A la recherche d'une gauche écologiste de gouvernement

Publié le par Henri LOURDOU

A la recherche d'une gauche écologiste de gouvernement
A la recherche d'une gauche écologiste de gouvernement
A la recherche d'une gauche écologiste de gouvernement
À la recherche d'une gauche écologiste de gouvernement.


 

À l'approche des élections présidentielles, les candidats potentiels se multiplient, et, chose notable, se présentent individuellement à travers des livres ou des interviews. J'ai ainsi noté, à travers des compte-rendus dans la presse, trois livres publiés respectivement par Marine Tondelier, Yannick Jadot et Cécile Duflot. La première est officiellement candidate à la candidature dans une primaire interne sans gros suspense ni intérêt manifeste au parti Les Écologistes. Le deuxième, à présent sénateur de Paris, fait part de ses réserves sur une stratégie trop centrée sur l'union bien fêlée qui a donné naissance au Nouveau Front Populaire, mais au-delà au véritable Front républicain qui s'est exprimé dans les urnes le 7 juillet 2024, et qui n'a eu aucun prolongement, jusqu'à présent , à l'Assemblée nationale. La troisième fait part, bien tardivement, de son bilan négatif de la gestion de la fin du mandat Hollande en critiquant sa propre sortie prématurée du gouvernement en avril 2014 et la polarisation qui s'en est ensuivi entre "frondeurs" et "vallsistes", avec la marginalisation des premiers et la préemption du "vallsisme" par Macron.

Et puis voici que Jean-Luc Mélenchon accepte de s'exprimer en-dehors du cercle de ses inconditionnels avec une interview à "Politis" du 20 novembre, dans un journal toujours adepte du rassemblement de la gauche et des écologistes.

Enfin, Delphine Batho, ancienne ministre de Hollande démissionnaire et actuelle députée et présidente de Génération Écologie, annonce, dans "Le Nouvel Obs" du 27-11, sa candidature à la présidentielle, ses raisons, et ses éléments de programme.

Rien n'est simple, et tout se complique. Il va falloir beaucoup d'attention et de réflexion pour tirer quelque chose de cette profusion d'expressions.


 

Jean-Luc Mélenchon a-t-il tout compris ?

C'est en tout cas l'impression qu'il veut donner. Son pari politique reste le même qu'en 2017 et 2022 : préempter le "vote utile" à gauche pour passer la barrière, jusqu'à présent infranchissable, du 1er tour. Pour cela, il méprise souverainement l'étape selon lui inutile et sans intérêt d'une "primaire" pour désigner un candidat unique. Et cela avec un argumentaire qu'il nourrit lui-même en tirant à vue sur ses partenaires (?) de gauche, pas fiables ou franchement hostiles après les avoir poussés à une hostilité aujourd'hui largement partagée par une partie notable de l'électorat. Il en rajoute d'ailleurs une couche avec des considérations géopolitiques sur la Chine qui laissent pantois. Je m'arrête sur celles-ci, car j'ai pris la peine de me documenter un peu en lisant l'excellent résumé fait par Alice Ekman (novembre 2023, 56 p.) sur "le grand rapprochement Chine-Russie". Il réduit à néant les affirmations faussement naïves de JLM concernant une supposée bonne volonté chinoise à promouvoir un ordre mondial démocratique et pacifique. Notons au passage cette affirmation proprement stupéfiante concernant la proposition par la Chine d'un traité mondial de désarmement nucléaire : JLM peut-il ignorer que ce traité, le Tian, existe déjà,...et que la Chine refuse toujours de le signer ? On éprouve à lire cela le pénible sentiment d'être pris pour des imbéciles.

Comment faire confiance à un tel personnage ? JLM semble pouvoir concourir, chez les situationnistes, s'il en existe encore, et au-delà de la présidentielle, au titre de "plus con des trotskystes pro-chinois".

Cela ne nous avance guère...

Et Delphine Batho alors ?

Son analyse de "l'effacement de l'écologie politique" mérite d'être lue. Je partage son point de vue sur la radicalisation des enjeux et la nécessaire prise en compte de la guerre en Europe (encore qu'elle ne précise pas assez sa position à ce sujet, du moins dans cette interview). Par contre je m'interroge sur le déficit de crédibilité des Écologistes sur les questions dites régaliennes, et surtout sur la réponse qu'elle propose d'y apporter. Il y a des ambigüités dans ses formules à l'emporte-pièce, qui ne relèvent pas toutes, à l'évidence, du format trop réduit de l'interview. Ces raccourcis ajoutent-ils de la crédibilité à son propos ? J'ai bien peur qu'au contraire ils ne suscitent crainte et suspicion et n'alimentent encore le moulin à prières de l'extrême-droite.

Elle ne dit rien de l'immigration en tant que telle, mais sa formule sur " la naïveté face à la montée de l'islamisme" me semble porter naturellement une forme de méfiance a priori qui nourrit la pseudo-fermeture des frontières et la vraie précarisation des exilé-es qui elle-même alimente le recrutement par les mafias du narco-trafic...que pourtant elle appelle à combattre résolument ! Inconséquence habituelle de la soi-disant gauche de gouvernement depuis longtemps.

Donc là encore, grosse déception.

Peut-on encore croire en la politique ?

Le positionnement actuel des Écologistes comme mouches du coche du rassemblement de la gauche me semble de plus en plus marginalisé par la logique politico-médiatique de l'opposition grandissante entre Mélenchon/LFI et Glucksmann/PS qui au passage évacue complètement l'enjeu écologique au profit de la géopolitique.

Rester ancré sur cet enjeu est donc crucial et demande sans doute un repositionnement , ce que Batho a bien vu. Dommage qu'elle accompagne cette vision juste d'un raccourci douteux sur la question migratoire qui en fait pourtant partie. À cet égard, la passionnante exposition temporaire "Migrations et climat" au Palais de la Porte Dorée à Paris est très démonstrative. J'en tirerai prochainement quelques données éclairantes.

Tirer tous les fils de la situation mondiale actuelle reste la clé d'un positionnement politique juste. Si la question des guerres est aujourd'hui incontournable, elle ne peut être abordée qu'en se défaisant de l'imaginaire productiviste/impérial/masculiniste qui entache les positionnements de la plupart des responsables politiques, y compris à gauche (comme on le voit avec Mélenchon qui joue l'alliance avec l'impérialisme chinois).

Seuls à mes yeux deux penseurs que j'aie lus récemment échappent à ce biais : Nicolas Tenzer et Asma Mhalla, qui, tous deux plaident pour une alliance des puissances moyennes attachées aux principes et valeurs du multilatéralisme onusien contre tous les impérialismes.

Mais cela suppose également un nouveau récit économique autour de la décroissance nécessaire pour échapper à l'enfer climatique.

Les Écologistes ont beaucoup de travail à faire pour se porter à la hauteur des enjeux. Et ainsi créer un nouvel élan démocratique.

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