L'honneur retrouvé de la Justice française ?

Publié le par Henri LOURDOU

L'honneur retrouvé de la Justice française ?
L'honneur retrouvé de la Justice ?
À propos de la condamnation d'un policier meurtrier.


 

Six ans après les faits, un policier auteur d'un tir mortel sur Olivio Gomes , 28 ans, au volant de sa voiture dans la soirée du 17 octobre 2020 à Poissy (Yvelines), vient d'être condamné par la Cour d'assises de Versailles à dix ans de réclusion pour meurtre.

Le déroulement des débats avait pourtant montré une solidarité sans faille de ses collègues qui avaient justifié son geste par le refus d'obtempérer du conducteur suite à un excès de vitesse et des appels de phare du véhicule de police . La voiture de la Brigade Anti Criminalité l'avait suivi jusqu'en bas de chez lui où l'incident fatal s'est produit : le policier a surgi l'arme à la main et a pointé le chauffeur ce qui a provoqué chez lui un redémarrage brutal qui a entraîné trois coups de feu mortel.

Il se trouve qu'Olivio Gomes était noir, mais les policiers affirment que cet élément n'a joué aucun rôle dans l'affaire. Son seul tort était l'excès de vitesse initial et son refus d'obtempérer.

Les deux passagers d'Olivio Gomès , objets d'une enquête pour tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique ont vu l'enquête classée sans suite en mai 2024.

Cette tentative de pression sur deux témoins capitaux de l'affaire a donc tourné court.

Comme ont tourné court les témoignages des collègues du meurtrier affirmant que la procédure consistant à sortir son arme en cas de refus d'obtempérer était tout-à-fait normale et que les tirs auraient été déclenchés par la tentative d'Olivio Gomes d'écraser leur collègue, ce qui constitue un point de divergence avec les témoignages de ses passagers : selon eux il aurait au contraire contourné le policier.

Les jurés ont conclu de tous les éléments d'investigation mis à leur disposition que le policier n'avait pas agi "en état de légitime défense", et que ses tirs n'étaient "ni nécessaires, ni proportionnés". De plus son absence d'empathie pour la victime (père tranquille de trois enfants) et sa non-reconnaissance de la gravité des faits ont également pesé dans le verdict.

La réaction de l'avocat du condamné, spécialisé dans la défense des forces de sécurité, vaut aussi d'être citée : "C'est une nouvelle époque qui commence. On condamne à dix ans pour une erreur. Le problème c'est qu'on fait tous des erreurs, et la seule façon de ne pas en faire, c'est de ne plus rien faire, et demain, les policiers n'auront donc plus qu'une option : ne plus rien faire."

Cette menace de "grève du zèle" qu'on aurait plutôt attendue d'un syndicaliste policier, prononcée par un avocat laisse rêveur. Comme si les seules options des policiers étaient les bavures à répétition sur des personnes de couleur (car ce meurtre s'inscrit hélas dans une série d'impunités successives, point qui a aussi pesé dans les débats) ou l'arrêt de leur travail. Ne peut-on vraiment pas imaginer des scénarios intermédiaires ? Comme une police qui fait son travail sans céder aux pulsions racistes et à la toute-puissance permise par la possession d'armes létales.

Il est temps que des voix s'élèvent au sein de l'institution policière pour stopper ces dérives inquiétantes.

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