Déroute ou émergence du droit international ?
Il arrive souvent qu'un défaut de perspective fausse le jugement. Revenant du Festival International de Journalisme (FIJ) de Couthures, organisé depuis sept ans maintenant par le groupe "le Monde", et auquel je participe assez régulièrement depuis six ans, j'ai été interpellé par la "Une" et le dossier de "Politis" du 10-7-25. Et ce d'autant que le dossier appelé par cette "une" est titré : "La déroute du droit international".
On se retrouve ici dans la sempiternelle problématique du "verre à moitié vide ou à moitié plein".
"Politis" suggère qu'il est à moitié vide, ce qui sous-entend qu'il va finir par se vider complètement. Ce que j'ai entendu au FIJ suggère le contraire. Et c'est ce que je vais m'efforcer d'argumenter, en cohérence avec de nombreux articles précédents de ce blog.
Mais partons, pour être honnêtes, du constat énoncé par "Polits".
Une régression en effet inquiétante
Dans son chapeau au dossier de "Politis", Pierre Jacquemain use d'une rhétorique bien huilée à la gauche de la gauche, celle d'une responsabilité conjointe des nouveaux et des anciens impérialismes, dans lesquels il inclut la social-démocratie européenne pour s'être "rendue complice d'une normalisation sécuritaire, s'alignant sur l'Otan, fermant les yeux sur les crimes de ses alliés, et abandonnant toute prétention à une diplomatie indépendante et fondée sur le droit."
On retrouve ici ce "campisme soft" qui fait de l'impérialisme américain l'ennemi principal et auquel toute analyse doit se conformer.
Ce faisant, il noie le poisson de la nouvelle donne trumpienne de l'alignement mercantiliste des USA sur les intérêts de l'impérialisme russe. Mais surtout il conclut de façon inutilement volontariste et contre-productive à mon sens qu'"il ne s'agit plus de sauver le droit international, mais de le refonder ."
Ce radicalisme me semble aller à l'encontre de la dénonciation efficace des régressions en cours. Car au nom de quoi, s'il s'agit de tout refonder, pourrions-nous dénoncer ce qui se passe en Palestine, en Ukraine ou ailleurs, et sur quoi s'appuyer concrètement ?
Les chartes et traités existants ne demandent pas à à être refondés, mais à être appliqués. Et les instruments juridiques pour cela ne sont pas à négliger, mais au contraire à investir par de puissantes mobilisations collectives.
C'est ce dont m'a à nouveau convaincu ma participation à différentes conférences, tables rondes et débats du FIJ 2025.
La force émergente du droit international
Au moins deux rencontres m'ont conforté dans l'idée d'une (peut-être trop) lente progression du droit dans les relations internationales.
La première avec Yassin Al-Haj Saleh, militant syrien de la démocratie et des droits humains, et d'autres représentants des diasporas démocratiques (Halimi Karimi pour l'Afghanistan, Kristina Safonova pour la Russie, Akram Belkaïd pour l'Algérie) à propos de la situation dans leur pays et son évolution possible, la seconde avec Mathilde Philip-Gay, Reed Brody et François Roux, avocats internationaux, sur les attaques de Trump contre la CPI (Cour Pénale Internationale) et sur les perspectives de la justice internationale.
Au terme de ces rencontres, je conclus que le doit international a une effectivité trop souvent sous-estimée, notamment à gauche où le Droit est encore souvent considéré comme un simple reflet des rapports de force économiques, selon la bonne vieille distinction marxiste entre "infrastructures" et "superstructures".
Si le Droit demeure "le langage des États" comme il a été rappelé dans d'autres conférences parallèles sur la question des Constitutions (sur lesquelles je reviendrai aussi), il n'en demeure pas moins un outil utilisable par les citoyens et les peuples pour justement limiter le pouvoir discrétionnaire des chefs d'État et échapper à leur monopole de la "violence légitime" qui aurait le dernier mot.
L'appropriation de ce "langage" par les citoyens et les peuples est un processus en cours, et de cette appropriation commencent à découler bien des luttes collectives présentes et à venir, qui passent bien évidemment par la démocratisation effective des États.
Je ne citerai que les luttes environnementales, la réforme des Constitutions, le jugement des criminels de guerre ou contre l'humanité, où le bilan est loin d'être nul et les perspectives nombreuses et variées.
Articuler mobilisations collectives et batailles juridiques internationales est bien la clé de notre futur. Pour ce faire, c'est bien sur les États petits et moyens, conformément à l'intuition de Nicolas Tenzer, qu'il faut prioritairement s'appuyer. Et ce faisant parvenir à une émancipation de l'Onu du blocage par les 5 "grands", et en fait prioritairement par les 3 super-grands (USA, Chine et Russie).
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