Les Verts 65 et la question des déchets, un bilan personnel

Publié le par Henri LOURDOU

Les Verts 65 et la question des déchets, un bilan personnel
Les Verts 65 et la question des déchets, un bilan personnel
Les Verts 65 et la question des déchets (1989-2026) :
Un bilan personnel.


 

L'interpellation d'un militant associatif concernant la non-dénonciation par Les Écologistes 65 de l'extension des consignes de tri à tous les emballages en tant que Cheval de Troie du renoncement à la réduction à la source des déchets ménagers...et donc notre "complicité avec le PS qui gère le SMTD et le projet d'incinérateur interdépartemental de Masseube qui en découle, m'amène à faire le bilan de notre action passée sur le sujet.

Je serai d'emblée très clair : ce bilan est celui d'un échec . Un échec silencieux dont je n'ai jamais jusqu'ici fait le bilan, tant il m'était douloureux de le faire.

Car cet échec met en cause un manque de lucidité et la relation privilégiée que j'ai entretenue avec mes deux mentors politiques , devenus des amis, Arlette Dubalen (1944-2012) et Michel Geoffre, depuis mon investissement dans le Groupe Local des Verts 65 en 2004.

1- L'héritage d'Arlette Dubalen (1989-2006)

Arlette a été conseillère municipale Verte de Tarbes de 1989 à 2008, dans la majorité de gauche jusqu'en 2001, avec une délégation à l'environnement entre 1995 et 2001. Elle a été également Conseillère régionale de 1995 à 1998 (dans le cadre du "tourniquet paritaire" des élu-es qui était alors notre règle, après Michel Geoffre en 1992-95).

Elle a alors mis en place la première collecte sélective des papiers-cartons sur la commune de Tarbes (loi Lalonde sur les déchets de 1992), puis créé l'association Récup'Actions en 1997 qui a mis en place des Ateliers Chantiers d'Insertion tournés vers la communauté des Gens du Voyage : collecte sélective en répondant aux marchés publics et friperie.

Elle a alors acquis la réputation d'une spécialiste des déchets et noué de nombreux contacts avec des élus de tout le département, représentés au CA de Récup'Actions. Elle a présidé Récup'Actions jusqu'en 2012, où elle était déléguée au CA par FNE 65.

C'est dans ce cadre qu'elle m'a introduit dans cet univers à travers l'association Grand Tarbes Ecologie qu'elle présidait, affiliée à FNE 65, et dont elle m'a transmis la présidence en 2006.


 

C'est à ce titre que j'ai participé assidument avec elle aux réunions de concertation avec les élus départementaux et la préfecture concernant la mise en place d'un Plan départemental des déchets ménagers et assimilés. L'ambition d'Arlette était que nous pesions, en tant qu'écologistes, sur le contenu et les grands choix de ce plan.

2-Les enjeux en 2006-2010

Les déchets ménagers en 2006 étaient enfouis dans deux décharges problématiques, à Lourdes-Mourles et à Bénac.

Tant le choix des sites que leur gestion posaient problème, et il était question dès lors de les fermer, avec toute la question de la réhabiliation des sites.

Il était donc urgent de trouver de nouvelles solutions . Nous avions alors, en tant qu'écologistes, deux lignes rouges : pas d'incinérateur (on sortait juste du scandale national de la dioxine à l'incinérateur de Gilly dans l'Isère), et pas d'externalisation du traitement en-dehors du département (principe de responsabilité du producteur de déchets pour inciter à la réduction).

Et nous portions bien sûr le message de la réduction à la source, du recyclage et de la réutilisation (les 3 R). Mais ce message ne répondait pas à l'urgence de trouver une solution immédiate de traitement répondant à la fermeture immédiate de l'un des sites départementaux d'enfouissement (Lourdes-Mourles) et prochaine de l'autre (Bénac).

Nous nous sommes alors laissé enfermer dans cette problématique. Arlette et moi avons plaidé pour la recherche d'un nouveau site d'enfouissement dans le département...dont personne ne voulait nulle part.

3-La fausse solution du PTMB (2010-2015)

C'est alors que le président du nouveau SMTD, Guy Poeydomenge, élu PS de Soues, a sorti de son chapeau (en fait celui de son directeur, d'ailleurs toujours en place...) un nouveau procédé : le Pré-Traitement Mécano-Biologique (PTMB) qui permettrait de séparer les biodéchets des autres déchets ménagers en les transformant en méthane et en compost, et de réduire fortement le volume des déchets résiduels.

