Le piège du conformisme
Un très intéressant portrait de l'humoriste Sophia Aram dans "M" le magazine du "Monde" du 28-12, m'amène à ces considérations.
Je ne me concilierai sans doute pas certains de mes nombreux nouveaux ami-es Facebook des mouvances communiste et Insoumise (qui affluent ces temps derniers pour me demander de les intégrer, ce que je fais fort volontiers, dans la liste) en disant que j'admire Sophia Aram pour avoir fui le conformisme de ses origines marocaines.
La façon dont certain-es peuvent être tenté-es de la renvoyer à ces origines pour l'accuser de "trahison" m'incommode profondément.
Je suis depuis très longtemps très sensible à l'attitude de tous ceux-celles qui refusent le conformisme à leurs origines ou à leur milieu pour conquérir leur autonomie de pensée et leur indépendance d'esprit.
En particulier, je voue une grande admiration à tous ces Juifs antisionistes, en particulier israéliens, qui ont refusé la logique coloniale et raciste dont on voit à présent le résultat abominable. Et ce n'est pas pour autant que je suis prêt à excuser l'antisémitisme du Hamas et de ses partisans et alliés.
On pourra toujours dire que cette position relève d'une forme d'angélisme, voire de compromission avec l'acteur aujourd'hui dominant, l'État israélien dirigé par Nétanyahou. Elle n'en demeure pas moins pour moi la seule porteuse d'avenir pour les peuples palestinien et israélien.
Aussi, je ne puis être que vigilant devant la tentation d'un autre conformisme, auquel le succès-même de Sophia Aram dans certains milieux l'expose : celui d'une focalisation exclusive, et le cas échéant de mauvaise foi, sur un seul adversaire pensé comme homogène et à dimension extensible.
Dans ce portrait, ce travers est évoqué par Rachid Benzine, penseur nuancé, comme suit : "À force de répéter "islamisme", certains entendent "musulman" (...) Cette hypertrophie des mots, qui occulte les problèmes de justice sociale, participe des crispations".
Travers enfin souligné par son soutien non nuancé à Mila, cette internaute critique de l'Islam menacée en ligne et devenue une compagne de route de l'extrême-droite la plus radicale.
Ainsi, le fait d'avoir échappé à un conformisme n'évite pas de tomber dans un autre, qui, pour lui être opposé, n'en est pas moins aveugle et mortifère. Et le fait de disposer d'une tribune à large écoute ne fait qu'en amplifier la malfaisance.
Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons refuser tous les conformismes et prêt-à-pensers. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons cultiver l'effort de penser par nous-mêmes, et celui de ne pas céder à l'émotion du moment et aux emportements collectifs moutonniers.