Viva Maria !

Publié le par Henri LOURDOU

Viva Maria !
Viva Maria !
Film de Louis Malle, 1965, 2h00.
Au temps mythologique
de la Révolution sans douleur
et de l'amour sans patriarcat.

 

Rediffusé sur "France 5" le 31-5-24 en début de soirée, ce film représente "toute une époque" selon le commentaire du supplément télé du Nouvel Obs.

On peut choisir de le regarder ou pas jusqu'au bout selon qu'on se lasse de certaines longueurs et des stéréotypes datés qu'il porte, ou qu'on se laisse porter par son allégresse et sa dimension rétrospectivement émancipatrice, en gardant en tête le caractère tragique des révolutions réelles et un féminisme et un antiracisme en éveil, mesurant le chemin parcouru depuis.

Certains ressorts qui se voulaient comiques sont en effet complètement épuisés, mais peuvent encore réjouir certains nostalgiques de l'ordre patriarcal et colonial.

Je pense à la scène des douaniers noirs, représentants officiels de l'Empire britannique, parlant un anglais à l'accent oxfordien en commentant la qualité du thé local. Ou bien celle de la Maria blonde (Brigitte Bardot) revenant de sa première nuit d'amour avec trois soupirants, en haillons et couverte de bleus, et commentant auprès de son aînée, la Maria brune (Jeanne Moreau) : "Je suis brisée ! Mais tu avais raison : l'amour c'est formidable !"

Tout cela ne nous fait plus rire ni sourire... Loin s'en faut.

De même la scène d'invention du strip tease (qui reste confiné dans les limites de la bienséance de 1965 ...), et les numéros de music hall à rallonge.

 

Mais au-delà de ces références dépassées aux stéréotypes en vigueur, le film est porté par une allégresse iconoclaste portant sur deux points alors non évidents :

-La remise en cause violente, collective et joyeuse d'une situation d'oppression et d'arbitraire manifestes;

-Le rôle actif de deux femmes dans cette remise en cause, en tant que leadeuses mettant sérieusement la main à la pâte.

 

En cela ce film est représentatif d'un état d'esprit annonçant l'explosion anti-autoritaire de Mai 68.

 

La présentation du film sur le site de France Télévisions :

Fille d'un terroriste irlandais, Maria Fitzgerald O'Malley manipule depuis sa plus tendre enfance des bombes, des grenades et autres explosifs. Après la mort tragique de son père, elle se retrouve livrée à elle-même dans une colonie anglaise d'Amérique latine. Elle fait la connaissance de plusieurs membres d'une troupe de music-hall ambulant, qui lui proposent une place de duettiste "parisienne". Sa partenaire porte le même prénom qu'elle. Sous son égide, Maria découvre les charmes de l'amour et invente le strip-tease en mettant à profit un accident vestimentaire. Les pérégrinations de la troupe la conduisent dans un Etat sujet aux révolutions...

Réalisé par : Louis Malle

 

Avec : Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, George Hamilton, Gregor von Rezzori, Paulette Dubost, Claudio Brook, Carlos López Moctezuma, Poldo Bendandi

Scénaristes : Louis Malle, Jean-Claude Carrière.

BAFTA (British Academy Television Awards) 1967 - BAFTA Film Award : Best Foreign Actress : Jeanne Moreau

 

J'ajoute en illustration de cet article l'affiche du film postérieur de Delphine Seyrig dénonçant l'utilisation sexiste des femmes dans le cinéma....qui laissait encore dans l'ombre l'ultime tabou des violences sexuelles, levé depuis.

Publié dans Histoire, voix libertaires

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