Pour la paix en Ukraine : la rhétorique trompeuse et inacceptable de Fabien Roussel
Pour la paix en Ukraine
La rhétorique trompeuse et inacceptable
de Fabien ROUSSEL
À l'heure où des Ukrainiens sacrifient leur vie pour repousser un envahisseur cynique hors de leurs frontières; à l'heure où celui-ci utilise sans vergogne sa capacité maximale de nuisance pour spéculer sur le prix des céréales en dénonçant unilatéralement un accord qui lui était pourtant favorable et pour supprimer le dernier corridor humanitaire sûr aux déplacés de Syrie victimes des bombardements de son aviation; Fabien ROUSSEL spécule, lui, sur notre désir de paix en utilisant de façon perverse et biaisée la rhétorique de l'agresseur.
N'ose-t-il pas, d'emblée, après avoir rituellement dénoncé "l'agression injustifiable et criminelle de la Russie" (une évidence incontournable), vider aussitôt cette affirmation de sa portée en dénonçant des "va-t-en guerre, y compris français, qui souhaitent en découdre avec l'armée russe et s'engager dans le conflit" ?
Comme si le seul "va-t-en guerre" n'était pas Poutine, et comme si nous n'étions pas, de ce fait, déjà engagés dans ce conflit par ce fait-même, en raison de notre devoir de solidarité avec le pays agressé.
Il met ensuite sur le même plan, de façon totalement inacceptable, "les dirigeants ukrainiens et russes" (pourquoi d'ailleurs les ukrainiens en premier ?) qui "s'engagent dans une guerre d'usure" et "les dirigeants occidentaux" qui "relaient cette idée pour préparer les esprits à un conflit de longue durée". Comme si le fait de la poursuite du conflit n'était entièrement dû à l'obstination criminelle de Poutine.
Il efface, de façon tout aussi inacceptable, la dissymétrie de ce conflit en omettant de préciser que les "plus de 14 millions de déplacés" et les "paysage dévastés" sont ukrainiens, et sont le fait de l'agression russe.
Il feint ensuite de croire que la suspension de l'accord sur l'exportation des céréales par la Russie le 17 juillet ne serait dû qu'à cette situation générale de confrontation et non à la seule responsabilité de la Russie et à son calcul cynique.
Puis, après avoir souligné que la poursuite de la guerre pèse "sur les peuples européens qui subissent les coûts de cette économie de guerre imposée à tous" et fait remarquer que c'est "au bénéfice des marchands de canon et de la finance" (en seraient-ils donc à l'origine suggère le sous-texte ?), il avance ses propositions sous le parapluie usurpé des "principes de la Charte des Nations unies".
Usurpé, car en posant comme premier point "l'évacuation immédiate et inconditionnelle des territoires que la Russie occupe depuis le 24 février 2022", il omet tout simplement la violation de la Charte des Nations unies que représente l'occupation depuis 2014 de la Crimée et d'une partie du Donbass. Une occupation dont il feint de croire, conformément au récit poutinien, qu'elle découlerait d'une demande des populations concernées. Le rideau de fumée d'un "référendum internationalement contrôlé" sur "le statut de la Crimée et du Donbass" n'a pour objet que d'occulter cette situation d'occupation et ses effets sur la démographie de ces deux régions , avec les importants déplacements de population qu'elle a générés.
Enfin, le fait de placer sa proposition de paix sous l'égide du gouvernement français a pour effet de placer l'Ukraine en position subordonnée quant à la définition de son propre destin.
Au final, cette proposition n'a pour objet que de brouiller les cartes en éludant de fait la responsabilité de la Russie dans le conflit et en renvoyant dos à dos les deux belligérants.
Or, il n'y a pas d'autre chemin vers la paix que la victoire militaire de l'Ukraine pour libérer ses territoires, et celle-ci passe par l'éviction de Poutine, criminel de guerre avéré et récidiviste, du pouvoir et son jugement par un tribunal international.
Cette évidence doit être rappelée. La Charte des Nations unies doit être intégralement respectée, et non détournée à des fins impérialistes et agressives. L'impunité des agresseurs doit cesser : c'est à cela qu'est suspendu l'avenir de la paix dans le monde.
Henri Lourdou, activiste des droits humains et de la paix, adhérent du Mouvement de la Paix et de la 4ACG (Association des Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre) et membre du Réseau Education Sans Frontières.