Les Peuples Veulent Révolutions de notre temps

Publié le par Henri LOURDOU

Les Peuples Veulent Révolutions de notre temps
Les Peuples Veulent
Révolutions de notre temps
Manifeste internationaliste
Zones, mars 2025, 120 p.


 

Ce manifeste, issu d’un collectif international, a été initié, nous dit la préface, par des rencontres périodiques lancées depuis 2019 dans la banlieue parisienne, prolongées par une écriture de 9 personnes à l’été 2023, venues de 9 horizons géographiques différents (Liban, France, Syrie, Tunisie, Chili, Grande-Bretagne, Kurdistan, Russie et Iran), relue et corrigée depuis Santiago, Beyrouth, Lyon, Buenos Aires, dans le Massif Central et les collines de Galloway, en passant par la plaine de la Bekaa (p 8).

Par son contenu, et son rigoureux anonymat, il me fait penser aux « Premières secousses » des «Soulèvements de la Terre », dont j’ai précédemment rendu compte.

De fait, c’est la même mouvance néo-libertaire qui s’exprime ici.

J’y retrouve les mêmes convergences et mêmes divergences que j’avais précédemment notées.

Le refus bienvenu des idéologies du passé et le pragmatisme constituent un premier point de convergence. Le diagnostic des enjeux également.

Là où nous divergeons, une fois de plus, est sur le pari d’une dynamique révolutionnaire qui pourrait faire l’économie de compromis institutionnels, qui ne sont pas ici refusés en tant que tels, mais sont pensés comme des nécessités purement tactiques en attendant la reprise de la dynamique révolutionnaire.

Sur la foi des précédents historiques, et d’une conception plus positive du Droit comme force de canalisation de la violence, je reste persuadé qu’il faut davantage investir les compromis institutionnels que ne le font les auteurs-trices de ce texte.

Parallèlement, je note une vision exagérément optimiste des soulèvements spontanés : particulièrement concernant les cas français (soulèvements des banlieues de 2005 et 2023, et Gilets Jaunes de 2018-19).

Nonobstant ces désaccords, je signe la quasi-totalité de l’analyse proposée, et je considère l’alliance avec les forces qui se reconnaissent dans ce manifeste comme nécessaire et positive.

Il y a bien nécessité en particulier d’un nouvel internationalisme qui pense et agit globalement face à des enjeux devenus globaux.

Mais cela passe d’abord par de larges alliances antifascistes qui investissent les institutions en s’appuyant sur des mouvements radicaux à la base. Ce qui est en train de se passer aux USA sera, de ce point de vue, un laboratoire crucial. Et cela est permis, contrairement à ce qui se passe en Chine ou en Russie en particulier, par la force des compromis institutionnels inscrits dans l’histoire de ce pays.

Ce passage récent résume bien à la fois mes convergences et mes divergences avec ce manifeste :

Cohérence d'un discours social-humanitaire

Elle consiste à tenir ensemble les revendications féministes, écologiques et démocratiques-libérales dans le cadre d'un multilatéralisme mondial qui fasse avancer la liberté et l'égalité réelles.

C'est bien ce cadre multilatéraliste dont les éléments sont fournis par les textes de référence de l'ONU qui fournit à ces revendications leur cohérence. Et non une improbable théorie marxiste sacralisée par certains et figée dans certaines de ses erreurs historiques (lutte des classes et développement des forces productives comme seuls moteurs de l'Histoire, vision purement instrumentale de la violence en tant qu'"accoucheuse de l'Histoire", mépris du Droit au profit des seuls rapports de force militaires).

Ce discours "social-humanitaire" est bâti sur la volonté d'émancipation et le désir d'égalité dans un horizon global. Il s'agit bien d'un universalisme post-colonial échappant à l'occidentalo-centrisme historique.


 

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