Gloria STEINEM Ma vie sur la route
Gloria STEINEM est décédée le 2 septembre à New York à l'âge de 92 ans. Ses mémoires sont une mine d'anecdotes sur le développement du féminisme aux USA depuis les années 60, mais aussi sur ses liens avec le mouvement des droits civiques et anti-guerre du Vietnam. Elles ne s'arrêtent pas aux glorieuses années 70, mais s'étendent pratiquement jusqu'à 2015, et incluent les engagements électoraux de Gloria Steinem, avec une remarquable apologie du vote, avec ses limites mais aussi ses effets incontournables.
Gloria STEINEM fut professionnellement une journaliste, d'abord pigiste tirant le diable par la queue, puis co-fondatrice d'un magazine féministe qui a marqué fortement le paysage médiatique étatsunien, Ms. Mais elle se définit également comme "community organizer", un concept typiquement étatsunien que l'on pourrait traduire par animatrice de collectifs.
Sa vocation est née en Inde où elle séjourne dans les années 50 et découvre les cercles de parole villageois et ce qu'ils font émerger de vérités cachées ou sous-estimées. Cette place privilégiée de la parole mise en commun et de l'action non-violente va irriguer tout son engagement au service de toutes les personnes opprimées.
Je découvre également à travers cet historique volontairement non linéaire car construit de façon thématique, autour des caractéristiques de son engagement -cercles de paroles, recours aux transports collectifs pour se déplacer dans tout le pays, usage des campus universitaires pour débattre, liens entre le personnel et le politique à travers l'engagement électoral, etc, une riche personnalité qui a su fédérer des combats dans le cadre de ce qu'on appelle aujourd'hui intersectionnalité.
Je distinguerai parmi les nombreuses questions abordées, celle de la prostitution. J'y trouve un plaidoyer convaincant contre l'opposition binaire qui divise le mouvement féministe entre "abolitionnistes" et "pro-travailleurses du sexe" : elle met le doigt sur le danger qu'il y a à "légaliser le travail du sexe" en en faisant une activité que l'on peut imposer à tout-e chômeur-se (pp 311-21) et met en avant toutes les possibilités qu'il y a de combattre la prostitution sans pénaliser les personnes prostituées.
Mais également la question des Premiers peuples telle qu'elle l'aborde (pp 349-61) : de façon radicale et juste.
Ce que j'apprécie dans ses prises de position c'est qu'elles sont toujours appuyées sur des échanges et des informations précises et de première main.
Ce qui m'a au final surtout frappé est son optimisme constant et le chemin parcouru par la société américaine depuis près de 70 ans à travers une conflictualité constante avec les idées conservatrices, devenues aujourd'hui réactionnaires, et de plus en plus virulentes, voire violentes, à la mesure de leur perte d'influence progressive dans la société.
Aujourd'hui, où le recul semble avéré après tous ces progrès, il me semble que son optimisme est cependant validé par l'émergence de nouvelles générations féministes qui assument crânement leurs positions, comme le montre la jeune artiste Olivia Rodrigo, dont je reproduis ci-après le portrait paru dans le magazine du "Monde" du 12 septembre 2026.
La vie et l'action de Gloria Steinem et de ses camarades n'auront pas été vaines. Le relais est bien passé. We shall overcome.
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