Comment combattre le fascisme ?
L'actualité hélas et le trouble qu'elle provoque au sein de la Gauche me poussent à revenir sur le sujet.
Trouble dans la Gauche
Il se manifeste de deux façons. D'une part le retard à l'allumage dans les réactions au meurtre de Quentin Deranque, militant néofasciste tabassé à mort par des antifas à Lyon le 13 février. D'autre part les anathèmes respectifs lancés par les pro et les anti-LFI qui ont amené à des mises en demeure ou des exclusives sur les alliances électorales pour les prochaines municipales dans les deux sens.
Concernant le premier aspect, on citera l'épisode malencontreux de la minute de silence observée à l'Assemblée nationale par l'ensemble des députés présents à la mémoire d'un militant néofasciste violent avéré (à l'exception notable, relevée par "Politis" de la députée "Horizons" Anne-Cécile Violland) à la demande de la présidente, mais avec l'assentiment de tous les président-es de groupes, y compris LFI. Mais ce "retard à l'allumage" des réflexes antifascistes s'observe ailleurs, y compris localement, par la rupture du "cordon sanitaire" autour de listes UDR-RN par exemple, traitées comme des listes "normales" par des collectifs ou associations.
Concernant le second, on voit bien l'occasion saisie par tous les anti-LFI de gauche (en premier lieu Glucksmann et Hollande et leurs épigones) d'appeler à exclure absolument toute alliance avec ce parti, mais aussi les échos qu'a ce discours chez certains électeurs de base localement.
Et derrière ce double trouble se développe un débat biaisé sur l'antifascisme, opposant l'auto-nommé "antifascisme de rue" (symbolisé par l'ex-association mise en cause à Lyon "La Jeune Garde") et un antifascisme inversé renvoyant dos à dos "les extrêmes" faisant de LFI les "nouveaux fascistes".
Sortir de ce faux débat est l'objet de ce texte.
Nous ne sommes pas en 1934
L'Histoire est indispensable en politique, mais elle peut induire en erreur. En singeant l'antifascisme des années 30, "La Jeune Garde" et tous ses épigones ont commis une lourde erreur politique.
Le coeur du nouveau fascisme n'est pas dans les manifestations violentes des goupuscules d'ultradroite, car la violence ouverte n'occupe plus la même place dans nos sociétés que dans les années 30. Alors banale, elle est aujourd'hui très largement condamnée : d'où l'effet majeur produit par la "bavure de Lyon". Sa manipulation par les médias et les réseaux sociaux n'auraient pas eu un tel effet sans cela. L'autodéfense contre les violences d'ultradroite a connu une dérive mimétique dont les effets étaient pourtant prévisibles : mettre la violence antifa sur le même plan que la violence fasciste. La "bavure de Lyon" en a été l'occasion rêvée. Il ne sert donc à rien de s'indigner de la manipulation de nos ennemis. Il serait plutôt préférable de s'interroger sur une façon plus efficace de combattre le fascisme que de créer des milices antifas.
Comment retourner le stigmate
Tel est le problème qui nous est aujourd'hui posé. Nous devons partir d'une situation nouvelle où la dédiabolisation du RN est plus efficace que jamais, et où, à l'inverse, LFI est enfermée dans une image diabolisée, dans laquelle ses leaders semblent se complaire et encourager leurs supporters à élever des barrières autour d'eux en dénonçant les autres composantes de la Gauche et de l'antifascisme à reconstruire.
Pour cela un premier principe est à poser : refuser la diabolisation de LFI en ne validant pas le discours qui la porte. C'est une action d'abstention dans la marée anti-LFI qui déferle actuellement qui doit s'imposer à tous-tes à gauche et dans le camp antifasciste plus largement. Refuser de hurler avec les loups relève d'une hygiène minimale.
Mais au-delà, nous devons trouver les moyens de restaurer un débat démocratique digne de ce nom. Puis instruire le procès du nouveau fascisme en en faisant la promotion médiatique réussie.
Donc commencer par rétablir les faits en refusant de céder au commentaire perpétuel des punchlines des uns et des autres. La question de la "faitdiversisation" du débat politique relevée depuis longtemps par l'historien Gérard Noiriel est au coeur de la problématique. Il y revient d'ailleurs dans une tribune du "Monde" daté 28-2-26 en la mettant en relation avec l'effondrement du rôle des partis et organisations de masse accompagnant le passage de la "démocratie de partis" à la "démocratie du public" diagnostiquée par le théoricien libéral Bernard Manin dès 1995. Cela va de pair avec l'essor de l'industrie des sondages, et s'est renforcé avec celui des réseaux sociaux comme vecteurs d'information.
Pour cela, il faut commencer, comme il le suggère, par lire les programmes des partis et en faire connaître le contenu pour le mettre en vis-à-vis des déclarations de leurs leaders.
Ensuite, examiner les actes de ces partis lorsqu'ils exercent le pouvoir. Et c'est bien le cas de certaines mairies aujourd'hui aux mains du RN et de ses alliés.
Ce travail, il est urgent de le mettre en priorité dans nos agendas. Et de savoir le médiatiser au mieux dans un contexte où les algorithmes simplificateurs et polarisants dictent leur loi.
Post Scriptum : Ecrit avant les dernières saillies à connotation antisémite de Mélenchon et la découverte de la stratégie du champ de ruines des dirigeants LFI, cet article est désormais dépassé sur le point du rapport à LFI; nous sommes entrés dans une nouvelle période hélas !
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