Asma MHALLA Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire
Cet ouvrage fortement pensé et bien écrit synthétise bien des intuitions déjà présentées sur ce blog autour de l'accélération, du confusionnisme, du désastre écologique et de la montée d'un nouveau fascisme international.
La décomposition de la gauche politique en cours (qu'exprime à merveille la dernière interview de JL Mélenchon dans "Politis" du 20-11 qui achève de nous persuader de son décalage complet avec les vrais enjeux d'aujourd'hui) fait partie du constat.
Il s'agit aujourd'hui de reconstruire une alternative démocratique, sociale et écologique au fascisme-simulacre qui s'installe sans vraie résistance, matérialisé par l'alliance-concurrence des trois impérialismes dominants, étatsunien, chinois et russe, sur les ruines d'un multilatéralisme onusien vidé de sa substance. Cette alternative partira des sociétés civiles et s'appuiera sur l'alliance des puissances moyennes encore démocratiques pour resubstantialiser l'ONU et s'opposer aux trois impérialismes dominants et à leurs sous-impérialismes.
Les partis Verts sont pratiquement les seuls aujourd'hui à être outillés intellectuellement pour fournir les cadres conceptuels de cette reconstruction. Encore faut-il qu'ils s'emparent résolument d'analyses telles que celle-ci.
Un présent sidérant : la dystopie cyber punk est-elle déjà là ?
Ce livre est né de la sidération que nous partageons tous face à l'accélération des événements née de la campagne électorale victorieuse de Donald Trump à l'été-automne 2024.
La question posée est : assistons-nous à une crise temporaire et circonstancielle de la démocratie ou au glissement vers un nouveau régime ? L'hypothèse de ce livre, qui vient après un premier , "Technopolitique. Comment la technologie fait de nous des soldats" (2024, réédition "Points" septembre 2025) dont celui-ci est à la fois un résumé et une actualisation, est que nous sommes bien dans le second cas.
Pour penser cette hypothèse, l'autrice s'appuie en partie, pour fixer les choses et faire image, sur un courant littéraire de science-fiction, le "cyberpunk", qui postule que le futur qu'il imagine "est déjà là". Né dans les années 70-80, ce courant a pour pionnier Philip K.Dick et s'appuie sur les célèbres livres prémonitoires "Le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley (1932) et "1984" de George Orwell (1948).
Son idée est qu'il faut arrêter de ne penser le nouveau fascisme qu'avec les images du passé, et qu'il faut prendre en compte pleinement ce qu'il a de nouveau et d'inédit.
L'inédit est technologique et il est dans la liquidité (concept introduit par le sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman, 1925-2017) des nouvelles formes politiques fascisantes portées par deux forces en mouvement qui s'allient : le Big State (Etat autoritaire) et le Big Tech (mégacorporations du numérique). Elle fait observer d'emblée que seuls deux Etats pourraient prétendre à ce statut de Big State, car ayant permis l'éclosion de Big Tech, les USA et la Chine (p 19). Je pense qu'on pourrait y ajouter la Russie (cf Telegram, Kapersky...), avec le fait, pour moi essentiel, que ces 3 États disposent d'un droit de veto au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU.
Or le paradigme technopolitique qui résulte de cette alliance ne rencontre que "peu de résistance : nos technologies, nos existences et nos imaginaires étaient déjà prêts à l'accueillir." (p 20)
Le sentiment de dissociation que nous éprouvons est un signe : "Nous sentons bien que les systèmes s'effondrent, pourtant nous continuons comme si de rien n'était." (p21)
Elle compare ce sentiment à celui qu'éprouvaient les habitants de l'ex-URSS et du camp soviétique à la veille de son effondrement. Avec la différence qu'aujourd'hui il s'agit de l'émergence subliminale d'un nouveau système de domination renforcé sur les ruines d'une société libérale imparfaite : les éléments de dé-réalisation de la nouvelle domination s'appuient sur une apparence de liberté absolue accompagnée de nouveaux malaises. "Monde en multicrise, hyper-présence des interfaces, puissance dérégulée des BigTech, technologies de contrôle banalisées au nom de la sécurité, sentiment de solitude, saturation cognitive." (p 21)
Et derrière cette apparence de liberté du consumérisme numérique, l'idéologie élitiste des entrepreneurs réactionnaires de la Silicon Valley, avec leur transhumanisme sélectif et leur culte de la sélection brutale des "meilleurs".
