Mélenchon : le sens d'une 4e candidature et la place des Ecologistes
C'est l'événement du moment. Jean-Luc Mélenchon a officiellement annoncé dimanche 3 mai au JT de 20h de TF1 sa 4e candidature à l'élection présidentielle.
Cette annonce précède de peu le rassemblement prévu le mardi 5 mai à la Bellevilloise des partisans d'une Primaire de la Gauche, et a de toute évidence pour fonction de le torpiller.
Au-delà de cette petite habileté tactique qui ne fait que planter un clou de plus dans le cercueil du rassemblement de la Gauche et des écologistes, déjà préparé par l'attitude des anti-Faure du PS, de Place publique et du PCF, se pose la question du sens de cette candidature.
En 2017, puis en 2022, Mélenchon avait joué la carte du "vote utile" pour empêcher l'accès de la candidate d'extrême-droite au 2d tour. Une carte qui avait presque fonctionné, comme en ont témoigné les résultats de Benoît Hamon en 2017, pourtant désigné par une Primaire ouverte et officiellement soutenu par le PS et EELV (dont le candidat désigné par une Primaire des écologistes, Yannick Jadot, s'était retiré à la le demande du parti EELV), puis ceux des candidats du PS, Anne Hidalgo, et d'EELV, Yannick Jadot, en 2022.
Aujourd'hui, il joue la carte d'un autre "vote utile" qui n'a pas la même configuration.
Si en 2017 et 2022, il aurait pu coaguler (pour le meilleur, et peut-être pour le pire) un vote contestataire mixte (rassemblant protestataires de gauche et de droite) face au candidat du Centre ("et de droite et de gauche") gestionnaire, en 2027 il se trouvera de toute évidence face à un ou une candidate d'extrême-droite et devra rallier un électorat modéré qui lui est fortement hostile. Nous sommes en effet dans le cadre d'un éclatement plus évident que jamais d'un électorat fortement polarisé où la fusion de la Droite et de l'Extrême-Droite est fortement avancée, alors que l'éclatement des gauches est maximal (du fait notamment des polémiques entretenues par LFI et la droite du PS). Il en découle que le centre apparaît comme le lieu-refuge d'un vote utile contre cette Union des Droites conquérante. Ce qui donne au candidat du centre le plus habile davantage de chance qu'à un Mélenchon cornérisé par son image extrémiste fortement ancrée depuis plusieurs années.
Cette nouveauté politique sera bien entendu déniée par une base dont le comportement sectaire et agressif habituel sera conforté au contraire par cette contrariété du réel.
Face à ce scénario du pire pour les gauches qui se profile, la perplexité des militants est au plus fort.
Nous devons imaginer un contre-scénario du moins pire dans lequel préserver les forces vives de la société solidaire et écologique que nous voulons. Pour cela, préparer des candidatures écologistes autonomes partout pour les législatives aura pour double fonction de conserver une visibilité publique du projet écologiste et un financement public de notre parti (assis rappelons-le sur le nombre de voix supérieures à 1% des exprimés dans les seules élections législatives et sur le nombre de parlementaires affiliés au parti).
Ce scénario du "moins pire" doit être à l'évidence complété par une candidature écologiste autonome à la présidentielle sans objectif de victoire mais avec le seul souci de porter notre message propre. Ce qui ne préjuge pas des "votes utiles" au 2d tour nécessaires à la défaite de l'Extrême-droite.