Thomas PIKETTY Mesurer le racisme vaincre les discriminations
Ce petit ouvrage, dont j'avais zappé la parution il y a trois ans, est plus que jamais d'actualité. Tout d'abord par la posture qu'il adopte, dépassant le faux débat identitaire pour se placer très pragmatiquement sur le terrain des discriminations subies par les personnes victimes d'une assignation négative.
On ne rappellera jamais assez la mécanique qui conduit de l'assignation identitaire négative à la stigmatisation à l'aide de stéréotypes, qui préparent elles-mêmes le terrain aux agressions, d'abord verbales, puis aux discriminations, voire à l'élimination physique.
Les réponses pour bloquer cette mécanique se situent à toutes les étapes du processus, mais elles sont plus faciles à trouver lorsqu'on parvient à objectiver ce qui se passe au moyen de la science. Car elles peuvent alors consister en mesures publiques répondant à des situations clairement identifiées.
Le rôle des sciences sociales est donc crucial. Et les attaques qu'elles subissent actuellement est loin d'être un hasard malheureux.
Comme les docteurs Diafoirus qui préconisent de casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre, les néo-obscurantistes au pouvoir à Washington s'attaquent aux Universités et laboratoires de recherche qui osent traiter de sujet devenus tabous : le climat, la biodiversité...et les discriminations.
Tant qu'il est encore possible de le faire, Thomas Piketty, économiste, rappelle quelques réalités objectives. Et il appelle à aller plus loin dans la recherche en construisant un suivi annuel des discriminations grâce à "un système flexible et dynamique de mesure de la diversité" (p 47), car le piège, estime-t-il, est de figer des identités ethno-raciales à la façon étatsunienne, ce qui risque d'enfermer les personnes dans une identité subie et caricaturale. Il juge, à juste raison selon moi, qu'un débat ouvert et permanent sur les assignations identitaires est nécessaire, au-delà du faux débat communautarisme/universalisme, qui est souvent à géométrie variable (le "communautariste" c'est l'autre...).
Aussi, rappelons avec lui que oui par exemple le % de musulmans en France est passé en 50 ans de 1 à 7ou 8% (p 7-8), mais que cela ne justifie en aucune manière de faire de tous ces musulmans des djihadistes armés potentiels. Ces derniers ne représentent qu'une infime minorité, et leur agenda est justement de susciter un tel amalgame pour détacher cette grande majorité de la société française en provoquant stigmatisation et discriminations.
Il est donc devenu très important de mesurer ces discriminations pour les combattre au nom de nos valeurs républicaines.
Ce n'est donc pas en renforçant le repli communautaire par des mesures de stigmatisation que l'on va vaincre les discriminations, mais, bien au contraire, en prenant au sérieux le caractère universel de nos lois inscrit dans la Déclaration de 1789 : la loi "doit être la même pour tous".
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