Mais comment en sommes-nous arrivés là ?
L'alliance Trump-Musk dans le cadre d'un projet techno-accélérationniste sur fond d'idéologie suprémaciste blanche, masculiniste et verticaliste s'appuie sur une déstabilisation du système en place. Trois événements ont scandé le détricotage de la démocratie : la crise des subprimes de 2008, celle de la guerre d'invasion en Ukraine initiée en 2014, celle du Covid 19 de 2020, Chacune à sa façon a contribué à ébranler la confiance collective dans les règles démocratiques. C'est surtout faute d'un discours suffisamment clair sur l'origine et les conséquences de ces événements de la part des élites politiques que la confusion s'est épaissie et la peur s'est diffusée.
La traduction politique de cette confusion et de cette peur peut également se décliner en trois séquences :
-Ère Trump I, fin 2016-2021 : La "post-vérité" devient la norme. "Par la force de frappe du régime attentionnel des réseaux sociaux, un régime de vérité pouvait en remplacer un autre en quelques mois à peine".(pp 33-34) Cet effacement des faits au profit de "vérités alternatives" commence à brouiller notre rapport à la réalité.
-Ère Trump II, 2025, en cours : Ère de la "Post-law politics". Celle-ci consiste non pas à détruire ouvertement l'équilibre des pouvoirs, mais à neutraliser ses agents (Congrès, Juges, journalistes et corps intermédiaires) au profit de l'exécutif : "la loi existe, les résistances seraient théoriquement possibles mais elles sont inaudibles ou impraticables." (p 35)
-Ère post-Trump, à venir : Ère de la "Post-state politics" ? Fusion achevée entre le Big state et le Big tech au sein d'un "Exécutif unitaire" avec un État "minimal dans son architecture, total dans sa capacité de contrôle"(p 36).
Les séquences I et II ont "radicalement transformé ce que nous nommions jusque-là "démocratie libérale" en ce que j'appellerai volontiers une "fluxcratie", démocratie du flux. Elle n'est pas la négation de la démocratie mais son essoufflement dans le flux permanent. Une partie du pouvoir semble migrer de la loi vers la vitesse, l'attention est captée, la polarisation est algorithmique. Dans ce régime, la légitimité se mesure aussi à l'attention qu'on génère." (p 36)
Matrices idéologiques
Elles sont constituées de plusieurs sources : l'Alt Right (Droite alternative) de Steve Bannon et Richard Spencer a développé un nationalisme blanc d'extrême-droite qui a progressivement convergé avec l'idéologie libertarienne et transhumaniste des dirigeants de la Silicon Valley. Par rapport à ses ancêtres du mouvement "America First" des années 1930 (Henry Ford, Charles Lindbergh...) il ajoute l'accélérationnisme et l'expansionnisme technologique.
Le climatoscepticisme, la promotion des cryptomonnaies, l'islamophobie et l'apologie de la force contre le droit (Leo Strauss, idéologue nazi du Droit) s'ajoutent à ce cocktail qui n'est par ailleurs pas homogène et forme "un écosystème mouvant" (p 39).
Mais les disputes au sommet entre "géants technologiques" et "caciques ultra-conservateurs" ne doivent pas trop retenir notre attentions par rapport au fait dominant : la mise en système de leur convergence dans un nouveau totalitarisme en gestation.
Fin de l'Occident ?
