Culture gasconne et néonazisme
Heureusement, le nazisme reste encore une idéologie mal vue, et donc ses partisans continuent à faire profil bas.
Il n'en demeure pas moins que ceux-ci se recrutent de plus en plus facilement à la faveur du confusionnisme ambiant.
Ainsi, le groupe de folk métal gascon Boisson divine vient de de se trouver au centre d'une polémique ayant abouti à sa déprogrammation d'un festival de métal qui doit se tenir le 30 mai à Mont de Marsan.
La presse locale, qui en rend compte, se montre très prudente sur le sujet, malgré le dossier "bien documenté" fourni par le collectif Antifasciste des Landes :
Comme elle ne cite pas le contenu du dossier, en voici quelques extraits transmis par une camarade :
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le chanteur et guitariste du groupe a invité dans son domaine viticole un Youtubeur ancien des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (ultradroite paramilitaire) qui a tourné chez lui. Il a aussi collaboré à un projet de split musical dont la mascotte est un rat muni d’une batte de baseball (référence au GUD)
- Une de leur musique est utilisée par Papacito (Youtubeur d’extrême droite condamné pour incitation à la violence et propos homophobes)
- Le bassiste a le soleil noir (symbole lié aux SS utilisé par les groupuscules neonazis) tatoué en grand sur le coude.
- Le sonneur porte sur les photos publiées un écusson Kommando Peste Noire (groupe de la scène National Socialist Black Métal).
- 3 poèmes d’un militant conspirationniste d’extrême droite proche de l’OAS et élu au Front National entre 86 et 92 sont mis en musique sur leur 3ème album.
- Les albums sont vendus par deux sites identitaires.
J'ai voulu aller plus loin que ces faits anecdotiques en analysant les paroles des chansons de leur premier album, enregistré en 2012.
Intitulé "Enradigats" ("Enracinés"), il annonce dès son titre une certaine couleur : cette mythologie des "racines", nous la connaissons trop bien pour ne pas y voir déjà une forme de nationalisme excluant et exclusif.
Cette conception mythique et guerrière de la Gascogne est amplement démontrée par les paroles des deux premiers titres (reproduites ci-dessus).
Si le premier s'inspire des fameux Cadets de Gascogne, popularisés par la pièce d'Edmond Rostand "Cyrano de Bergerac", il appuie sans aucun recul sur l'aspect guerrier de leur engagement à côté de l'aspect de nostalgie de la terre natale, avec une apologie de la gloire, des honneurs et de la victoire non contextualisés ni dénoncés, comme l'auraient fait les premiers auteurs du renouveau occitan des années 70. Car qu'étaient les Cadets de Gascogne sinon des mercenaires du pouvoir royal colonisateur entre autres de l'Occitanie ?
Cette absence de recul s'aggrave avec le deuxième titre qui prodigue une apologie guerrière de la Gascogne, totalement mythologique et fanfaronne, qui accumule les clichés identitaires.
Ainsi la conclusion s'impose : dès 2012, le ver nazifiant était dans le fruit.
Si l'on ajoute à cela le côté musical très assourdissant du "métal", une musique très prisée dans ces milieux adeptes de la violence, on peut comprendre la dérive de ce groupe.
Et tout cela malgré (ou plutôt à cause) de son aspect terroir local en apparence inoffensif, reprenant certains éléments de folklore et de pratiques anodines comme le rugby, la fête alcoolisée, l'agriculture et le pastoralisme...
Il y a bien là une forme de confusion entretenue entre la culture locale, le retour à la langue d'óc et le repli identitaire xénophobe, lgbtqiphobe, raciste et violent de la mouvance identitaire, qui faisait dire à un acteur culturel de la mouvance occitaniste que ces "rumeurs" autour de "Boisson divine" lui "prenaient la tête" car il ne souhaitait pas s'occuper de "politique".
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