Philip K.DICK Le maître du Haut Château

Publié le par Henri LOURDOU

Philip K.DICK Le maître du Haut Château
Philip K. DICK
Le maître du Haut Château
1962, traduit de l’américain par Jacques PARSONS, Club du Livre d’Anticipation,
réédition en poche « J’ai lu », 4e trimestre 1974, 346 p.

 

Ce grand classique de la dystopie historique ou uchronie se passe en 1962 dans un monde où l’Allemagne nazie et le Japon impérial auraient gagné le guerre en 1945.

L’action se passe à San Francisco et dans les États Américains du Pacifique annexés par le Japon, la moitié Est des ex-USA faisant partie de l’Empire nazi.

L’état du monde nous est décrit par diverses allusions accompagnant le récit. Car l’histoire qui nous est ici racontée est celles de personnages ordinaires, et part d’un commerçant d’antiquités américaines et de ses relations commerciales avec un haut fonctionnaire de la mission commerciale japonaise de San Francisco chargé d’accueillir pour affaires un représentant industriel suédois et lui cherche un cadeau de bienvenue.

A partir de là apparaissent divers autres personnages et péripéties, mettant notamment en cause l’auteur d’un ouvrage sulfureux de politique-fiction, qui explore l’hypothèse rétrospective d’une défaite de l’Allemagne et du Japon en 1945…

Le fil conducteur de tout cela est l’usage généralisé, par la plupart des personnages du Yi-king ou Livre des retournements, un recueil taoïste servant à prévoir l’avenir.

L’intérêt du lecteur est soutenu par deux intrigues politiques parallèles qui interfèrent avec le destin des personnages : la guerre de succession déclenchée par la mort subite du dirigeant du Reich, Martin BORMANN, et la tentative d’assassinat par les nazis de l’auteur de l’ouvrage sacrilège – autorisé par les Japonais et devenu un best-seller dans leur zone.

 

Mais l’intérêt principal que j’y trouve est la vision qui nous est donnée d’un monde dominé par les nazis et les Japonais.

Très curieusement, l’occupation japonaise apparaît comme relevant davantage du « soft power » que de la domination militaire. En témoigne notamment cette diffusion du Yi-king , mais aussi un usage généralisé du code japonais de la politesse : retenue des émotions et attention à ménager l’amour-propre de l’interlocuteur. Il n’en demeure pas moins une situation de domination qui met à rude épreuve l’Américain blanc … et son sentiment de supériorité raciale. Celui-ci se réinvestit de façon perverse dans une forme d’admiration pour les nazis.

Or, concernant ceux-ci, leur délire reste entier et les porte aux pires extrémités. Après avoir « réussi avec les Juifs, les Bohémiens et les Etudiants de la Bible »(p 34), ils s’étaient attaqués à l’Afrique : « il avait fallu deux cent ans pour régler la question des populations autochtones américaines et l’Allemagne était presque parvenue au même résultat en Afrique en quinze ans » (p 35). Les Slaves quant à eux « avaient été ramenés à deux mille ans en arrière, renvoyés à leur terre d’origine : l’Asie. Entièrement chassés d’Europe, au grand soulagement de tous. » (p 34)

Cette violence sans complexe règne également entre eux pour régler la question de la succession au pouvoir,...mais aussi à l’égard de leur ex-allié japonais, sur lequel existe un projet secret d’invasion militaire : c’est d’ailleurs l’un des ressorts de l’intrigue du livre.

Celui-ci est considéré à juste titre comme l’un des meilleurs de K.DICK.

Je vais poursuivre cette exploration uchronique avec l’ouvrage beaucoup plus récent de Thomas HARRIS Fatherland qui, lui aussi sur la base d’une intrigue policière, met en scène un monde où le nazisme aurait gagné la guerre. Mais l’histoire ici se passe en Allemagne.

 

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