Répression anti-écolo : une vue en perspective

Publié le par Henri LOURDOU

Répression anti-écolo : une vue en perspective
Répression anti-écolo : une vue en perspective
Répression anti-écolo :
Une vue en perspective.


 

J'ai assisté ces temps derniers au spectacle "Non-lieu" sur les suites judiciaires de la mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014, et à la projection du film "Plogoff. Des pierres contre des fusils"  centré sur l'enquête d'utilité publique du projet de centrale nucléaire en janvier-février 1980. J'avais également en tête la répression violente de la manifestation de Sainte Soline contre les projets de mégabassines en 2023, et les affrontements sur le chantier de l'autoroute A69.

À cela s'est ajoutée la lecture de deux articles du magazine du "Monde", "M", du 10 janvier sur "Les archivistes des procès des activistes écolos" et sur "Des journalistes empêchés d'enquêter en Bretagne".

De tout cela, je retire tout d'abord le sentiment d'une nette évolution dans la relation entre manifestants et forces de l'ordre, très documentée dans le film sur Plogoff. Un film dont on se dit qu'il ne pourrait plus être tourné aujourd'hui : la caméra en effet circule apparemment de façon très libre parmi les forces de l'ordre, souvent juste à l'arrière de leur action, dont on voit assez clairement le déroulement. Par ailleurs, la population, souvent des femmes, parle abondamment avec ces gardes mobiles chargés de protéger les algécos où l'enquête publique a dû se réfugier en raison de la fermeture des mairies.

Si la violence n'est pas absente à Plogoff, elle reste en quelque sorte rudimentaire : pierres contre gaz lacrymogènes et matraques. Les blessures restent superficielles. Les arrestations débouchent sur des procès qui se terminent par des acquittements.

On mesure ainsi le chemin parcouru avec l'équipement des forces de l'ordre avec de véritables armes de guerre, la mise à l'écart des journalistes et les procès devenus beaucoup plus systématiques et aux verdicts plus lourds.

Le drame de Sivens marque un tournant, avec une mort de manifestant, dont les suites judiciaires ne peuvent satisfaire les esprits épris de vérité et de justice.

Il faut cependant ajouter la mort de Vital Michalon à Malville en 1977, lors d'une manifestation très violente contre le projet de surgénérateur nucléaire, abandonné comme Plogoff mais non pas en 1981 mais en 1997.

À cette exception-près, la répression anti-écolo avait marqué le pas jusqu'aux affrontements de 2012 sur le site de Notre-Dame-des-Landes. Elle avait connu une pause après 2014 (Sivens), mais repris depuis 2022 avec l'affaire des mégabassines.

L'association MSDE (mouvement de soutien aux défenseurs de l'environnement), créée en octobre 2023, s'est centrée sur la documentation des procès intentés à des activistes de l'écologie. Elle a couvert ainsi 89 procès depuis cette date nous dit l'article de "M". Il en ressort, indépendamment de la répression policière sur le terrain, un durcissement des peines prononcées, qui s'ajoute aux observations du rapporteur spécial de l'ONU sur les défenseurs de l'environnement, Michel FORST, qui "s'inquiète du niveau de "la répression de la police française envers ces militants" qu'il juge "la plus violente et insupportable de l'Europe de l'Ouest.""

Par ailleurs, s'il juge que depuis quelques mois la répression judiciaire s'est "relativement mesurée, avec davantage de relaxes et des peines moins sévères en appel que dans d'autres pays , comme le Royaume Uni", il juge néanmoins que "le système français privilégie une approche d'épuisement progressif par accumulation de procédures, de condamnations successives, d'amendes qui s'additionnent." ("M", 10-1-26, p 23)

Mais à cela s'ajoute hélas la pression sur les journalistes désireux d'enquêter sur les scandales environnementaux. On commence à savoir ce qu'il en est en Bretagne, région-phare du productivisme agricole. Et c'est malheureusement confirmé par un autre article de "M" consacré au site indépendant "Splann !" interdit de conférence de presse par le président du Conseil départemental du Finistère, et objet, comme de nombreux organes indépendants, de procédures-bâillons visant à handicaper leur activité.

Au final, l'écolobacklash n'est pas seulement de l'ordre du discours politique, c'est aussi une réalité matérielle très lourde qui pose la question d'une riposte à la hauteur de l'attaque.

Une question à laquelle il n'existe actuellement que des réponses faibles et dispersées.

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