Penser en résistance dans la Chine d'aujourd'hui

Publié le par Henri LOURDOU

Penser en résistance dans la Chine d'aujourd'hui
Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui
Sous la direction de
Anne Cheng et Chloé Froissart
Folio essais, août 2025, 574 p.


 

D’Anne Cheng, j’avais entamé la lecture d’une « Histoire de la pensée chinoise » (Points essais, novembre 1997, 704 p.), ouvrage fort érudit et fort éclairant qui s’arrêtait au début du XXe siècle, mais d’une densité assez difficile à assimiler. Je l’avais donc réservé pour plus tard.

Je découvre avec ce dernier ouvrage qu’elle avait entre-temps dirigé deux ouvrages collectifs comme celui-ci dans la collection Folio essais : « La pensée en Chine aujourd’hui » en 2007, et « Penser en Chine » en 2021. J’y vois une forme de persévérance et de continuité dans la réflexion, doublée d’un esprit d’équipe fort louable.

Je retrouve dans ce volume la même rigueur et le même souci de clarté pédagogique que dans son premier ouvrage. Et un précieux recul face au régime en place qui permet d’appréhender une vie intellectuelle multiforme dans ce vaste pays de plus d’un milliard d’habitants.

Ce qui me frappe dans les divers textes rassemblés ici, c’est que leurs auteurs et autrices, au nombre de 14, appartiennent à des générations nées dans les années 50 et 60, qui ont connu la période de libéralisation des années 80-89, seules l’historien ZI Zongyun est né avant (en 1930), et la politiste LIU Yu est née après (en 1975).

Les contributions sont la reprise de textes déjà publiés, entre 2013 et 2022, soit après l’arrivée au pouvoir de XI Jinping et sa sévère reprise en mains idéologique. Beaucoup d’entre eux ont valu à leurs auteurs des désagréments, de la mise à la retraite d’office, à l’interdiction de publication, ou à la disparition dans les geôles du régime.

Chaque contribution est précédée d’une présentation de l’auteur ou l’autrice et enrichie de nombreuses notes. Le tout est introduit par un avant-propos de Anne CHENG et une introduction de Chloé FROISSART.

Elles sont regroupées en 4 parties :

-Ecrire l’histoire dans un régime totalitaire

-Les juristes constitutionnalistes et la critique du régime de XI Jinping

-Frontières, marges, minorités : la diversité à l’épreuve de l’unité

-Les citoyens chinois face à l’Etat-Parti.

En résumé, l’on comprend que la reprise en mains idéologique de XI est en train de stériliser la vie intellectuelle en Chine, avec la nouveauté, par rapport à la période maoïste, d’une impossible fermeture totale du pays, et donc, malgré les nouveaux moyens de contrôle donnés par le numérique, des possibilités interstitielles de résistance et de liberté de conscience.

Un autre effet de la restriction de la liberté de l’esprit sera sans doute, comme dans les Etats-Unis trumpiens ou la Russie poutiniste, le recul des innovations et la perte progressive de puissance économique et militaire. Mais si ces régimes sont condamnés sur le long terme, ils peuvent encore faire beaucoup de dégâts.

Le soutien à tous ceux et celles qui s’y opposent est donc un impératif.


 


 

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