Christine LE BOZEC Les femmes et la Révolution 1770-1830
Cette alerte synthèse illustre bien le propos de Michelle PERROT dans la réédition de son ouvrage "Les femmes ou les silences de l'Histoire" (1998 et 2020) : la multiplication des travaux récents d'historiens, souvent des historiennes, sur la place des femmes dans l'Histoire.
Ici donc, en l'occurrence, en France dans cette période charnière très discutée de la Grande Révolution, qui a donné lieu à des interprétations contradictoires.
L'une d'elle, fort discutée ici, oppose la liberté qu'auraient connues les femmes à la fin de l'Ancien Régime à la régression de cette liberté après la Révolution, symbolisée par le Code civil napoléonien qui fait de la femme une mineure sans aucun pouvoir.
Il semble s'avérer que les choses sont plus complexes que cela. Si un certain climat de liberté s'appliquait à une partie des femmes des classes privilégiées, et à certaines femmes du peuple dans le milieu urbain, et singulièrement parisien, la norme dominante, imposée en particulier par l'Eglise catholique, mais puisant à des racines plus profondes, maintenait la plupart des femmes dans une sujétion tatillonne au pouvoir masculin.
D'un autre côté, Christine LE BOZEC met en exergue l'existence d'un mouvement proto-féministe partie prenante de la vague de mobilisation populaire de 1789-93, avec une forme d'avant-garde radicalisée dont elle exhume les traces oubliées (elles ne se limitent pas à la personne, plus complexe qu'on ne l'a retenue, d'Olympe de Gouges, dont elle trace un portrait très nuancé : elle était monarchiste et girondine, au contraire des militantes les plus radicales de l'époque). Ce mouvement féministe naissant est cassé net dès 1795 par la contre-révolution thermidorienne qui renvoie les femmes dans leurs foyers et leur interdit toute action publique.
Cette faiblesse du féminisme naissant est également relié aux ambigüités des théoriciens et politiques républicains, asseyant un anti-féminisme de principe sur des principes aujourd'hui lunaires, à commencer par Rousseau. Le positionnement de ces derniers sur les droits des femmes est majoritairement hostile, et il faudra attendre longtemps avant que la majorité des "progressistes" les soutiennent enfin. Certains discours et arguments reproduits ici sont aussi hallucinants que les propos racistes de l'époque du colonialisme triomphant.
Les femmes émancipées devront longtemps biaiser ou euphémiser leurs positions pour pouvoir être lues ou acceptées dans la sphère publique réservée aux hommes. Une mise en perspective érudite et éclairante.
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