Où sont les antisémites ?

Publié le par Henri LOURDOU

Où sont les antisémites ?

 

 

Ayant côtoyé de près, à une période de ma vie, l'hypersensibilité produite par des centaines d'années de stigmatisations et de persécutions, j'en ai gardé une vigilance accrue sur les "signaux faibles" de stigmatisation antisémite.

Ces "signaux faibles" (allusions voilées) ont été paradoxalement accrus par la loi Gayssot faisant de l'expression du racisme et de l'antisémitisme un délit pénal. Si la censure de l'expression crue et directe des préjugés racistes est un progrès réel, il n'en demeure pas moins que ces préjugés persistent, et n'ont rien de "résiduel" comme a cru bon de le dire récemment Jean-Luc Mélenchon dans un contexte où, tout-au-contraire, ces préjugés se réactivent de façon violente.

Aussi j'ai condamné sans hésiter, comme beaucoup d'autres à gauche, les déclarations irresponsables de Mélenchon, alimentant ces préjugés dans un but électoraliste évident.

Il est clair que la communauté musulmane française a un travail de sensibilisation et de prévention à faire sur le terrain de l'antisémitisme. La domination historique arabe et turque sur des minorités juives au Proche Orient et au Maghreb a produit un antisémitisme populaire dont la virulence a été réactivée par la colonisation juive en Palestine. Nul antisionisme ne dispense de la vigilance nécessaire sur ce terrain.

Inversement, l'instrumentalisation de l'antisionisme présenté comme un simple masque de l'antisémitisme relève de l'amalgame abusif. Et l'accusation qui est faite aujourd'hui au Nouveau Front populaire d'être au service d'un agenda antisémite également.

 

Serge KLARSFELD et son soutien au RN : le naufrage moral d'une icône et de quelques autres.

 

De nombreux historiens de la Shoah ou spécialistes de l'extrême-droite ont été, plus qu'attristés, choqués par cette prise de position. En témoignent les tribunes d'Arié Alimi (avocat lui, et vice-président de la Ligue des Droits de l'Homme, "Juif, français, de gauche...dans le désordre" selon le titre de son dernier livre) et Vincent Lemire (historien exemplaire du conflit israélo-palestinien) et de Laurent Joly et Marie-Anne Matard-Bonucci (historiens) dans "Le Monde", daté 21-6-24, p 27.

Loin de l'inconditionnalité et du déni de certains thuriféraires de Mélenchon, ils ne nient pas l'existence d'un antisémitisme de gauche, qui possède hélas une longue tradition.

Mais ils font justice d'un RN "ami des juifs", voire rempart contre un antisémitisme qui serait porté par toute la gauche.

En effet, c'est passer un peu vite sur les fondamentaux inentamés de ce parti. Malgré sa "dédiabolisation" superficielle, celui-ci reste fondamentalement xénophobe : comment parler d'autre chose que d'aveuglement quand Serge Klarsfeld (et d'autres) persistent à "ignorer le lien intime entre xénophobie et antisémitisme, amplement documenté par les travaux de Serge Klarsfeld lui-même" ? "Et faut-il rappeler que la plupart des politiques antijuives contemporaines ont été précédées de mesures à l'encontre des étrangers et que, en dépit des différences initiales souvent affichées par les États persécuteurs entre juifs dits "nationaux" et juifs étrangers, les discriminations finissent par se généraliser ?"

Inversement, l'antisémitisme de gauche est plus facile à combattre, car il n'est pas au coeur de l'identité de gauche, axée sur le principe cardinal et l'idéal d'égalité universelle.

Aussi, libre à certains de ne pas voter pour certains candidats LFI qui se sont commis dans l'expression de ou le soutien à certains propos alimentant l'antisémitisme. Mais pas au point de leur préférer un candidat RN !

Il est regrettable à cet égard, que, si j'en crois "Le Monde" daté 20-6-24, p 9, certaines personnalités emboîtent le pas à Serge Klarsfeld, tel Alain Finkielkraut , qui se dit "contraint", auprès du magazine "Le Point", deux jours après la dissolution", de voter RN "pour faire barrage à l'antisémitisme" en cas de duel avec l'alliance de gauche" en minimisant la xénophobie du parti national-populiste au nom de "l'angoisse existentielle d'une majorité de Français devant la pression migratoire."

Naufrage moral d'un fils d'immigré ! Comme l'exprime à la suite le président de l'association des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation, Thierry Berkover : " Le sentiment anti-arabe l'emporte sur l'histoire."

 

Régler nos comptes à gauche : autocritique ou mise à l'écart nécessaire de MÉLENCHON

 

Pour rassurer les Juifs de France réellement effrayés par le renouveau antisémite dans notre pays, il ne suffit pas, comme l'écrivent certains, d'avoir imposé la claire dénonciation des crimes du Hamas et la lutte contre l'antisémitisme dans le programme commun du Nouveau Front Populaire.

Une nécessaire autocritique de Mélenchon sur ses propos irresponsables s'imposerait. Mais comme elle ne viendra jamais, la conclusion s'impose : il faut l'empêcher de nuire à la gauche en le mettant à l'écart. Il ne sera jamais ni Premier ministre, ni Président avec nos voix. Ceci doit être clair et affirmé par tous nos dirigeants.

Par ailleurs, comme l'indique le lien ci-dessous, la Résistance à un éventuel gouvernement RN commence à s'auto-organiser en s'appuyant sur les principes et valeurs de la République :

https://www.francetvinfo.fr/elections/fonctionnaires-d-etat-nous-n-obeirons-pas-avant-les-legislatives-des-cadres-de-l-education-nationale-assurent-qu-ils-n-appliqueront-pas-les-futures-mesures-du-rn_6617352.html#xtor=CS2-765-[share]-

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article