Affronter la réalité du risque nucléaire

Publié le par Henri LOURDOU

Le Canard enchaîné du 22 avril 2026, article de Jean-Luc PORQUET.
Le Canard enchaîné du 22 avril 2026, article de Jean-Luc PORQUET.
Le Canard enchaîné du 22 avril 2026, article de Jean-Luc PORQUET.

Le Canard enchaîné du 22 avril 2026, article de Jean-Luc PORQUET.

Affronter la réalité du risque nucléaire :
un défi difficile à relever.


 

40 ans après Tchernobyl, 15 ans après Fukushima, il est toujours aussi difficile de prendre réellement la mesure du risque nucléaire.

Il y a en effet un refus de voir ce qu'il représente réellement. Refus assez général et en partie compréhensible, puisque même les personnes sensibilisées depuis longtemps à ce risque, comme je le suis, ont du mal à lire les effets réels de ce qu'a été la catastrophe de Tchernobyl.

C'est l'expérience que j'éprouve à la lecture du livre de témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch dix ans après l'accident de Tchernobyl. Ce livre est présent dans ma bibliothèque depuis longtemps, après que j'ai mis aussi longtemps à l'acquérir. Mais c'est seulement maintenant que je me suis décidé à le lire. Et cette lecture s'avère tellement difficile que je la fractionne au maximum en intercalant d'autres lectures. Cela est facilité par la structure du livre, découpé en témoignages distincts, écrits selon la méthode habituelle à Alexievitch en récits subjectifs reconstitués par ses soins en un seul tenant. Cela crée un puissant sentiment d'identification au récitant qui ne peut, me semble-t-il, laisser personne indifférent. L'effet second de cela est une charge émotionnelle difficile parfois à supporter. Les récits sont cependant inégalement pathétiques ce qui permet de souffler. Toutes ces voix sont cependant convergentes dans la description d'une vraie catastrophe et de son caractère inédit et incommensurable.

Que ce soient les vieilles personnes revenues vivre dans la zone interdite ou les jeunes, en particuliers les femmes de "liquidateurs" ou les "liquidateurs" survivants, toutes et tous sont dépassés par cette réalité invisible et impalpable de rayonnements ionisants destructeurs. Qu'ils en nient les effets, comme les vieux clandestins revenus vivre dans leurs maisonnettes pour y refaire leur jardin et s'occuper de leurs bêtes, ou qu'ils en constatent avec effroi la réalité (mort d'un conjoint, de collègues, malformation d'un enfant), ils sont toutes et tous confrontés à de l'inédit et du difficilement pensable.

En cela, ils ne sont guère aidés par des autorités pratiquant avec cynisme la minoration des faits et se défaussant au maximum de toute responsabilité.

C'est ce que documente la représentante du groupe des plaignants du procès civil à Osaka contre l'Etat japonais Akiko Morimatsu dans le bulletin n°109 "Sortir du nucléaire" sous le titre "Vivre à l'abri de l'exposition aux radiations : un droit humain fondamental" (p 20).

Car à Fukushima aussi, les conséquences de l'accident ont été minorées et les personnes déplacées ont du mal à faire valoir leurs droits.

Aujourd'hui le lobby nucléaire et ses alliés (parfois se réclamant de l'écologie comme JM Jancovici) pousse à réinvestir massivement dans cette industrie à haut risque au mépris de ce que continuent à vivre toutes les victimes de ces deux catastrophes.

Se confronter à leurs témoignages, si durs à lire soient-ils, est donc un défi qu'il convient de relever. On ne peut en faire l'économie dans la balance des coûts et avantages du nucléaire.

Tout comme on ne peut faire l'économie d'une solidarité avec ces victimes persistantes d'une catastrophe qui sera très longue à solder.

Publié dans Histoire, écologie, politique

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