La division de la Gauche ou l'attrait de la répétition

Publié le par Henri LOURDOU

La division de la Gauche ou l'attrait de la répétition


 

Comparaison n'est pas toujours raison. Néanmoins la comparaison historique peut être éclairante pour penser une situation. C'est le cas entre la fin de la 4e République et la situation actuelle de crise politique. Si l'on remplace, la guerre d'Algérie par la crise climatique et géopolitique actuelle, et le PCF par LFI, on a un troublant sentiment de répétition qui augure d'une névrose d'échec collective des partis de gauche modérés, c'est ce que tend à montrer le passage suivant de mon compte rendu du livre de Grey Anderson "La guerre civile en France (1958-1962)" :

L'arrivée au pouvoir du général de Gaulle est bien le fruit d'un complot basé sur un coup de force, habilement exploité de façon équivoque.

Mais c'est la nature et les origines profondes de ce coup de force qui doivent être interrogés.

En remettant les prérogatives du pouvoir civil à une Armée travaillée par des idéologues d'extrême-droite foncièrement hostiles à la démocratie, les différents gouvernements de la 4e République, à commencer par celui présidé par le socialiste Guy Mollet, ont semé les graines du putschisme.

(Ne peut-on ici penser aux gages répétés donnés à l'extrême-droite par les gouvernements de centre-gauche et du centre depuis 2015 ?)

La situation coloniale en Algérie est la source de cette dérive. Faute d'avoir intégré l'injustice de nature et le caractère inacceptable du colonialisme, l'ensemble de la classe politique (à l'exception notable, mais avec des nuances, du PCF, puis, à partir de 1960, du PSU) s'est engouffrée dans ce processus délétère pour la démocratie.

(Ne peut-on ici penser également aux politiques migratoires et sécuritaires développées depuis la même date ?)

Le fait que De Gaulle se soit saisi de cette situation pour soi-disant rétablir l'ordre républicain ne saurait le dédouaner.

Car, en réalité, non seulement il est resté tributaire, malgré son retournement ultérieur sur "l'Algérie française", de ceux qui l'ont porté au pouvoir (la hiérarchie militaire quasi-unanime), mais sa conception du pouvoir elle-même est en rupture avec l'idée de démocratie.

Il s'appuie en effet sur l'idée qu'il incarne, au-delà du "mandat que le peuple (lui) a donné", "la légitimité nationale (...) depuis vingt ans " (autrement dit depuis l'Appel du 18 juin 1940), citation de son allocution radio-télévisée du 29 janvier 1960, citée p 196.

Autrement dit, il ne s'autorise que de lui-même au nom d'un acte passé depuis 20 ans. Cette sacralisation de sa personne renvoie à la conception du pouvoir royal d'Ancien régime : une personne incarnant à elle seule l'État et la Nation, et pour cela intangible et sacrée, la religion venant autrefois légitimer le choix de la personne est à présent remplacée par le suffrage universel, mais la conception du Pouvoir reste la même. On retrouve malheureusement, encore aujourd'hui, cette forme d'intégrisme religieux national-républicain chez nombre d'aspirants à la fonction présidentielle. Il n'a que peu à voir avec la démocratie, qui est fondamentalement l'art de gérer pacifiquement les conflits à l'intérieur du corps social en s'appuyant sur l'égalité des droits et la participation citoyenne. Ce qui suppose des partis et des corps intermédiaires représentatifs organisant les confrontations pacifiques.

(Là encore, la façon dont se présente la campagne présidentielle pour 2027 laisse perplexe sur la conception de la démocratie qu'elle révèle)

Or, force est de constater l'incapacité de ces partis et corps intermédiaires à gérer pacifiquement les conflits dans la conjoncture de 1958. Leur incapacité tient essentiellement à deux facteurs : la non-prise en compte de la réalité coloniale, en tant que situation de domination violente négatrice de l'égalité des droits, d'une part, et, d'autre part, la mise à l'écart du Parti Communiste du jeu démocratique, au nom de la Guerre froide.

(ici, convoquons la pauvreté des propositions en matière écologique et la mise à l'écart de LFI)

Cette double carence affecte tout particulièrement le principal Parti de gauche, le Parti Socialiste SFIO, qui de fait, comme toute la "Gauche non communiste", éclate en deux à la suite du putsch du 13 Mai 1958. Comme le relève Grey Anderson, l'investiture de De Gaulle comme Président du Conseil, le 1er juin 1958, avec des pouvoirs exceptionnels élargis, fut votée par 329 voix contre 224 par l'Assemblée nationale : "Les gaullistes, le MRP et le CNIP avaient voté pour, et le centre et la gauche non communiste (SFIO, UDSR et radicaux) s'étaient partagés en deux moitiés à peu près égales." (p 115)

(Faut-il in fine s'attendre au scénario d'un PS coupé en deux, dont la moitié droite jouera le jeu d'une triangulation avec les idées du RN, comme commence à le faire un François Hollande, déjà maître en la matière ? Avec pour conclusion un ralliement à Marine Le Pen au nom de l'union nationale ? Ce scénario de Gribouille n'a rien d'improbable.)


 

Recoller les morceaux d'une Gauche masochiste est plus que jamais vital. Pour cela, le ralliement inconditionnel à Mélenchon ne saurait suffire comme le préconisent d'autres Gribouilles, car il s'agit de gagner une élection, et pas seulement de se compter.

Continuons, contre vents et marées, à défendre le rassemblement de la Gauche et des écologistes sur un programme commun négocié.

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