La question est celle de la pérennité de l'alliance électorale baroque réalisée par Trump : celle des "red necks", classes populaires blanches pleines de ressentiment contre les promesses non tenues de l'"American dream", des "tech bros", milliardaires libertariens transhumanistes et accélérationnistes ennemis de la bureaucratie fédérale et des droits humains, des "néo-réacs", réactionnaires chrétiens ou nazis de la galaxie Maga. Cette convergence réactive un moment passé de l'histoire étatsunienne celle de la présidence McKinley (1897-1901) moment de crispation anti-immigrés et d'apogée du pouvoir des trusts, avec des velléités impériales affirmées (invasion de Hawaii, de Cuba et des Philippines) et la mise en place achevée de la ségrégation raciale.
Au-delà se pose la question du mimétisme troublant entre ce nouveau pouvoir et le pouvoir chinois, en rupture totale avec les valeurs "occidentales" (Etat de droit, droits humains) : même "leviers de puissance : impérialisme, protectionnisme", même attachement à leur "mythe national", mêmes "capitalismes d'État très forts, (...) industries stratégiques ultra-fléchées ", "une même ambition : la puissance technologique pour la puissance militaire, cristallisée autour de l'IA".
Mais leur rivalité se heurte à leur interdépendance. Ils postulent cependant tous deux au même rôle d'architecte d'un nouvel ordre mondial, les USA en détruisant ouvertement le multilatéralisme en gestation de l'ONU, la Chine en l'investissant pour le vider de sa substance. Tous deux avec un objectif de domination qui se heurte à la volonté d'indépendance des peuples.
C'est bien celle-ci qui doit rester la boussole d'une Europe déstabilisée par la disparition programmée du partenariat transatlantique.
L'Europe continent orphelin
Face au maelstrom trumpien, l'Europe ne sait plus où elle est. Or elle est confrontée à un immense défi : "réorienter ses alliances vers d'autres puissances intermédiaires" (p 67). Je retrouve, ce n'est pas un hasard, ici la même idée que celle développée par Nicolas Tenzer d'un multilatéralisme sauvé par l'alliance des puissances moyennes contre les empires et sous-empires qui menacent la paix mondiale, autour de la défense et de l'application sans double standard des textes onusiens (Charte, conventions et traités). Mais qui porte cela vraiment aujourd'hui dans la classe politique européenne ? Trop de théoriciens et de politiques continuent d'adhérer à une "realpolitik" dont le pragmatisme supposé ne répond en rien aux vrais défis d'aujourd'hui, mais à une nostalgie de la puissance impériale perdue. Or il faut s'en défaire radicalement.
La nature du nouveau fascisme
Celui-ci a des traits communs avec l'ancien fascisme (confusion du parti et de l'État, fascination pour la technique, virilisme). Par contre il en diffère par un usage de la violence moins démonstratif et rudimentaire, car il dispose de techniques de manipulation mentale bien plus performantes. Cependant il utilise une gamme de moyens identiques : slogans, clashs, purifications symboliques, Etat unitaire, affaiblissement des contre-pouvoirs, nominations, écosystème informationnel monopolisé. Il n'a donc pas besoin d'un parti unique de masse et de milices. Du moins pour l'instant...
Un fascisme-simulacre
Par quoi passe la manipulation mentale de masse d'aujourd'hui ? Par "un show qui anesthésie le réel."(p 83)
Le fascisme postmoderne crée de "l'hyper-réel", "un réel sans origine ni réalité" selon Jean Baudrillard; autrement dit "un monde où la représentation renvoie à d'autres représentations" en utilisant des codes et des stéréotypes dans lesquels on fait entrer tout événement. Ceux-ci sont basés sur une lecture binaire du bien et du mal, de l'ami et de l'ennemi, qui réduit la complexité du réel à une grille de lecture simple et répétitive. Cette grille est construite autour d'un passé idéalisé, d'un présent menaçant et d'une double désignation d'un sauveur et d'un ennemi absolu.
Il joue sur des émotions : "La crainte, le choc, la sidération, et en fin de compte la fascination" avec un effet d'addiction et d'urgence permanente.
