Robert HARRIS Fatherland

Publié le par Henri LOURDOU

Robert HARRIS Fatherland
Robert HARRIS
Fatherland
1992, traduit de l'anglais par Hubert GALLE, Julliard, 1992.
Réédition POCKET n°4485, 1996 et 2019, 426 p.

 

En lisant cet excellent policier uchronique (1964, Berlin, l'Allemagne nazie a gagné la guerre en 1946...), j'ai fait le rapprochement avec les romans non uchroniques de Philip KERR : son personnage principal ressemble beaucoup à celui de "Fatherland". Je me suis demandé qui a pu inspirer qui. Une rapide recherche me montre que le premier "Bernie Gunther" date de 1989 : donc, avantage KERR. Une recherche des critiques sur Babelio me montre que d'autres ont fait ce rapprochement, mais surtout me met sur la piste d'une autre uchronie sur la victoire des nazis :

https://www.telerama.fr/livre/jo-walton-je-n-ai-jamais-cru-que-des-lecteurs-de-litterature-generale-liraient-un-jour-mes-livres,159653.php

Donc, d'autres lectures à suivre...

En attendant, ce "Fatherland" est une heureuse surprise. Mêlant la vraie Histoire à l'uchronie, il est soigneusement documenté : l'auteur, comme le fait KERR d'ailleurs à partir de son deuxième récit de la "trilogie berlinoise", donne en postface une petite mise au point sur la réalité historique utilisée dans sa fiction et le destin des personnages réels utilisés.

Par ailleurs, l'intrigue policière est habilement menée et le suspense maintenu jusqu'au bout.

Ce qui me semble devoir être retenu est l'hypothèse historique hardie mais plausible sur laquelle est bâti ce récit.

En 1945, les USA ont battu le Japon grâce à leur bombe atomique, mais l'Angleterre a perdu la guerre en Europe : Churchill et la fille du bientôt défunt roi George VI, Elisabeth, sont réfugiés au Canada, et Edouard VIII, le frère sympathisant nazi qui avait dû abdiquer en 1936, est remonté sur le trône. L'URSS, pareillement, a été repoussée au-delà de l'Oural, et maintient une guérilla aux frontières. L'Allemagne ayant acquis à son tour la bombe atomique, une "guerre froide" s'installe entre l'Empire allemand et les USA.

Hitler, toujours vivant, s'apprête à fêter son 75e anniversaire lors du Führertag, célébré dans tout l'Empire.

Mais en cette année 1964 s'esquisse une "détente" : le président Kennedy s'apprête à venir la célébrer à Berlin...

Sur ce interviennent les meurtres de deux ex-dirigeants SS, sur lesquels l'inspecteur Xavier March de la Kripo est appelé fortuitement à enquêter. Mais ce n'est pas le bon enquêteur complaisant attendu par le chef du SD Reinhard Heydrich...

Le noeud de l'intrigue est la disparition définitive de toutes les traces de la "solution finale" du "problème juif en Europe". Si elles réapparaissaient publiquement, quelle serait la réaction des USA ? Sur ce point un suspense est créé par le rappel du point de vue, clairement antisémite, du père du président Kennedy, Joseph, cité dans des dépêches de l'ambassadeur des USA à Berlin en 1938. On sait que l'antisémitisme a toujours été très présent aux USA, ce qui a affaibli et retardé les réactions face au génocide : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-024308/l-amerique-face-a-l-holocauste/

Harris produit au passage des documents authentiques : extraits du PV par Eichman de la fameuse conférence de Wannsee de janvier 42; bons de commande et grilles horaires de convois pour Auschwitz; mémorandum sur l'utilisation des cheveux des détenus des camps et centres d'extermination. Cette remise en mémoire de ce qu'a été cette entreprise sans pareil est bienvenue.

 

 

Publié dans Europe, Histoire

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