Bifurcation écologique : est-il trop tard ?
J'ai déjà parlé à plusieurs reprises de "bifurcation écologique" dans ce blog. En résumé, de la nécessité de modifier profondément nos modes de vie et de consommation pour être à la hauteur de l'enjeu climatique.
L'article du "Monde" du 22-4-26 intitulé "Climat : faut-il oublier l'objectif de limitation à + 1,5° C ?" pose à nouveau la question de l'opérabilité d'un tel mot d'ordre.
Bien que l'article appelé à la "une" de ce numéro et placé à côté de celui-ci cultive une forme d'optimisme ("L'essor fulgurant des énergies renouvelables"), celui-ci commence par faire état du scepticisme généralisé concernant l'atteinte possible de l'objectif haut de "l'accord de Paris" de 2015 consistant à limiter le réchauffement global à +1,5°C.
Or, le contexte de guerre au Moyen Orient pose la question d'une possible accélération de la transition énergétique conformément à l'analyse de Michael Mehling, directeur adjoint du Centre de recherches énergétiques et environnementales du Massachusetts Institute of Technology (M.I.T), selon lequel si "certaines politiques ont eu un impact considérable dans l'histoire (...) globalement, c'est surtout le développement technologique et les chocs énergétiques qui ont été déterminants et qui ont fait pencher la balance."
Cependant, l'article n'écarte pas non plus l'hypothèse que ce contexte puisse au contraire freiner la transition énergétique. Au surplus, il rappelle opportunément que "la focalisation sur l'énergie exclut une série d'enjeux majeurs : la maîtrise de la demande par la sobriété, la lutte contre la déforestation et la détérioration des puits de carbone, ou encore la limitation des émissions de méthane liées à l'élevage." Il faudrait y ajouter l'effondrement de la biodiversité, dont Marc-André Sélosse nous rappelle le rôle capital et son lien avec l'industrialisation de l'agriculture.
Au final, si l'abandon de cet objectif des +1,5°C n'est pas souhaitable, pour toutes les raisons rappelées à la fin de l'article (rôle normatif et donc juridique permettant des recours en justice, référence scientifique pilotant la recherche), la position juste me semble toujours être que tous les gestes comptent face à l'urgence.
Et cela même si, comme il est d'ailleurs stipulé dans l'accord de Paris, nous avons des responsabilités communes mais différenciées face à l'enjeu climatique.
Il n'est donc pas trop tard pour agir.
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