"Nous vivons sous perfusion d'une came cognitive en libre accès"(p 88)
Et le résultat est là : "Comptez le nombre d'émissions télévisées, de débats, d'articles commentant pluriquotidiennement le spectacle (du show permanent du pouvoir) américain et comptez le nombre de productions sur le sort, réel, des exclus, des vulnérables, des minorités, des migrants. (...) Le game de l'hyper-réel a pris le pas sur le tragique du réel, et annihile toute possibilité de révolte réelle." (pp 94-5) Ici je nuancerais cette formulation : je ne pense pas que toute révolte réelle soit "annihilée", tout au plus sa "visibilité", qui est en effet une condition d'efficacité, mais pas la seule.
C'est d'ailleurs la question que pose la suite du livre : ce "fascisme-simulacre" est un moment de transition, peut-il déboucher sur un contrôle total ?
Les moyens de propagation du fascisme
Pour répondre à la question précédente, il faut commencer par analyser comment les idées fascistes se sont répandues à une telle vitesse.
Tout d'abord, examiner le fonctionnement des réseaux sociaux numériques. Contrairement à l'idée reçue, ils ne fonctionnent pas "horizontalement" mais d'abord "verticalement", du leader oui de l'influenceur vers sa base, puis horizontalement, dans un "activisme numérique" favorisé par les algorithmes, mais qui fournit à ses nombreux acteurs anonymes un puissant sentiment d'identité personnelle et d'importance. A cet égard, il ressemble beaucoup à l'activisme des fascistes d'autrefois pour lesquels l'action agressive, à l'instar des posts injurieux d'aujourd'hui, constituait une réponse à la "vieille et encombrante question : "Qui suis-je ?", qui, en temps de crise, se pose toujours avec une insistance redoublée." (Hanna Arendt, "Le système totalitaire, p 77)
Ensuite, considérer que les "médias conventionnels et les responsables politiques s'en accommodent fort bien en utilisant ces virulences partisanes pour rentabiliser leur audience." (p 103)
Puis , noter que ces "mass technologies" peuvent devenir très facilement entre des mains peu délicates des moyens de tentative de contrôle total, comme on commence d'ailleurs à le voir en Argentine en matière de sécurité avec la mobilisation d'une IA à prétention prédictive de la délinquance; en liaison avec la reconnaissance faciale (p 104-5).
Par ailleurs, deux manipulations sémantiques ont joué et jouent un rôle important.
La première est l'inversion du sens des mots : essentiellement la "vérité" qui devient le mensonge et réciproquement, et la "liberté d'expression" qui sert à imposer la censure. C'est ainsi que sont supprimés des centaines de mots ou expressions du langage officiel administratif ou de la recherche. Que des bases de données entières sont effacées. Que le réseau X au nom de la "liberté d'expression" a supprimé toute régulation tout en favorisant par ses algorithmes les contenus fascisants et en excluant de ses usagers les journalistes critiques investiguant sur sa gestion (p 114).
La seconde est l'inversion des rôles : en créant un sentiment de sidération, ce procédé paralyse dans un premier temps les adversaires. En transformant les bourreaux en victimes, et les victimes en bourreaux, les dominants en dominés et inversement, il manipule les affects liés à ces rôles et crée en tout cas un maximum de confusion qu'il prend du temps et de l'énergie à dissiper.
La pratique de la répétition systématique contribue à créer une "vérité alternative" qui finit par s'imposer chez certains comme la seule réalité. Les "mass-technologies" favorisent cela.
Ces procédés que l'autrice baptise "gaslighting politique", s'appliquent aussi en matière de relations internationales, comme on le voit à présent tous les jours : c'est le "doublethink" orwellien de "1984", "je veux la paix/je frappe sans préavis"; "je vous soutiens/je vous abandonne" (p 124).
Et elle conclut : "On pourrait croire que les effets de cette ingénierie cognitive déclenchent un réveil. Ils permettent au contraire de produire une obéissance quasi totale. (...) Mis face à des dilemmes moraux insurmontables, l'individu préférera (...) justifier son adhésion à un leader (...) plutôt que d'admettre avoir été indirectement responsable de la catastrophe." " (p 125)
Car tout cela conduit à des catastrophes : culturelles, sociales, environnementales, militaires...
