Marc LAZAR Pour l'amour du peuple
Sommes-nous voué-es au populisme ?
Histoire du populisme en France, XIXe-XXIe siècle
Gallimard, décembre 2025, 308 p.
Marc LAZAR est un politiste spécialiste de l'Italie et de l'histoire de la Gauche en France et en Europe. J'ai déjà rendu compte d'un ouvrage commun qu'il a écrit avec un collègue italien sur la question du nouveau populisme en 2019 : j'y faisais déjà part de mes doutes sur leur façon d'y répondre.
Ici le propos, centré sur la seule France, est plus approfondi et remonte au XIXe siècle pour tirer le fil d'une "tradition" populiste française.
Cela permet d'expliquer sans doute l'espèce de renoncement que j'avais précédemment pointé : pour LAZAR, le populisme est ancré dans une si longue tradition qu'il serait vain de s'y opposer frontalement.
J'ai trop étudié l'Histoire pour repousser cette thèse d'un seul revers de main. Il faut y voir de plus près.
Populisme : de quoi parlons-nous ?
Le terme est utilisé de façon tellement polémique qu'il convient de définir au préalable ce qu'on met dedans. C'est ce que fait l'auteur avec raison.
D'entrée de jeu, il pose la complexité et la plasticité du populisme qui pourrait amener à récuser le terme comme recouvrant des réalités trop disparates pour utiliser le même chapeau.
Cependant, il plaide pour son usage en raison de quelques traits communs, mais surtout de la récurrence en France d'épisodes semblablement marqués par ces traits communs : défiance envers les élites, exaltation du peuple et de son unité, appel à la mobilisation et désignation d'ennemis de l'intérieur et/ou de l'extérieur, mise en avant de solutions simples et radicales et de leaders salvateurs.
Ces épisodes correspondent à des crises de la démocratie parlementaire marquées par des paralysies de la décision politique et la montée de fractures sociales et identitaires.
Au passage, l'auteur remarque que ces poussées populistes s'exercent à gauche comme à droite de l'échiquier politique avec des incarnations opposées et des discours différents. Mais elles peuvent aussi brouiller cette opposition gauche/droite, comme on l'a vu dans le premier cas ici étudié, l'épisode boulangiste (1887-9). Par la suite cependant, on va voir se préciser un populisme de droite et un populisme de gauche.
Domination du populisme de droite
L'étude des différents épisodes populistes en France fait apparaître une occurrence dominante du populisme de droite : Ligues des années 30, régime de Vichy, poujadisme des années 50, néo-poujadisme des années 70, populisme du FN-RN des années 2000 à nos jours.
En face, on ne peut opposer qu'une tendance au populisme du PCF des années 36-50, la brève tentative des maos de la Cause du Peuple au début des années 70, de Bernard Tapie au début des années 90, et l'entreprise mélenchonienne des années 2010-2020.
Entre les deux, l'aventure gaullienne de 1958 à 1969 a représenté une tentative avortée d'effacement du clivage droite/gauche, comme l'a fait l'aventure macronienne de 2017-2026 avec le même résultat : le basculement à droite.
Une propension irrésisitible au populisme ?
Dans sa dernière partie, l'auteur revient sur le dernier épisode populiste français : le mouvement des Gilets Jaunes. Il en souligne la complexité mais aussi le caractère spontané et inachevé : ce mouvement n'a trouvé ni son leader ni son projet politique achevé.
En réalité, il fait partie de ces éruptions sociales périodiques au cours desquelles les catégories "subalternes" habituellement silencieuses et résignées prennent la parole et émettent des aspirations, du moins une partie d'entre elles.
Ces épisodes manifestent l'insuffisance des mécanismes et institutions de représentation à tous les niveaux et dans tous les domaines de la société.
Cependant, ils représentent davantage des symptômes que des solutions.
Si donc, nous sommes voué-es au populisme en quelque sorte, il ne saurait suffire de s'en contenter : réparer les mécanismes et institutions de représentation devrait davantage nous soucier que de cultiver la colère d'un peuple fantasmé et de le fanatiser.
Ce qui ne préjuge pas du "comment", et celui-ci passe sans doute par un réinvestissement de l'action directe en connexion avec ce peuple en colère sur des combats clairs et sans ambigüité
/image%2F1562319%2F20260621%2Fob_51e4ed_marc-lazar-pour-l-amour-du-peuple.jpg)