Jeannette LAOT, José Pepe Mujica, symboles de la gauche que nous aimons

Publié le par Henri LOURDOU

Jeannette LAOT, José Pepe Mujica, symboles de la gauche que nous aimons
Jeannette LAOT, José Pepe Mujica, symboles de la gauche que nous aimons
Jeannette LAOT, José Pepe Mujica, symboles de la gauche que nous aimons
Jeannette LAOT, José Pepe Mujica, symboles de la gauche que nous aimons
Jeannette LAOT, José "Pepe" MUJICA
Symboles de la Gauche que nous aimons.


 

Ils sont partis en même temps, comme pour mieux marquer deux bornes-repères de la Gauche que nous aimons : féministe, sociale, radicale, écologique et démocratique.

Jeannette LAOT, la CFDT que nous aimons

Jeannette LAOT, militante syndicale CFDT des années 60 et 70, a joué un rôle fondamental dans l'association de cette organisation au féminisme, comme en a témoigné son poste de vice-présidente du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception) de 1973 à 1975. Elle a aussi incarné l'exigence d'un débouché politique de Gauche à l'action syndicale, comme en a témoigné son poste de conseillère sociale à l'Elysée de 1981 à 1985. Elle a enfin incarné le maintien d'une exigence de radicalité réformiste, comme en a témoigné sa co-signature d'une tribune de 2004, que j'avais alors appréciée, à l'occasion des 40 ans de la CFDT, et que je reproduis ci-après .

Pour le reste je renvoie à sa fiche du Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier.

Nous sommes encore quelques uns, à la CFDT, à porter ces exigences.


https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/04/16/questions-a-la-cfdt_361389_1819218.html

EN 2004, la CFDT a 40 ans. Fruit d'une évolution engagée après-guerre, sa création, en 1964, a marqué une étape dans la construction d'une force à laquelle plusieurs générations de militants ont contribué. Cet anniversaire est une occasion de réflexion et de débat. Un débat qui s'impose d'autant plus que plusieurs orientations de la CFDT soulèvent nombre de questions.

La CFDT est un patrimoine partagé. C'est faire œuvre de mémoire et de responsabilité que de débattre publiquement de questions soulevées par des évolutions qui nous paraissent remettre en cause ses fondements et ceux du syndicalisme démocratique dont nous nous sommes tous réclamés et pour lequel nous nous sommes engagés. Nous posons ces questions tant il nous paraît que la première carence de la CFDT aujourd'hui est l'absence de pensée sociale autonome, faute de débat démocratique depuis de trop longues années.

Quel rapport au politique ? Ce qui s'est passé en 2003 au sujet des retraites est révélateur. Un mouvement et une mobilisation sous-tendus par un effort de coordination intersyndicale, et notamment par un travail commun entre CFDT et CGT..., sont rendus sans objet par un "accord" conclu en urgence absolue avec la CFDT dans le bureau du premier ministre.

En août 1953, un tête-à-tête entre la CFTC, notamment, et le gouvernement Laniel, qui voulait remettre en cause plusieurs acquis, dont l'âge de la retraite dans les services publics, rendait sans objet, grâce à des tractations directes, un mouvement de grèves important. Fait troublant, la position confédérale s'était traduite par une hémorragie de la Fédération des cheminots, qui perdait plus de 25 % de ses adhérents. Ne retrouve-t-on pas, cinquante ans après, une conduite qui, prétendant s'inspirer d'une approche syndicale autonome, s'éloigne du mouvement syndical pour être l'interlocuteur exclusif du gouvernement ?

Ce rôle est celui d'une "agence sociale", voire d'un syndicat officiel, avec des formes de relations d'une autre nature que la négociation, qui suppose la confrontation d'intérêts ou de points de vue autonomes. L'"accord" sur les retraites en 2003 relève plus de la co-élaboration entre gens qui pensent être dépositaires de l'intérêt commun que du contractuel au sens propre. La CFDT n'en revient-elle pas à une forme de syndicalisme que pratiquait la CFTC avec les gouvernements ? La CFDT n'évolue-t-elle pas vers un "apolitisme" s'apparentant à ce qui a toujours couvert une façon, ô combien ambiguë, de faire de la politique ? Résultat : une confusion dangereuse, et d'ailleurs récemment sanctionnée, entre le gouvernement, les pouvoirs économiques et la CFDT.

Dans son histoire, la CFDT a évolué vers une affirmation exigeante de son autonomie et de son identité nourrie par le débat d'idées à l'origine duquel elle a souvent été : organisation du travail, conditions de vie, environnement, place des femmes dans la société...

