Alexandre DUMAS Le comte de Monte Cristo et la cancel culture

Publié le par Henri LOURDOU

Alexandre DUMAS Le comte de Monte Cristo et la cancel culture
Alexandre DUMAS Le comte de Monte Cristo et la cancel culture
Alexandre DUMAS Le comte de Monte Cristo et la cancel culture
Alexandre DUMAS
Le comte de Monte Cristo
et la « cancel culture » .

 

L’adaptation cinématographique récente de ce grand classique m’a poussé à le lire et me suggère pour commencer quelques remarques sur le « wokisme » et la « cancel culture » tant décriés à Droite (et dans une ex-partie de la Gauche, celle des néo-réac en voie de droitisation accélérée).

En effet, certains aspects du roman sont effacés (« cancellés »!) et d’autres revus dans le film...sans pour autant avoir suscité la levée de boucliers habituelle.

Il s’agit tout d’abord du statut d’esclave de la jeune Haydée et du majordome Ali (personnage carrément disparu du film). De la même façon, le père bonapartiste du procureur de Villefort et le contrebandier corse Bertuccio, qui découvre sa tentative d’infanticide et recueille son enfant caché, sont fondus dans un nouveau personnage : une sœur bonapartiste de Villefort, que celui-ci tente de faire disparaître dans une maison close, et qui s’échappe pour tenter, à l’instar de Bertuccio, de se venger.

Autant d’adaptations à l’esprit du temps, en même temps que de simplification nécessaire dans l’histoire et les personnages.

Cela fonctionne très bien auprès du spectateur actuel, et démontre bien, s’il en était besoin, que la prétendue « cancel culture » n’a rien de la censure destructrice que lui attribue la Droite actuelle .

 

Bien des notations du roman ont un caractère aujourd’hui heureusement exotique qui montre l’évolution des mœurs dans le sens de l’émancipation des femmes, des minorités sexuelles et de genre et des personnes racisées. Mais également le recul des préjugés et des barrières sociales, dont le roman est truffé. Les références politiques (légitimistes contre bonapartistes) apparaissent également très datées.

Le plus choquant, dans ce roman, est la vision des femmes, toujours ramenée à des stéréotypes dévalorisants, sinon carrément misogynes. Ainsi on a droit, tout du long, à un véritable festival de remarques caricaturales... qui incarnent bien un état de l'esprit du temps. Mention spéciale au lesbianisme suggéré de la fille de Danglars, Eugénie, présentée à la fois comme une artiste et un « garçon manqué » (elle a trop d'assurance pour une femme!).

Egalement, on notera une vision de l'hérédité très partagée au XIXe siècle, et que l'on retrouve encore chez Zola : les enfants héritent des qualités ou des défauts moraux de leur mère ou de leur père, ou des circonstances de leur naissance qui les transforment en monstre amoral.

Enfin la référence à Dieu, omniprésente, marque bien l'emprise de la religion à cette époque.

Bref si le roman est un plaisir pour l'historien, on pourra comprendre qu'il lasse un peu le lecteur non averti, malgré l'allégresse et le sens du récit de Dumas. J'en ai profité pour lire également le bref passage des mémoires de Dumas sur l'insurrection parisienne ratée de 1832, réédité récemment. On y trouve un puissant plaidoyer, sous forme du témoignage rétrospectif d'un homme mêlé à 14 ans à cet épisode, contre les guerres civiles. Et je me propose de m'attaquer prochainement aux « Misérables » de Victor Hugo qui évoque également cet épisode.

Pour terminer, on notera l'édition utilisée pour lire ce livre : elle date de 1998, juste après la diffusion d'une série télévisée, où Depardieu incarnait Edmond Dantès, et Ornella Muti Mercédès... Autre époque révolue là-aussi...

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