Comment s'entretiennent les poncifs racistes

Publié le par Henri LOURDOU

A propos d'un fait divers dans la presse locale

Comment s'entretiennent les poncifs racistes.

 

 

On ne fait jamais assez attention à cette rubrique très lue des "faits divers". Or, elle contribue puissamment à entretenir les stéréotypes stigmatisants à la source du racisme ordinaire.

Et ce d'autant plus que les automatismes d'écriture mis en oeuvre par nos journalistes et correspondants locaux sont inconscients.

 

Étude de cas :

Brève prise sur la newsletter du quotidien "La Nouvelle République des Pyrénées" (groupe Dépêche) du 19-5-23 :

Tarbes : en possession d’une carte d’identité volée

Un homme, d’origine algérienne, bien connu des services de police et de la justice, a été interpellé alors qu’il venait de briser la vitre d’une voiture avec un pavé, afin de dérober des objets à l’intérieur. Outre ces faits, il a été trouvé porteur d’une carte d’identité volée, même s’il ne se souvient pas si c’est lui qui l’a volée. C’est ce qui s’appelle du recel. Il était en outre porteur d’un couteau Il a été placé en garde à vue et a fait l’objet d’une énième convocation devant le tribunal pour l’ensemble de ses faits.

 

Analyse à partir de questions que l'on ne se pose pas toujours :

 

1°) En quoi le fait que l'homme dont il est ici question soit "d’origine algérienne" est-il objectivement explicatif des actes commis ? Et pourquoi figure-t-il en tête de sa présentation ?

 

De fait l'implicite est ici que son "origine algérienne" va orienter toute la lecture de ce qui suit : c'est bien parce qu'il est "d'origine algérienne" que cet individu est bien connu des services de police et de la justice, autrement dit multi-récidiviste. "Ils" auraient donc "ça dans le sang" ? Un homme d'origine algérienne serait donc, par vocation, porté à la délinquance ?

 

2°) "porteur d’une carte d’identité volée, même s’il ne se souvient pas si c’est lui qui l’a volée."

Ces faits, ajoutés au précédent (le bris de vitre de voiture dans l'intention de voler) se lisent en fonction de ce qui précède : ils font appel aux stéréotypes en vigueur concernant les Algériens (en fait les Arabes, devenus depuis quelques temps les Musulmans). En plus d'être voleurs, ils sont menteurs et pratiquent la dissimulation.

 

3°) "Il était en outre porteur d’un couteau"

Là aussi, derrière le fait rapporté objectivement, on a un appel à un stéréotype ô combien puissant : celui du fellagha qui égorge sa victime à l'arme blanche, né de la guerre d'Algérie.

 

4°) "fait l’objet d’une énième convocation devant le tribunal pour l’ensemble de ses faits."

ici sont suggérés à la fois la fatale répétition des faits de délinquance ("ils ont ça dans le sang"), et l'impuissance, voire la complicité laxiste, de la justice face à ces faits.

 

Ainsi, en quelques phrases sont mobilisés tous les préjugés, reposant sur des stéréotypes, de l'imaginaire raciste. Et cela en toute innocence...

 

Pour en comprendre toute la violence, il faut accepter de se mettre dans la peau d'un homme d'origine algérienne qui ne serait ni violent, ni menteur, ni voleur... Comment peut-il recevoir un tel article ? Posez-vous SVP la question...

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