Le dérèglement du monde

Publié le par Henri LOURDOU

« Le dérèglement du monde » d’Amin MAALOUF

(Grasset, 2009, 318 p.)

 

Sous-titré « Quand nos civilisations s’épuisent », cet essai sobrement écrit est fortement pensé.

Sous ses dehors « œcuméniques » ou « non-partisans », Amin MAALOUF prend parti de façon vigoureuse sur des points cruciaux.

 

Le point principal sur lequel l’auteur prend parti est celui de la nécessité d’un sursaut rapide de l’humanité pour échapper à l’effondrement de la civilisation.

Son propos est celui d’un pessimiste actif.

Dans l’action nécessaire un aspect domine : elle doit être globale, car notre monde est devenu un. Amin MAALOUF est clairement mondialiste et appelle de ses vœux un pouvoir légitime au niveau planétaire. Le réalisme lui commande de constater qu’un tel pouvoir planétaire n’est aujourd’hui qu’aux mains du gouvernement des USA ; mais reste entière la question de la légitimité.

C’est cette question qui sert de fil conducteur au livre.

Dans sa première partie (« Les victoires trompeuses »), il examine la crise de légitimité de l’Occident (USA et Europe) vis-à-vis du reste du monde, suite à la chute du modèle communiste.

Dans la deuxième partie (« Les légitimités égarées »), il s’attaque à la crise de légitimité qui poursuit le monde arabo-musulman depuis la chute de l’Empire ottoman en 1918…et qui a débouché sur un repli identitaire basé sur la religion.

Parallèlement est évoquée la crise de légitimité renforcée qui affecte les USA dans leur leadership mondial.

Enfin, la troisième partie (« Les certitudes imaginaires ») développe le rôle primordial de la culture et de la connaissance interculturelle comme antidote à la dérive identitaire et communautariste qui emporte le monde.

C’est l’occasion d’analyser tout particulièrement la raison pour laquelle la religion musulmane a été si facilement instrumentalisée à des fins politico-identitaires, alors que le monde occidental a connu des rapports religion-politique plus équilibrés. Elle tient essentiellement selon l’auteur à l’existence de la papauté qui a favorisé la dissociation du religieux et du politique.

Cela n’empêche pourtant pas l’essor actuel du communautarisme partout. Un communautarisme répandu par « l’esprit d’apartheid ». D’où le plaidoyer pour la connaissance interculturelle.

Sur ce point l’auteur développe la nécessité de s’appuyer sur les émigrés-immigrés en reconnaissant pleinement leur double identité et en valorisant leur rôle de passeurs et de traits d’union entre les cultures.

Ce qui suppose, il en est bien conscient, un changement complet des politiques vis-à-vis de l’immigration en Occident, et en France en particulier !

Cela suppose aussi de ne plus réduire, comme on le fait, l’appartenance culturelle des immigrés à leur religion, ce qui alimente le communautarisme.

Pour finir, un chapitre spécifique est consacré à ce qui constitue à la fois le problème le plus urgent et le plus commun à l’humanité d’aujourd’hui : la menace climatique.

Une raison supplémentaire, s’il en fallait, de remédier au « dérèglement du monde », en sortant de la « Préhistoire tribale de l’humanité ». L’Union européenne constituant  à cet égard un instrument précieux.

Publié dans politique

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