OPA sur l'Etat
Une fois au pouvoir le nouveau fascisme constitué par ce "Diléviathan" du Big State et du Big Tech, remodèle l'Etat à son image. (p 127)
C'est ce qu'illustre l'action de Musk à la tête du DOGE durant le début de l'année 2025 : "vider l'Etat de l'intérieur, en nettoyant physiquement et idéologiquement la bureaucratie américaine à coup de coupes budgétaires et de licenciements, en politisant les postes-clés pour lesquels la loyauté MAGA devient le principal critère de compétence, enfin en dérégulant l'innovation et en octroyant sauvagement des marchés publics à ses propres entreprises ou aux mégacorps loyales et amies." (pp 132-3)
Vers l'Etat minimal-Etat total ?
Ici l'autrice développe l'hypothèse de l'ère Post-Trump évoquée plus haut, celle d'une "Post-state politics". Je ne m'y arrêterai pas, ce compte-rendu étant déjà fort long.
Forces et moyens de résistance
Cette dernière partie du livre me semble plus intéressante à développer, car elle peut donner des outils pour l'action. Et il me semble urgent de sortir de la sidération et de la répétition où semble s'enfermer la gauche.
Le premier pas est d'identifier et nommer le 5e pouvoir qu'il s'agit de limiter et de contrôler : le pouvoir cognitif, qui s'ajoute ainsi à l'exécutif, au législatif, au judiciaire et au médiatique. Car son excès de pouvoir découle d'abord de son invisibilité.
Poser la liberté cognitive comme une liberté fondamentale constitue un premier acte de résistance à la colonisation douce et subreptice des esprits.
Ensuite considérer que nous sommes dans une phase de transition : des résistances se manifestent contre l'affaiblissement des contre-pouvoirs. Journaux qui refusent de se soumettre aux injonctions du pouvoir, comme le New York Times, universités et juges qui refusent l'alignement au discours officiel... Associations et citoyens qui se lèvent, pouvoirs locaux comme des municipalités ou des Etats. Quelle que soit l'issue de la confrontation en cours, leur seule action rétablit le principe de réalité face à l'hyper-réalité que voudrait imposer le Diléviathan.
Au fondement de toutes ces résistances, le désir de liberté qui habite nombre d'entre nous, et sans doute la grande majorité, aujourd'hui morcelée, et pour cela réduite à l'impuissance.
Construire la force politique qui présentera une claire alternative au Diléviathan n'a rien d'évident. Car il y a tout un chemin à parcourir qui passe à la fois par notre émancipation individuelle de la tyrannie cognitive et de ses instruments, et par la refondation intellectuelle et morale de partis décalés des vrais enjeux, et eux-mêmes prisonniers volontaires de la tyrannie cognitive qu'il s'agit d'affronter, notamment dans la mise en avant compulsive de leurs différends, soigneusement radicalisés par la machine à décerveler.
L'autrice conclut par une "anti-conclusion" qui comporte notamment 13 petits exercices pour l'esprit libre, sous-titrés "manuel de survie cognitive". Ces exercices portent sur la vigilance sur les mots et leur usage, la distance à prendre vis-à-vis de l'usage compulsif des réseaux sociaux, la nécessité de s'arrêter pour réfléchir, de ne pas renoncer à s'exprimer, d'apprendre à dire non plus souvent, de ne pas hésiter à pratiquer des sabotages minuscules, de pratiquer le boycot et la fraternité-sororité avec les autres saboteurs, de pratiquer le hacking sur les réseaux alternatifs, de se réapproprier le patriotisme annexé par les fascistes en réinvestissant notre Histoire, de lire les livres curatifs ou antidotes de la dystopie en cours (elle donne son "top ten"), de pratiquer la dérision pour briser la peur, de croire à son corps comme instrument de résistance, d'oser le silence contre le matraquage de l'esprit.
Voilà en effet un bon point de départ.
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