Alejo CARPENTIER Le siècle des Lumières
L'illustration de couverure est un détail du Portrait de Jean-Baptiste Belley par Antoine-Louis Girodet (1797).)
La préface de 1962 de Jean BLANZAT est reprise ici et nous présente l'auteur et son oeuvre à cette date.
Pour l'ensemble de son parcours voir sa biographie sur wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Alejo_Carpentier
Ce qui m'a retenu dans ce livre est le style très axé sur les descriptions, les sons et les odeurs qui nous transportent dans ce monde caribéen de la fin du XVIIIe siècle, mais aussi la méditation qu'il porte sur la désillusion révolutionnaire à travers le cas de la Révolution française.
Carpentier, qui a vécu majoritairement sa vie hors de Cuba (France beaucoup, où il est mort, et Vénézuela notamment entre 1945 et 1959), a rallié le régime installé par Castro. Mais il ne l'a pas subi directement, s'étant installé en France à partir de 1966, comme conseiller à l'ambassade de Cuba...Jusqu'à sa mort en 1980. Il avait la double nationalité cubaine et française.
Les deux héros fictifs de ce roman sont de jeunes bourgeois cubains, Esteban et sa cousine Sofia, gagnés aux idées des Lumières, dans une société d'Ancien Régime, catholique et monarchiste absolutiste. Ils rencontrent un personnage réel, Victor Hugues, commerçant créole de Haïti gagné comme eux aux idées nouvelles, et qui va les entraîner dans l'aventure de la Révolution française auprès des Jacobins, en métropole, puis à la Guadeloupe et, pour finir, en Guyane après Thermidor et la chute de son modèle Robespierre.
Ce ne pourrait être qu'un roman picaresque de plus. Mais il est lesté d'une réflexion sur le destin funeste de la Révolution à travers le fil rouge de la question de l'esclavage. En effet, de façon étonnante et contradictoire, Victor Hugues apporte à la Guadeloupe le décret de la Convention abolissant l'esclavage, en 1794, puis en Guyane celui du Consulat le rétablissant en 1802. Mais la contradiction n'est qu'apparente, et le roman le montre bien : les préjugés racistes des révolutionnaires ne cèdent en rien à ceux des riches colons. Et d'ailleurs Victor Hugues s'établit comme planteur en Guyane à la fin de sa vie...
De fait, comme le perçoivent avec acuité les deux héros, Esteban et Sofia, la Révolution n'a pas porté les fruits qu'elle annonçait.
L'épilogue romantique du roman est l'enfermement d'Esteban au bagne de Ceuta (Maroc espagnol) pour conspiration jacobine, puis l'installation des deux héros à Madrid, où ils disparaissent les 2 et 3 mai 1808...https://fr.wikipedia.org/wiki/Tres_de_mayo
Le roman est parsemé de courtes épigraphes de Goya...Un autre déçu des promesses des Lumières.
/image%2F1562319%2F20231121%2Fob_7f6572_alejo-carpentier-le-siecle-des-lumie.jpg)