A Mayotte, l'impasse d'une situation coloniale

Publié le par Henri LOURDOU

A Mayotte, l'impasse d'une situation coloniale
À Mayotte, l'impasse d'une situation coloniale.


 

La catastrophe du cyclone Chido agit à la fois comme un puissant révélateur et comme une occasion de confusion maintenue sur la situation réelle dans ce petit archipel.

La tribune très factuelle de l'universitaire réunionnais François Hermet dans "Le Monde" daté 20-12-24 constitue un prolongement éclairant à l'ouvrage de Rémi Carayol dont j'ai récemment rendu compte ici.

Pourquoi sont-ils si pauvres ?

Les chiffres donnés par François Hermet illustrent le retard social du 101e département (depuis 2011) français : le PIB par habitant y est 4 fois inférieur à celui de la France hexagonale. Depuis la départementalisation, le niveau de vie plafond des 40% les plus pauvres a (...) baissé de 20% pour s'établir en 2017 à seulement 140 €...contre 1 520 € dans l'Hexagone !"

Ce bilan est relié par lui à la forte immigration clandestine venue des Comores voisines (dont le PIB par habitant demeure 8 fois inférieur à celui de Mayotte.

Il ajoute que "bien qu'important, cet afflux de migrants n'impacte pas de façon directe l'effectif de la population, puisqu'il est compensé par l'émigration de natifs".

Mais le résultat est que Mayotte est aujourd'hui peuplée d'une majorité d'étrangers, en raison de la natalité différentielle de ces clandestins par rapport aux Mahorais (avec une fécondité de 6 enfants par femme en moyenne contre 3,5).

De fait, Mayotte est aujourd'hui une colonie du 2e type. Les Mahorais de souche y constituent une population relativement privilégiée par rapport aux autres Comoriens (et les Malgaches et Africains de l'Est qui se joignent à eux), avec un encadrement européen super-privilégié dont la tâche, impossible, est de hisser la population mahoraise au niveau des standards métropolitains.

C'est une société héritière de près de deux siècles de colonisation, dont un siècle et demi d'abandon total.

La demande de départementalisation, qui visait à dissocier définitivement Mayotte de son environnement, a paradoxalement abouti à en faire à l'opposé un aimant, et à promouvoir l'émigration des Mahorais en métropole ou à la Réunion.

Quel avenir pour Mayotte ?

En proposant de "régler radicalement la question de l'immigration" par des expulsions massives, Bruno Retailleau se donne une mission parfaitement impossible : il ne règlera absolument rien.

La seule solution viable à terme est de réinclure Mayotte dans son environnement par une politique de co-développement régional. La départementalisation, ici comme dans les autres colonies, est une impasse. La décolonisation est un processus autrement long et exigeant, qui passe par un double travail d'émancipation : celui des colonisés comme celui des colonisateurs.

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