Résister au fascisme sans déni climatique et donc social
Intéressants décalages cognitifs ce matin du 30 avril 2026.
Lisant "Le Monde" du jour, je lis deux chroniques juxtaposées au contenu apparemment contradictoire. Celle de l'historien Jean-Baptiste FRESSOZ fait apparaître la nécessité objective de hiérarchiser les usages de l'énergie en prenant l'exemple de la pénurie d'essence de 1920 sur la côte Ouest des Etats-Unis, traitées par les compagnies par un rationnement priorisant les usages liés à l'alimentation. Il met cela en relation avec les émeutes de la faim déclenchées par le doublement du prix du pétrole en 2008, en raison du traitement de la pénurie uniquement par les prix (je résume : voir l"article). Sa conclusion est que notre alimentation, comme il est dit dans son titre, est toujours plus dépendante des énergies fossiles. Ce qui ne peut que nous engager à sortir d'une telle dépendance en pratiquant tout d'abord le rationnement de ces énergies.
À côté de sa chronique, un compte-rendu de livre nous plonge dans une autre dimension. Le jeune auteur de "La prospérité retrouvée. Les leviers de la croissance au XXIe siècle", Antonin Bergeaud, nous engage, lui, à investir dans la productivité pour sauver la croissance européenne grâce à une action publique centrée sur le financement des projets innovants : ce qui pose bien sûr la question "Où trouver l'argent ?" L'auteur du compte rendu n'est pas dupe : malgré la prudence du propos d'Antonin Bergeaud, il est clair que c'est du côté des "dépenses sociales et environnementales" qu'il louche. On ne saurait, chacun le sait, "avoir le beurre et l'argent du beurre". Devons-nous donc, comme précédemment avec le rationnement de l'énergie fossile, accepter des sacrifices, et lesquels, pour sauver l'essentiel et assurer l'avenir ?
Ce n'est assurément pas une question que le RN est prêt à poser. Son tract, distribué ce matin au marché, nous assène des "solutions" très simples : face à la hausse du prix des carburants, il suffit de baisser les taxes qui ne font qu'"enrichir l'État" (une dette publique : où ça ? Jamais entendu parler !). Mais comme il y aura quand même un peu de manque à gagner, il suffira de "faire la chasse aux mauvaises dépenses : immigration, contribution nette au budget de l'Union européenne, train de vie de l'État, etc." Dans ce catalogue de démagogie pure, j'apprécie particulièrement ce "etc" qui suggère une liste indéfinie de "mauvaises dépenses de l'État à éviter".
Je me suis posé la question de ce qui pouvait faire le succès de ce genre de "remède" auprès de 35% au moins de nos concitoyen-nes.
Une réponse au moins me semble importante à traiter : c'est le déni climatique qui accompagne et garantit un tel succès (en plus du déni budgétaire et comptable évident, et de la cécité face aux vrais bénéficiaires de l'enrichissement, les multimilliardaires auxquels le RN ne s'attaque jamais).
Car il ne suffit pas en effet de dénoncer la cécité face à l'enrichissement des plus riches et la fantaisie budgétaire des "solutions" du RN.
Il faut également faire face à l'urgence climatique et environnementale qui détruit d'abord les conditions d'existence des plus pauvres.
Or, y faire face passe en effet par des choix de priorités qui se traduisent par une remise en cause partielle de nos modes de vie et de consommation. En résumé : se nourrir avant de se déplacer où et quand on veut, se loger avant de spéculer, se soigner avant de se faire beau ou belle et d'apparence éternellement jeune.
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