Une crise profonde de la démocratie
Bien que toujours adepte du principe "Le droit de vote (comme la liberté d'expression) ne s'use que si l'on ne s'en sert pas", et défenseur plus que jamais de l'État de droit, je suis amené à me poser la question des conditions de leur efficience maintenue.
Je viens de l'évoquer concernant le rôle des réseaux dits sociaux, mais cela va bien au-delà.
Une tribune récente parue dans "Le Monde" (daté 18-10-25, p 30), de la philosophe Céline SPECTOR vient à nouveau de l'argumenter.
Elle revient sur les fondements du régime représentatif énoncés par Montesquieu dans "L'Esprit des Lois". Il repose (reposait ?) sur trois principes fondamentaux :
-La délégation électorale par la sélection des "meilleurs" pour occuper les offices publics,
-Le filtre des intérêts et des croyances populaires par les élu-es, à travers la reddition de comptes que constitue la réélection,
-L'institutionnalisation des conflits de la société civile par leur intermédiaire.
Or, constate-t-elle (et nous avec), "l'ascension des "élus" suscite de manière chronique le mépris et la haine envers les dépositaires du pouvoir. Attisée par les calculs politiciens, la colère conduit au dégagisme." La reddition de comptes au terme du mandat est entravée par "la temporalité tourbillonnante de la vie démocratique où les chaînes d'information en continue et les réseaux sociaux règnent en maîtres." De plus, l'institutionnalisation des conflits de la société civile est rendue impossible par le jugement de non-représentativité des élus, dont le caractère "aristocratique" est mis en cause : ils ne représentent pas la société de façon fidèle.
La demande de démocratie directe et instantanée se heurterait ainsi aux principes-même de la représentativité. Mais, surtout elle serait en passe, par déception, d'ouvrir sur des régimes autoritaires remettant en cause l'État de droit.
Car, et c'est le côté sombre de cette analyse, "Lorsque les principes s'effacent et que les moeurs politiques se délitent, les meilleures réformes deviennent vaines, voire aggravent la défiance."
Faut-il donc considérer que cette crise du système représentatif, dont elle souligne le caractère international, en évoquant l'exemple anglais, mais d'autres auraient pu l'être, est sans autre issue qu'une apocalypse autoritaire et, pour tout dire, fasciste ?
Faut-il donc penser que les partis existants sont incapables de réformer à la fois les modes de scrutin (proportionnelle intégrale), le mode de désignation de leurs candidat-es ( pour les rendre plus représentatif-ves de la société) et leur incapacité à construire de vraies majorités représentatives du pays ?
Cela suppose en effet d'aller à l'encontre de la radicalisation des antagonismes et de la dispersion de la représentation cultivés et promus par les chaînes d'information en continu et les réseaux sociaux qui "règnent en maître", mais qui, surtout, sont aujourd'hui dominés par les amis du fascisme international. Là se situe le vrai combat antifasciste d'aujourd'hui . Cela passe par leur boycot, par le recours à des vecteurs de communication alternatifs, et dans ce domaine tout reste à faire ou presque tant la prise de conscience reste embryonnaire;