaire décapité par la répression, et désarmé quant à ses perspectives. Il se réfugie, dans le cas français, dans un culte nostalgique de l'an II, et dans le conspirationnisme de sociétés secrètes; dans le cas allemand dans le culte de l'Octobre russe, et dans la sujétion étroite à la direction de la IIIe Internationale.

 

Peut-on sortir les idées révolutionnaires de ces errances infantiles ?

 

 

L'actualité de l'idée révolutionnaire : à quelles conditions ?

 

La nécessité d'une rupture radicale avec l'état de choses existant est plus que jamais d'actualité. En ce sens, l'idée révolutionnaire est toujours-là.

Par contre ce qui pose question de plus en plus est l'agent, et les modalités de cette rupture.

Et c'est ici qu'intervienent Alain TOURAINE, avec son livre "La fin des sociétés" (Seuil, 2013, et "Points" n°762, 2015) et Gérard MENDEL, avec "L'acte est une aventure" (La Découverte, 1998).

 

Des masses au sujet : l'appropriation individuelle des droits.

 

Le point commun à Mendel et Touraine, qui les situe à part (et pour moi au-dessus) de la plupart des théoriciens contemporains du social, est la place nouvelle qu'ils accordent au sujet individuel. Non à partir d'un a priori moral, mais d'une analyse rigoureuse de l'évolution sociale.

C'est ce que signifie au premier chef le sous-titre du livre de Mendel : "du sujet métaphysique au sujet de l'actepouvoir".

Mais la genèse de ce sujet est un processus chaotique et inachevé qui pose également la question de la nature des sociétés.

C'est ce que suggère à son tour le titre du livre de Touraine. Plus exactement, il établit, dans son introduction, que la globalisation du capitalisme est aussi la globalisation d'un pouvoir total, économique, politique et culturel, contre lequel doit se lever un mouvement de libération fondé sur "la conscience de nous-mêmes comme sujets, détenteurs de droits universels fondés sur notre liberté, au-dessus des lois elles-mêmes, pour nous défendre, au niveau le plus élevé, qui est aussi le plus individuel, contre toutes les dépendances." (p 31)

Il situe historiquement cette nouvelle étape après celles des mouvements politiques du XIX e siècles centrés sur l'Etat et la conquête de la démocratie, et celles des mouvements sociaux du XXe centrés sur le social et la promotion des groupes discriminés.

Il s'agit à présent d'entrer dans l'ère de conflits culturels globaux qui posent la question des droits de chaque individu en tant que tel.

 

Voir le bout de ses actes : la question de l'universalité et la place du vouloir de création.

 

Dans cette grande synthèse de sa réflexion qu'est "L'acte est une aventure", Gérard Mendel met en avant ce qu'il appelle des "universels empiriques" : "une particularité humaine consubstantielle à l'humain, c'est-à-dire traversant l'histoire de l'humanité et les formes sociales et culturelles" (p 517).

Il en distingue 5 : le vouloir de plaisir, le vouloir de création, la raison-ratio, la coopération structurale et le psychofamilialisme inconscient.

Qu'il suffise ici de noter que pour lui le "vouloir de création" est "le principe humain par excellence et qui toujours cherche à se manifester, même dans les situations les plus bloquées et sous les dominations les plus autoritaires. La "contradiction principale" au plan anthropologique se situerait alors entre vouloir de création et psychofamilialisme inconscient (autorité). Et l'agressivité ne serait-elle pas avant tout la réaction à un vouloir de création trop fortement inhibé ?" (p 520)

Ce passage est un passage-clé : malgré la prudence du conditionnel, il énonce l'hypothèse majeure qui permet d'assoir la place du sujet individuel en tant qu'agent de la révolution.

Celle-ci étant avant tout processus de libération par rapport à une double oppression : celle du psychofamilialisme inconscient (fondement des différents intégrismes et de la domination masculine), mais aussi celle de la raison-ratio instrumentalisée par le capitalisme productiviste-consumériste sur la base de l'éthique de puissance traduite subjectivement en fantasme de toute-puissance générateur de désastre écologique (p 521) .