Force de critique sociale, d'impulsion et de transformation, en phase avec de nombreux mouvements dans la société, la CFDT a été un acteur à la fois de la contestation, de la proposition, de l'action et de la négociation. En retrait désormais de la plupart des mouvements sociaux, son attitude à l'égard de l'extérieur, vis-à-vis du mouvement altermondialiste par exemple, marque une prise de distance porteuse d'enfermement.

Quelle approche des problèmes sociaux ? Unedic, retraites, voire assurance-maladie : on est frappé par les choix de la Confédération. Sur ces questions, il y a lieu de prendre en compte le réel, les contraintes, les équilibres financiers, les nécessités d'arbitrage. C'est le rôle d'un syndicalisme responsable que de s'engager, quand il le faut, en articulant ses exigences et le possible. Mais, dans la plupart des cas, le point d'arrivée des négociations ou des pseudo-négociations ne laisse guère de doute sur le sens du compromis. Les revendications de la CFDT se dissolvent, ne laissant qu'une approche gestionnaire et technocratique, marquée par une logique comptable ou financière, corrigeant les droits, stigmatisant des populations, en échange de quelques contreparties réelles, mais à l'impact limité, et faisant l'objet d'une survalorisation.

La position de la CFDT en devient chaque fois moins lisible en termes de transformation sociale. Est-ce cela le "courage", le "modernisme"? Jusqu'où faudra-t-il aller pour donner sans cesse plus de gages ? Le rôle du syndicalisme consiste-t-il à s'inscrire dans les contraintes sans même envisager de les desserrer ?

La "refondation sociale" prônée par le Medef en 2000 a fait monter les exigences, réussissant à faire admettre le travail comme un coût qu'il faut réduire, les partenaires sociaux ayant à gérer à la baisse une enveloppe sociale non extensible. Pas besoin de mouvement social dans cette approche du contractuel. La négociation n'est qu'une rencontre de "techniciens" partageant sur le fond un même diagnostic des problèmes avec des variantes à la marge selon les acteurs.

Paul Vignaux, un des leaders historiques de la CFDT, lui assignait l'ambition d'être un syndicat "techniquement révolutionnaire", sachant relier réalisme et visée transformatrice à partir de sa propre expertise sociale et économique. En rupture avec le modèle CFTC, cette conception a donné force et crédit à la CFDT, tant par rapport à un syndicalisme catégoriel que par rapport à un syndicalisme marqué par une lecture déterministe de l'histoire. La CFDT ne perd-elle pas aujourd'hui son ambition de transformation pour une approche technocratique surdéterminée par la lecture économique dominante ?

Ses orientations ne relèvent-elles pas plus d'une acceptation de la doctrine libérale que de choix au nom de l'intérêt général, voire tout simplement de l'intérêt des salariés ? L'intérêt général, loin d'aller de soi, résulte aussi, ne l'oublions pas, de conflits, de rapports de force dans la société et de la qualité de la négociation. On aura peine à considérer les arbitrages récents au sein de l'Unedic comme relevant de l'intérêt général. Des arbitrages qui mettent en difficulté des centaines de milliers de chômeurs en l'absence d'une politique dynamique de l'emploi. On attend autre chose des syndicats et de la CFDT en matière d'emploi et de lutte contre le chômage. A moins de considérer que les chômeurs stigmatisés défendent une logique "catégorielle" peu compatible avec le train de la modernisation sociale. De même, comment comprendre l'inertie de la Confédération devant la montée des travailleurs pauvres ?

Quel sens pour le "réformisme" ? Le terme est omniprésent. De quel réformisme s'agit-il pour la CFDT ? Son engouement s'inscrit-il dans un combat de transformation et de progrès ou n'est-ce qu'un maigre amortisseur social du démantèlement des droits des salariés ? Le réformisme de la CFDT est à la croisée des chemins. Il penche pour l'heure du côté d'un social qui se contracte et dont les contreparties sont mal comprises ou jugées insuffisantes. Sans doute pourrait-il en être autrement avec un poids accru des acteurs syndicaux et une autre conception du progrès et de la justice sociale.

Pour certains, être "moderne" dans le champ social, c'est passer au "gant de crin" droits et acquis. Plus question de mieux-disant ou de gagnant-gagnant. La "refondation sociale" avait donné le ton. Hormis quelques novations positives, il n'était question que de limer et d'éliminer. Le cap était clair : flexibilité, réduction des charges, précarité, exclusion... Rien qui puisse déminer le terrain où poussent les populismes.