Arlette a été tout de suite enthousiaste (elle avait porté un projet inabouti d'usine de méthanisation et était opposée au compostage individuel, porteur de nuisances olfactives selon elle)....et je l'ai suivie de façon qui m'est apparue par la suite, mais un peu tard, erronée.

En effet, ce projet dont la réalisation était prévue sur Bordères a été ardemment combattu par une association locale, l'Adrise, avec laquelle j'ai polémiqué publiquement en arguant que l'alternative était l'externalisation du traitement de nos déchets, et qu'il fallait plutôt se battre sur la sécurisation du projet.

Ce n'est que tardivement que je me suis rallié à la position de l'Adrise en m'appuyant sur la nouvelle loi Lambert de 2014 qui excluait explicitement tout traitement de ce type et imposait la mise en place d'une collecte séparative des biodéchets.

Le projet a donc été abandonné suite à sa condamnation au TA....et nos déchets ménagers ont été traités à l'extérieur du département (enfouissement, et surtout incinération, moins chère en raison du taux plus bas de la TGAP, Taxe Générale sur les Activités Polluantes, dans divers sites, dont l'incinérateur géant du Mirail à Toulouse). C'est à ce moment-là que Poeydomenge, désavoué par ses pairs, a été remplacé par Philippe Baubay, devenu depuis maire de Séméac et Conseiller Régional PS, à la présidence du SMTD.

4-La mise en place des 3 R (Réduire, Recycler, Réutiliser)

À côté de cela, j'ai continué à militer pour les 3 R dans le cadre d'une coordination interassociative à l'occasion notamment des Semaines Européennes de Réduction des Déchets (SERD) : voir doc ci-joint. Nous avons plaidé notamment avec succès auprès de la préfecture pour l'application de la loi Grenelle qui prévoyait la mise en place de plateformes de déballage dans les hypermarchés.

Nos campagnes ont ensuite été relayées par les Syndicats de collecte, notamment le Symat, qui ont mis en place un service dédié et la distribution de composteurs. Puis supplantées par une asso liée aux élus (Z'héros déchets, basée à Séméac) qui a mis en place un Festival Zéro Déchet.

Récup'Actions a créé la 1e recyclerie du département, en partenariat avec le Symat. Mais notre investissement dans son CA après la disparition d'Arlette (moi pour GTE, Cécile au titre de la Cimade et Guy au titre de FNE 65) n'a pas empêché son évolution vers une dérive gestionnaire (partenariat avec Vinci pour la collecte et le traitement des D3E, tardivement abandonnée depuis peu, recrutement et gestion de plus en plus formatés par les commandes de l'Etat... Nous avons tous trois quitté le CA et passé la main à d'autres, non membres des Ecologistes).

5-État des lieux et perspectives

Le GL EELV puis Les Écologistes n'est plus intervenu publiquement sur la question des déchets depuis près de dix ans.

En effet, nous devons constater notre incapacité à peser sur les choix des élus, qui ont habilement emballé le choix de l'incinération avec la novlangue managériale (on ne parle plus de déchets non recyclables mais de Combustibles Solides de Récupération abrégés en CSR, et plus d'incinérateur mais d'Unité de Valorisation Énergétique abrégée en UVE) et éloigné les enjeux en construisant un partenariat avec le Gers et le Comminges pour une future installation de traitement située hors du département, à Masseube dans le Gers, associée à un nouveau Centre de Tri.

Rétrospectivement, notre erreur me semble avoir été d'avoir voulu apparaître comme "responsables" dans nos prises de position, alors que nous n'avions plus de responsabilité d'élus (de 2008 à 2014 j'étais le seul élu écolo de Tarbes, dans l'opposition, et nous n'avons plus eu d'élu à Tarbes depuis).

Nous aurions dû au contraire continuer à marteler le message des 3 R avec un discours de rupture plus clairement opposé à la gestion des élus en place.

Avec la limite que ce discours n'est pas immédiatement performatif et n'a de valeur que dans la nécessaire évolution des regards sur la question des déchets. Question qui n'est  qu'un élément de notre critique du productivisme-consumérisme qui continue chaque jour à nous rapprocher de l'effondrement, que nous souhaitons éviter, de notre société.

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