 

Ainsi pouvons-nous articuler les propos tourainien et mendélien en la proposition suivante : la révolution mondiale nécessaire est celle des individus porteurs d'un vouloir de création conforme à une éthique basée sur les Droits et la coopération de tous avec tous.

 

 

 

Que pouvons-nous en voir dans l'actualité politique de ce nouveau siècle ?

C'est ce que nous allons pour finir examiner à la lumière de trois événements récents : la crise grecque, la crise des migrants couplée aux attentats de Paris, et la Cop 21.

 

La crise grecque a débuté en 2011 avec les mesures d'austérité imposées par la fameuse "troïka"(Commission européenne, BCE et FMI). Elle s'est traduite, outre de nombreuses grèves et manifestations, par la décomposition/recomposition du champ politique : effondrement du Pasok, émergence de l'extrême-droite d'Aube Dorée, et montée en puissance de la Gauche anti-austérité de Syriza jusqu'à sa victoire électorale de janvier 2015; mais aussi par l'apparition de formes d'entraide et d'alternatives économiques et sociales qui préfigurent à leur façon la transition écologique qui de toute façon doit s'imposer à toute la planète pour assurer une société vivable.

La question qui pourtant a occupé le devant de la scène au printemps et à l'été 2015 fut celle de la sortie ou non de l'euro.

On sait qu'à la suite d'un psychodrame médiatique et d'un référendum-express, elle fut tranchée par la décision du premier ministre Alexis Tsipras de céder au chantage de la Troïka pour garder l'euro, puis par sa seconde victoire électorale de septembre. Depuis, la Grèce est sortie des écrans radar médiatiques...à l'exception de la seule question des réfugiés, avec la nouvelle vague des migrants qui a saturé les écrans de septembre à novembre.

Et pourtant, si j'en crois un dernier article d'Angélique Kouroumis dans "Charlie hebdo" du 30-12-15 ("La dette passe avant la dèche") la situation démocratique se dégrade à mesure que l'Euro Working Group (nouveau nom de la Troïka qui avait mobilisé les Grecs contre elle ? : en réalité, il s'agit du "quartet » représentant les créanciers – Declan Costello, de la Commission européenne, Rasmus Rüffer, de la Banque centrale européenne, Nicola Giammarioli, du Mécanisme européen de stabilité, et Delia Velculescu, du FMI.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/12/07/pour-m-tsipras-la-contribution-du-fmi-au-plan-de-sauvetage-de-la-grece-est-non-necessaire_4826664_3234.html#JBokZTqQZDYjCr7h.99impose au gouvernement Tsipras de nouvelles mesures antisociales.

"Alexis Tsipras a abandonné jeudi dernier, sous les coups de boutoir des créanciers, le programme parallèle qui devait compenser les mesures d'austérité adoptées depuis juillet dernier (...) Un choc pour les Grecs (...) C'est que le coup est dur. Derrière ce titre ronflant de programme parallèle se cache la bouée de sauvetage pour les 30% de Grecs qui n'ont plus accès aux soins, le tiers de la population qui est sous le seuil de pauvreté, ou tout près de l'être. Exit donc les cartes d'approvisionnement de nourriture et la santé gratuite pour les plus démunis, les tarifs spécieux pour le chauffage, les classes de soutien, les soupes populaires de l'Etat, les cartes de transport moins chères, bref tout ce qui aurait pu maintenir à la surface ces victimes collatérales des plans d'austérité."

Curieusement, je n'ai rien trouvé à ce sujet dans "Le Monde".où l'article sur cet accord en date du 12 décembre évoque seulement les privatisations et la réforme des retraites (En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/12/12/un-accord-trouve-entre-athenes-et-ses-creanciers-pour-le-deblocage-d-un-milliard-d-euros-d-aide_4830238_3234.html#LfQlLFrZdMv8AWyJ.99

Or Angélique Kouroumis en fait un élément clé de déstabilisation du gouvernement, qui devrait selon elle risquer de tomber dès Pâques avec la réforme des retraites.

On s'interroge : ce quartet est-il politiquement si myope qu'il pousse le peuple grec dans les bras de l'extrême-droite ?

Car comment croire en un gouvernement de Gauche qui abandonne les plus démunis ?

