Migration, bifurcation écologique : nos affaires à tous-tes
Tableau tiré de l'enquête Ipsos-Cevipof "Fractures françaises" de novembre 24, dessin tiré du "Monde" daté 29-1-25, p 8.
Face aux vrais défis d'aujourd'hui, on voit se dessiner des polarisations qui tracent les enjeux que nous devons affronter.
Une extrême-droite conquérante occupe l'espace majoritaire dans l'opinion. Face à elle, la gauche à vocation majoritaire peine à présenter de réelles alternatives. Et c'est d'abord faute d'être incapable de présenter les enjeux de façon claire.
La question de la réforme du droit du sol à Mayotte est exemplaire. S'il est bien sûr juste de refuser cette réforme qui officialise l'existence d'une France à deux vitesses, suffit-il pour autant de s'y opposer ?
La gauche devrait pourtant être en capacité de dire que l'avenir de Mayotte se situe dans sa décolonisation et sa réintégration dans son espace régional à travers une politique de co-développement avec les Comores et Madagascar. Qu'une majorité de Mahorais s'illusionne aujourd'hui sur une départementalisation en trompe l'oeil n'empêche pas de "chercher la vérité et de la dire", comme le proclamait Jaurès aux lycéens d'Albi en 1903.
Au-delà de ce cas, force est également de constater la faiblesse de la gauche tant sur le fait migratoire que sur la nécessaire bifurcation écologique.
Or, nous avons face à nous un gouvernement qui non seulement tourne le dos à ces deux enjeux, mais nourrit des catastrophes prochaines.
Un gouvernement au service de la pègre ?
En inaugurant une nouvelle politique migratoire qui va pousser dans la clandestinité et une précarité accrue de nombreuses familles et de jeunes mineurs isolés, le Ministre Retailleau va accroître significativement le vivier de recrutement du crime organisé.
Cette liaison entre politique migratoire restrictive et mafias a été déjà documentée par des sociologues de terrain : Olivier Peyrot, concernant les jeunes mineurs isolés, Audrey Millet, concernant le secteur de la confection en Italie.
À ce titre il mériterait pleinement le titre de "Ministre de la pègre", déjà attribué par l'écrivain Roberto Saviano à son homologue italien Mateo Salvini.
Si sa politique, dictée directement par le RN, continuait, on assisterait quasi immanquablement à deux conséquences principales :
-une montée des violences mafieuses, et de l'insécurité qu'il prétend combattre;
-une dégradation des conditions d'emploi de tous-tes les salarié-es dans les secteurs où se développerait l'économie informelle alimentée par une main d'oeuvre clandestine et sans droits.
Présenter au pays une alternative
Aujourd'hui, le vrai "parti de l'ordre" est constitué par tous-tes ceux-celles qui, au sein ou en dehors du Nouveau Front Populaire se mobilisent pour une politique d'accueil et d'hospitalité pour accompagner la migration en cours.
Loin des discours démagogiques, ils prennent réellement en compte que c'est par le logement, l'éducation et le travail que s'effectue l'intégration républicaine des nouveaux-elles arrivant-es.
De plus, l'arrivée d'une population jeune, avide de savoir et de travailler, constitue une chance pour l'avenir de notre protection sociale dans un pays vieillissant.
Enfin, la bifurcation écologique et sociale (et non plus la trop lente "transition") devient une urgence absolue qu'il n'est plus temps de différer. Elle passe par une planification écologique dont les modalités sont trop peu explorées et exposées par la gauche.
"Oser, le progrès est à ce prix" écrivait en 1862 Victor Hugo dans "Les Misérables". Cela n'a jamais été plus vrai qu'aujourd'hui.
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