QIU Xiaolong L'insaisissable Monsieur X
Cette dernière en date des enquêtes de l'inspecteur CHEN Cao, devenu le directeur CHEN, par la grâce d'une promotion-placard dont le régime communiste chinois a le secret, nous renvoie à un quartier traditionnel de Shanghaï déjà souvent évoqué par l'auteur, qui en est originaire, la cité de la Poussière rouge.
J'ai allusivement déjà évoqué cette série policière, initiée en 2000 avec "Mort d'une héroïne rouge".
QIU Xiaolong, a mis beaucoup de lui dans son personnage : poète, traducteur et spécialiste de T.S.Eliot, né vers 1953 à Shanghaï. Mais à l'inverse de son personnage, QIU a quitté la Chine en 1989, lors de la répression du mouvement étudiant de Tian'anmen, à la faveur de son séjour aux Etats-Unis où il poursuivait ses recherches sur T.S.Eliot.
Ces circonstances, jamais évoquées jusque-là dans ses livres, car il retournait régulièrement en Chine jusqu'à la réaction autoritaire initiée par XI Jinping à partir de 2012, réapparaissent dans ce dernier ouvrage avec une longue dédicace d'abord en mémoire de son ami disparu ZHU Xiaohui (1952-2022) "qui a gardé jusqu'à la fin de sa vie une vision idéaliste de la Chine", et dont il a prêté le nom "au héros du présent roman, bien qu'il soit souvent abrégé en "X"." (p 7); puis "en hommage aussi à LIU Xiaobo (1955-2017), qui a réussi à infiltrer la Conférence des jeunes écrivains chinois, décrite dans les pages qui suivent, en 1989. C'est moi qui l'ai accueilli à l'époque, en dépit de sa présence sur la liste noire du gouvernement.Nus avons longuement discuté à l'hôtel, de littérature et de critique littéraire. Certains auteurs invités l'évitaient comme la peste." (ibid.)
De fait cette nouvelle enquête policière sur le meurtre d'un intellectuel réprouvé, transformé en diseur de bonne aventure, sert à expier les regrets de CHEN, qui sont aussi on le comprend ceux de l'auteur sur son manque de courage oppositionnel en 1989 (il évoque cette période cependant en 2016, dans le petit supplément à "Il était une fois l'inspecteur Chen" publié sous le titre "Il était une fois QIU Xiaolong"). L'histoire est entrecoupée de poèmes, comme souvent chez QIU, mettant en vis-à-vis une oeuvre traditionnelle de la période Tang (8e au 11e siècle) et une oeuvre de CHEN, dont beaucoup sont liées explicitement à "la tragédie de Tian'anmen du 4 juin 1989", une date proscrite de la mémoire officielle par le régime.
"X" donc a été proscrit pour avoir refusé de se rétracter sur le qualificatif de "fasciste" qu'il avait attribué publiquement et préventivement à la répression du mouvement étudiant de mai-juin 1989. Chassé de l'Université, sans emploi et sans domicile, il s'installe dans une chambrette de la Cité de la Poussière Rouge et y entame une carrière laborieuse de "médium".
Sa disparition, le recours par une riche promoteuse immobilière à une "agence de conseil" dans laquelle intervient le vieux policier retraité surnommé Le Vieux Chasseur, père de l'ex-collègue de CHEN, et donc le recours non-officiel à ce dernier fournissent l'intrigue de ce roman.
Comme d'habitude, il nous fait découvrir les problèmes sociaux du moment et le contexte politique. Une incitation aussi à lire ou relire les autres romans de la série, notamment les plus récents.
NB Une recherche en ligne sur ZHU Xiaohui n'a rien donné...
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