Déni écologique et violence
Dans son entretien pour le podcast du "Monde" "Chaleur humaine" consacré à des entretiens autour du réchauffement global, la philosophe et psychanalyste Cynthia FLEURY met un point nécessaire sur les "i".
Elle pronostique, avec raison me semble-t-il, que nous aurons du mal à faire l'économie d'un moment de vérité violent face au déni collectif d'une nécessaire remise en cause de nos modes de vie irresponsables.
Voici exactement ce qu'elle en dit : "Il nous faut aujourd'hui construire un progrès qui ne soit pas celui avec lequel nous avons fonctionné ces quatre-vingt dernières années. Est-ce qu'on peut forcer les gens à faire quelque chose qu'ils ne veulent pas faire ? Oui, si vous avez les armes pour ça, ça s'appelle un régime autoritaire, et c'est peut-être ce qui est devant nous – de nouveau.
En revanche, si vous êtes dans un État de droit et que vous considérez que le consentement des populations est une des questions-clés, vous travaillez alors avec des systèmes plus complexes, plus déceptifs, plus insuffisants. Votre oncle continue de partir en voyage, alors que vous, vous essayez d'être dans quelque chose de plus contraignant, et c'est tout ça qui fait une démocratie. Comment faîtes-vous pour ne pas vous polariser ? Vous continuez de démontrer, d'avancer les charges de la preuve scientifique.
Or, vous voyez bien que ce n'est pas parce qu'on explique théoriquement les choses et qu'on essaye de les démontrer par la preuve scientifique que cela fonctionne. Ce sera donc violent à un moment. On ne sait pas quand, d'ici cinq à quinze ans, ni où, mais c'est ce qu'il va se passer. Parce qu'il y a une telle résistance à la vérité, à l'obligation de transformation que cela se fera par une certaine forme de violence."
Plus loin, elle ajoute : "La question, pour moi, c'est plutôt comment faire pour qu'on n'en passe pas que par là."
Et elle parle de "négociation", de "transformation des comportements par l'éducation".
Je retrouve-là toute la réflexion que je mène sur les effets pervers de la violence et sur l'importance d'exercer des rapports de force par d'autres moyens en développant des coalitions larges et improbables. Une réflexion que je retrouve dans ma lecture en cours de l'histoire politique d'ACT UP New York par Sarah SHULMAN, dont je rendrai compte prochainement dans "Le mois des Fiertés", le défi lecture annuel d'Anne-Yes.
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