Jafar PANAHI Un simple accident- Scandar COPTI Chroniques d'Haïfa

Publié le par Henri LOURDOU

Jafar PANAHI Un simple accident- Scandar COPTI Chroniques d'Haïfa
Jafar PANAHI Un simple accident- Scandar COPTI Chroniques d'Haïfa
Jafar PANAHI
Un simple accident

Scandar COPTI

Chroniques d'Haïfa
Deux films sur le souhaitable et le réel ou le pouvoir du cinéma.


 

Je viens de voir successivement ces deux films, l'un iranien, l'autre palestinien, qui donnent tous deux beaucoup à penser.

Le souhaitable : le refus de la vengeance au profit de la justice.

Dans le premier, traité sur le mode burlesque, est abordée la question de la vengeance des victimes de la répression d'un régime tyrannique et oppressif. Il est frappant de constater que le débat qui anime ses protagonistes, tous et toutes anciennes victimes d'un tortionnaire qui tombe inopinément entre leurs mains, débouche sur la décision de l'épargner. Avec cet argument selon moi très fort : impossible de devenir comme eux, c'est-à-dire incapables de toute empathie envers un être sans défense et réduit à l'impuissance (même si la scène du retournement du bourreau passé successivement du déni à l'affirmation agressive de son bon droit puis au regret est un peu forcée et artificielle).

Cette fin est-elle trop idéaliste ? Sans doute elle ne trace pas le scénario le plus probable, néanmoins elle affirme le souhaitable et prétend l'inscrire dans une forme de réel en montrant toute la gamme des émotions suscitées par ces retrouvailles inattendues. Elle laisse cependant ouverte la question de la justice et de la réparation des torts subis. Question hors du champ des réalités actuelles : le film a été tourné clandestinement sous une dictature toujours présente.

Le souhaitable : un anticolonialisme féministe.

Dans le second film, on pénètre dans la réalité d'une société étouffée sous la double chape de plomb du colonialisme et du patriarcat. Les deux principaux protagonistes, enfants de la classe moyenne supérieure palestinienne d'Haïfa, ville parfois mise en avant comme un exemple de cohabitation exemplaire entre juifs et arabes, sont confrontés l'un à l'impossibilité de relations sexuelles ouvertes et surtout de parentalité conjointe entre un arabe et une juive dans le contexte colonial marqué par un racisme hypocrite et omniprésent, l'autre à l'impossibilité d'une vie libre pour une fille arabe respectable. Ces personnages qui tentent de franchir les frontières invisibles de cette société doublement hypocrite sont brutalement rappelés à l'ordre par leur entourage.

Démonstration subtile et implacable qui fait froid dans le dos.

La libération d'Israël et de la Palestine est encore loin. Puisse cette démonstration contribuer aux nécessaires prises de conscience.

Publié dans voix libertaires, Syrie

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