Pour que l'antisionisme ne serve plus de prétexte à l'antisémitisme !

Publié le par Henri LOURDOU

Pour que l'antisionisme ne serve plus de prétexte à l'antisémitisme !


 

Comment ne pas souscrire à ce noble objectif ? Malheureusement, le texte qui suit cette déclaration d'intention, et qui a été, nous dit "Le Monde" qui le publie dans son édition daté 22-3-25, signé par plus de 200 personnalités dont 1 ancien président de la République (F.Hollande) et 3 anciens premiers ministres (G.Attal, B.Cazeneuve et M Valls), n'est pas du tout à la hauteur de cet objectif.

On pourrait même dire qu'il le contrarie, tant il allie l'aveuglement à la mauvaise foi et souffle sur les braises qu'il prétend éteindre. Comme l'a excellemment analysé Dominique Eddé dans le même journal daté du 29-3-25, pour affaiblir le racisme, il faut s'interdire ce qui le renforce.

Or ce texte, en focalisant tout sur un seul mot et en prétendant magiquement que l'interdiction de son usage supprimerait les sentiments parfois douteux qui l'accompagnent, ne fait que relancer une polémique à l'objet lui-même douteux. Et détourne l'attention de ce qui se passe en ce moment-même à la fois à Gaza et en Cisjordanie et en Israël.

Le sionisme n'est pas une réalité univoque contrairement à ce que présuppose ce texte. Je viens de rendre compte d'un livre qui le montre avec éclat. Or, en le laissant entendre, les auteurs de cette tribune ne font que conforter le préjugé de ceux qui se servent du terme à des fins de stigmatisation.

De plus, ce texte s'ouvre et se ferme par deux citations de personnes disparues, et qui donc n'auront pas la possibilité de contester l'instrumentalisation de leurs déclarations hors du contexte de leur formulation. Or il s'agit de personnalités très respectées et que beaucoup d'entre nous admirent : le philosophe Vladimir Jankélévitch et Martin Luther King. Plus grave, il s'avère que la seconde a été inventée et constitue un hoax pourtant bien répertorié. https://en.wikipedia.org/wiki/Letter_to_an_Anti-Zionist_Friend

Quant à la première, il s'agit de l'extrait, légèrement transformé, d'une lettre du 30 mai 1975 à Henri Bulawko, publiée par Information juive de juillet 1975 sous le titre "De l'antisémitisme" qui traduit bien la pensée de Jankélévitch : "N'en doutez pas, écrit-il, l'antisionisme est actuellement son alibi le plus redoutable, son camouflage le plus dangereux." (Vladimir Jankelevitch "L'esprit de résistance" (Albin Michel, 2015, p 153). Il n'en appelle pas pour autant à l'interdiction de l'usage du mot.

Cette façon de procéder assez cavalière disqualifie à elle seule le propos.

Plus au fond des choses, la réalité coloniale de l'Israël d'aujourd'hui n'a rien d'une fatalité qu'il faudrait soit absoudre, soit condamner de façon absolue. Elle est le produit d'une Histoire et de choix politiques qu'il convient de continuer à discuter. Et qu'on doit avoir le droit de combattre, comme sont en train de le faire des Israéliens toujours plus nombreux, lorsqu'ils débouchent sur des pratiques génocidaires. Et ce sont eux qui aujourd'hui ont la clé du futur de cette région.

En fermant la porte de toute possibilité de discussion ouverte, par la pratique de l'interdiction préalable d'un mot, c'est aussi la porte de tout avenir de paix juste que ferment nos nouveaux censeurs. Exactement l'inverse de ce qu'ils prétendent faire.

Pour aller plus loin, je me suis déjà exprimé sur cette équation simpliste "antisionisme = antisémtisme".

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