Est-il encore temps de sauver la démocratie

Publié le par Henri LOURDOU

Est-il encore temps de sauver la démocratie ?
Réaction à un débat sur France 5.


 

Dimanche 12 octobre, projection sur France 5 d’un nouvel épisode de la toujours intéressante série « La fabrique du mensonge » : « Elon MUSK : la conquête du pouvoir en 80 000 tweets. »

https://www.france.tv/france-5/la-fabrique-du-mensonge/

Bien que le contenu de ce documentaire inédit soit très édifiant sur le pouvoir sans contre-pouvoir de géants de la tech mus par des pulsions malsaines, tel qu’Elon Musk, le plus sidérant pour moi fut le débat en plateau qui l’a suivi, avec deux profs de Sciences po, dont l’un formula un diagnostic sans appel. Nos démocraties européennes seraient condamnées depuis que nous avons accepté collectivement , depuis plus de dix ans précise-t-il, de nous placer sous la dépendance du big tech étatsunien, les fameux Gafam et consorts, qui dissolvent toutes nos institutions et nos repères démocratiques, patiemment construits depuis au moins deux siècles.

Cette formulation claire, et argumentée de fait par tout le documentaire précédent, mais aussi par de nombreuses recherches et livres, dont certains ont été recensés ici, m’a placé dans un état de doute dont j’ai peine à sortir.

Car oui, on le voit tous les jours, le torrent de boue que constituent les flux d’« information » ( le plus souvent des commentaires, plutôt que de vrais informations) visibles sur l’Internet, ne nous encourage pas à espérer en un avenir meilleur.

Tout cela, beaucoup l’ont écrit et répété, repose à la fois sur une perversion du langage, avec l’utilisation à contre-sens de notions telle que la liberté d’expression ou la volonté populaire, la souveraineté de la nation, voire la laïcité, les droits sociaux ou le féminisme, et sur des faits non avérés érigés en illustration de pseudo-vérités justifiant la haine des opprimés et leur discrimination.

Face à une telle dissolution des repères permettant le débat démocratique, on passe à la guerre ouverte contre toustes ceux et celles qui voudraient en maintenir le sens et les conditions.

Nous en sommes là à présent : chacun enfermé dans sa tranchée et poussé à la recherche de ses semblables, ceux et celles qui pensent exactement, ou presque, comme nous. Dans une illusion de communication qui n’est plus qu’un ressassement entre convaincus, tournant à la déploration et à l’indignation automatiques, premier pas vers le ressentiment, la victimisation, la paranoïa collective et le refus de l’altérité. Mûrs pour la guerre de tous contre tous.

Est-ce bien là la pente fatale que nous dévalons ? Pouvons-nous encore nous accrocher à quelque branche ? Je persiste à le penser : faire avec d’autres ce qui nous paraît juste, et le faire savoir, par quelque moyen que ce soit, mais avec discernement dans le choix et l’usage de ces moyens, reste possible. Refuser la facilité de la bonne conscience et garder son sens critique en éveil, y compris contre soi-même. Admettre la contradiction, la négociation et le compromis, la perte apparente de temps qu’ils occasionnent. Célébrer les accords lorsqu’ils sont de qualité, c’est-à-dire sans que les uns ou les autres y aient perdu leur âme. Refuser le culte de la force et du rapport de force, mais ne pas transiger sur ses principes. Voilà qui reste possible.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article