Bernard LAHIRE Savoir ou périr...et quelques autres

Publié le par Henri LOURDOU

Bernard LAHIRE Savoir ou périr...et quelques autres
Bernard LAHIRE Savoir ou périr...et quelques autres
Bernard LAHIRE Savoir ou périr...et quelques autres
Bernard LAHIRE
Savoir ou périr
Seuil Libelle , août 2025, 86 p.
Survivre et vivre
Anthologie coordonnée par Céline PESSIS, L'échappée poche, 4e trim 2025, 416 p.
Jeanne MERMET
Désertons
Wildproject-Les Liens qui Libèrent, septembre 2025, 172 p.


 

Voici trois livres qui se complètent en posant la même question : le temps n'est-il pas venu d'une nouvelle remise en cause radicale de notre système d'enseignement et de recherche ?

J'appartiens à une génération qui a vécu les remises en cause radicales des années 70, et qui a échoué à les prolonger et les fortifier.

J'ai lu dans mon jeune temps quelques numéros du fanzine "Survivre et vivre" (1970-1975) qui remettait radicalement en question le système scientifique et qui fut l'un des creusets intellectuels du mouvement écologiste.

Devenu enseignant, j'ai vécu dans une perpétuelle dissonance cognitive un métier que j'ai subi plus que maîtrisé, en m'adaptant comme j'ai pu à un système que je réprouvais et dont j"ai cherché, en vain, à réformer le fonctionnement délétère, tout en me faisant doucement aspirer par l'évaluationnite qui le caractérise. Devenu une machine à évaluer, je n'ai que fugitivement pu éprouver le plaisir d'enseigner. Le bilan est pour moi clairement négatif. Et c'est aussi celui, collectif, de tous ceux et celles qui ont cédé au miroir aux alouettes d'un réformisme axé sur "une autre façon d'évaluer", alors qu'il aurait fallu radicalement remettre en cause la culture-même de l'évaluation permanente. Comble de la perversion, nous avons même adhéré un temps au principe d'une "évaluation continue" censé rompre avec celui de "l'évaluation terminale" jugé trop stressante !

Bernard LAHIRE commence par remettre clairement les pendules à l'heure : notre système d'enseignement tue la curiosité naturelle des élèves à coup de programmes surchargés, d'obsession de l'évaluation et de la compétition, de manque de temps et de moyens.

Et il met cela en perspective de façon très convaincante en replaçant la question du savoir dans le cadre de l'adaptation du vivant à son environnement.

Son histoire cavalière de la place de la science et de l'enseignement dans les sociétés humaines est très convaincante. Et elle aboutit au jugement suivant : nos sociétés sont en train de tuer la capacité des générations futures à faire face aux défis environnementaux. Et cela commence dans notre système d'enseignement, prolongé par notre système de recherche.

Face à cela une véritable révolution est nécessaire.

Elle passe par la remise en cause radicale du système en place, reflet des exigences d'une économie guidée par le seul profit et le consumérisme sans limites.

Cette remise en cause est aujourd'hui heureusement portée par une partie de la nouvelle génération de diplômés, successeurs lointains des pionniers de Survivre et vivre.

C'est ce dont témoigne le livre roboratif de la "bifurqueuse" Jeanne MERMET, diplômée de Polytechnique, la plus réputée de nos "Grandes Ecoles". Aujourd'hui impliquée dans une association dédiée au partage et au soin de l'eau , elle a rompu, comme d'autres, qui se regroupent et échangent entre eux, avec le monde dominant du "business as usuel" et de la Science officielle.

Ce renouveau de la critique radicale est un petit espoir dans ce monde en voie d'effondrement accéléré. Il doit s'accompagner des nécessaires prolongements politiques qui seuls peuvent en mettre en oeuvre les conclusions.

Au passage, Bernard LAHIRE dédie son petit livre entre autres à la mémoire d'Alexandre Grothendieck, génial mathématicien, qu'il cite abondamment. Or celui-ci fut un des piliers de Survivre et vivre. Ce n'est pas par hasard.

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