DON C.TALAYESVA Soleil Hopi
Ce grand classique est caractérisé par Claude Lévi-Strauss comme la réussite de ce ce que "l'ethnologue rêve, sa vie durant, d'obtenir et qu'il ne parvient jamais complètement à réaliser complètement : la restitution d'une culture "par le dedans", et telle que la vivent l'enfant , puis l'adulte." (p 15)
Don C.Talayesva, né en 1890 et mort en 1985 dans le village d'Oraibi, dans la réserve Hopi au Nord-Est de l'Arizona, fait partie avec sa famille des Hopis qui ont accepté le contact avec la culture des Blancs lors du schisme de 1906-1910 entre "Friendlies" et "Hostiles" (p 7). Il a même été scolarisé chez les Blancs entre 8 et 17 ans, les dernières années en internat en Californie. Mais il a finalement refusé de se convertir au christianisme, et à la suite d'une grave maladie où il a des visions il décide de retourner à la vie Hopi traditionnelle chez lui à Oraibi.
Cette autobiographie, rédigée à la demande de Leo W Simmons entre 1938 et 1940, témoigne d'un réel attachement à la culture traditionnelle en même temps que d'une lucide perception de son déclin au contact de la culture dominante et du mode de vie "moderne".
Lévi-Strauss dans sa préface a l'air de se régaler de l'incroyable complexité de cette société et de cette religion traditionnelles : "nulle part ailleurs dans le monde , on ne peut voir une organisation sociale et une pensée religieuse, l'une et l'autre incroyablement complexes, plus inextricablement mêlées." (p 9)
Bien que ni lui ni Talayesva ne l'évoquent directement, on peut sans doute rapporter cette grande complexité et le ritualisme rigoriste qui l'accompagne aux dures conditions climatiques de survie de cette communauté : installée sur un plateau rocheux à 2000 m d'altitude, elle subit des hivers rigoureux et des étés très secs. L'obsession de la pluie salvatrice revient dans tous les nombreux rites religieux, basés sur les danses costumées et les offrandes votives, et les initiations et confréries multiples qui vont avec. Les Hopis cultivent le maïs et élèvent des moutons et des chevaux. Ils sont voisins du peuple Navaho, au Nord, avec lequel ils entretiennent des rapports ambivalents, teintés de méfiance réciproque.
La complexité des liens familiaux s'appuie sur une structure matrilinéaire et exogamique, où les femmes possèdent les maisons et disposent d'un certain pouvoir, notamment celui de répudier un mari indélicat; en contrepartie, les hommes sont particulièrement portés sur la pratique de l'adultère, qui est largement toléré; Ils disposent de lieux à eux : "les kiva : vastes pièces souterraines, à la fois temple, club , atelier et dortoir." (p 9-10)
Ce qui frappe à la lecture de cette autobiographie, c'est, à côté du rigorisme ritualiste qui rythme la vie communautaire, le grand libéralisme et l'optimisme de commande qui président à cette existence pourtant marquée par un dur et constant labeur et une grande précarité. Il est recommandé sans cesse à chacun, face aux difficultés de la vie, de "se tourner vers l'Est", c'est-à-dire le soleil levant, donc l'avenir et la vie. Par ailleurs, le sexe, les fêtes et la nourriture occupent une grande place, ainsi que l'humour, parfois vachard, mais jamais vraiment méchant.
Après bien des aventures sexuelles, dont il fait part avec un grand naturel, Don se marie, et a bien des malheurs avec ses enfants, tous morts en bas âge, mais il adopte finalement un garçon en qui il investit tout son amour paternel frustré.
Arrivé à cinquante ans, il nous livre pour finir ses souhaits pour sa fin de vie et au-delà. Une lecture plaisante.
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