Dans le mouvement ouvrier, le réformisme représente une transformation graduée s'opposant au mythe du "grand soir" révolutionnaire. Ce choix a été tranché par l'histoire. La réforme est une ambition s'inscrivant dans la voie démocratique dont le contractuel constitue l'un des pivots. Les fins rejoignent les moyens, mais les fins restent indexées sur une véritable ambition.

Une conception syndicale de la réforme ne prend sens que dans des principes, des perspectives, des objectifs. Faute de cela, la CFDT se trouve rabattue sur les idées du moment. Quelle différence entre le "réformisme" du Medef, celui de la droite, celui du social-libéralisme et celui de la CFDT ? C'est pour n'avoir pas dit de quoi le réformisme syndical était fait que la CFDT se trouve en butte à de fâcheuses confusions.

Quelles relations intersyndicales ? Les dégâts liés aux suites de l'"accord" sur les retraites donnent à réfléchir. Chacun se trouve ramené dans son pré carré sans autre perspective que d'œuvrer quasiment seul alors que de grandes transformations se mènent ou se préparent.

En s'engageant comme elle l'a fait sur les retraites, la CFDT a aussi fait un choix en matière de relations intersyndicales. Son solo en mai 2003 a fait resurgir une option : celle d'une organisation qui dans les années 1990 a caressé l'espoir d'occuper la place centrale et dominante dans le syndicalisme français. Cette perspective s'est révélée être une impasse. L'isolement de la CFDT est un vrai handicap. Et ce n'est pas le compagnonnage occasionnel de la CFTC ou de la CGC qui offre un débouché à l'unité syndicale ou à l'avenir des relations sociales.

Pourra-t-on longtemps faire fi d'un niveau significatif d'unité sur les questions les plus lourdes ? La CFDT devra choisir. Soit elle inscrit son action dans la durée au sein d'un axe "réformiste" Medef-CFDT, ce qui induit une conception résiduelle des rapports intersyndicaux. Soit elle poursuit des liens intersyndicaux, en particulier avec la CGT, pour construire un axe syndical de nature à infléchir et à orienter des transformations en cours par le rapport de force et la négociation.

Nombre d'observateurs reconnaissent qu'il n'y a pas d'avenir pour le syndicalisme en France en dehors, à terme, d'un processus de réunification passant d'abord par un rapprochement réel et durable entre CFDT et CGT. Question décisive qui apparaît comme la seule voie de rééquilibrage des négociations en faveur des salariés. C'est la rencontre potentiellement dynamique entre la culture du rapport de force et la culture de la négociation.

En 1964, la CFDT a su se transformer. En 2004, nous voulons croire qu'elle saura faire mouvement pour se porter à la hauteur des questions qui se posent à elle et à l'ensemble du mouvement syndical.

Parmi les premiers signataires, anciens responsables confédéraux, fédéraux et régionaux de la CFDT :Marc Béchet ; Alexandre Bilous ; Roger Bonnevialle ; Jean-Michel Boullier ; Yvette Chamussy ; Albert Detraz ; Nicole Ducos ; Robert Duvivier ; Gérard Fonteneau ; Jean-Louis Foucaud ; Guy Gouyet ; Anne-Marie Grozelier ; François Guntz ; Pierre Héritier ; Pierre Hureau ; Jeannette Laot ; Bruno Lechevin ; Jean Louvel ; André Marivin ; Louis Moulinet ; Christian Marquette ; Catherine Michaux ; Geneviève Petiot ; Marie-Noëlle Thibault ; Jacques Tignon ; Albert Treluyere.

José "Pepe" MUJICA, l'ancien guérillero converti à la démocratie électorale

Créateur des "Tupamaros" (en référence au chef amérindien Tupac Amaru, résistant à la colonisation espagnole), son mouvement avait enthousiasmé une partie de la jeunesse révolutionnaire européenne des années 70, dont je faisais partie, en privilégiant les actions symboliques et sans effusion de sang, ciblant les hauts responsables économiques et militaires de l'impérialisme américain en Uruguay. Emprisonné durant 13 ans, il avait ensuite fondé un mouvement politique à vocation électorale et était parvenu au poste de président de la République de 2010 à 2015 dans le cadre d'une majorité de Gauche. Un président atypique et fort sympathique, refusant les privilèges et l'enrichissement personnel, et ouvert à des causes sociétales telle que la légalisation de la marijuana, mais aussi à l'écologie.

Lui aussi incarne la Gauche que nous aimons, débonnaire et unitaire tout en étant ferme sur les principes.

Merci à eux deux de l'avoir incarnée. Et tâchons de prolonger leur action. Ce n'était qu'un début, leur combat continue.

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