(PS : En décembre 2016, contrairement au pronostic d'A.Kouroumis, Tsipras est toujours là : par quel miracle ?

Selon "La Tribune" du 29-11-16 :

"C'est une divine surprise pour Alexis Tsipras. L'office des statistiques grecs Elstat a publié ce mardi 29 novembre le chiffre révisé à la hausse de la croissance grecque du troisième trimestre 2017. Le PIB hellénique a connu un fort rebond de 0,8% sur trois mois, le troisième plus important au cours des dix dernières années. Par rapport au troisième trimestre 2015, la hausse est de 1,8%, ce qui correspond à la plus forte progression depuis le troisième trimestre de 2007. Initialement, Elstat avait estimé à 0,5% la croissance trimestrielle grecque.

Composantes dans le vert

La plupart des composantes de la croissance grecque sont à nouveau dans le vert, notamment la consommation qui progresse de 2 % et l'investissement qui est en hausse de 1,7%. La contribution externe apporte une contribution au PIB moins en raison de la progression des exportations qui ralentit par rapport au trimestre précédent (+3,7 % contre 6,4 %, malgré la saison touristique) qu'en raison de la baisse des importations de 10,2 %. Aucune donnée détaillée par secteurs n'était disponible.

Ce bon trimestre est le deuxième trimestre de croissance de l'économie grecque."

http://www.info-grece.com/actualite/2016/11/29/grece-forte-croissance-au-troisieme-trimestre.)

 

La même question se pose aujourd'hui en France avec le projet de révision constitutionnelle porté par François Hollande et Manuel Valls, visant à constitutionnaliser l'état d'urgence et à étendre la possibilité de déchéance de la nationalité aux binationaux Français de naissance.

En réduisant l'Etat de Droit, et en créant deux catégories de Français (il y a en France 3,3 millions de binationaux de naissance qui la plupart du temps n'ont pas choisi ce statut, imposé par le pays de naissance de leurs parents), l'exécutif insécurise les plus démunis de nos concitoyens : ceux qui n'ont pas un accès facile au Droit, et ceux qui, d'origine étrangère, seront dorénavant considérés officiellement comme des "Français douteux".

La fracture provoquée par ce projet est profonde au sein-même de la Gauche, dont elle prend les valeurs à contrepied. Le seul argument, fort régressif, agité par les partisans de l'exécutif est celui de "l'autorité de l'Etat" , au motif que, venant du chef de l'Etat, ce projet ne pourrait être contesté sans remettre en cause cette "autorité".

On en revient à un très médiéval "argument d'autorité" : "c'est notre chef, il ne peut se tromper".

 

La Cop 21 fut un moment très paradoxal. D'un côté, une négociation au sommet très complexe et et peu accessible, de l'autre une prise de conscience massive concernant notre mode de vie et ses implications.

La question de la convergence entre les deux a été posée.

Elle s'est matérialisée par des manifestations de rue et des festivals comme Alternatiba en France. Par contre l'organisation de véritables coalitions sur la durée reste devant nous.

C'est cependant sur ce terreau d'initiatives individuelles, locales ou sectorielles que vont se construire les convergences politiques nécessaires à une action climatique efficace.

Au total donc, les raisons d'espérer équilibrent les motifs de désespoir. Dans ce chaudron en fusion de la globalisation, les régressions et les progrès se mélangent : à chacun de discerner ce qu'il doit en tirer pour lui-même et par lui-même, car, définitivement, "plus rien ne va de soi".

Ce qui reste cependant en suspens est ce que Jacques Rancière appelle la constitution d'une "subjectivation collective" qui seule peut donner un débouché politique à ces nombreuses mobilisations. (voir son entrevue à l'Obs du 28-1-16)

Elle passe par la notion selon moi de "peuple européen", opposé à la réduction réactionnaire des nations qui le constituent à des nations "blanches et chrétiennes", et porteur de l'idée de solidarité de tous les dominé-e-s dans un monde de paix réconcilié avec la Nature.

L'enjeu politique de la Révolution à faire est la constitution d'une Assemblée européenne souveraine, dépassant le cadre des Etats existants, et faisant des Européens un seul peuple.

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